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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les «indiscrétions présidentielles» que nous livre aujourd’hui, à la une, Le Soir d’Algérie, un mois après les faits évoqués, donnent la mesure des contradictions véritablement antagonistes qui oppose toute volonté de changement - et nous en créditons aussi le chef de l’Etat-, aux mécanismes occultes de pouvoir, à travers lesquels se gère depuis des décennies, le deal de la honte conclu contre le peuple entre les prédateurs et les institutions décisives de la République, c'est-à-dire la présidence de la République et l’institution militaire. En voulant se dédouanner à l’égard du vote scélérat de son assemblée nationale, Bouteflika met le doigt, espérons le délibéremment, sur l’un des nœuds du malheur algérien. S. A.

 

 

Importation de la friperie et revente des logements LSP

 

L’Executif corrige le parlement

 

 

«Quelle alliance ! Quelle alliance ! Quelle alliance ! » C’est Bouteflika qui parle... La scène a eu lieu au dernier Conseil des ministres, le 11 juillet dernier et c’est là que les membres du gouvernement découvrent, ébahis, toute la colère de Bouteflika contre les partis de l’Alliance et l’Assemblée.

 

 «Pour un exploit, c’en est vraiment un ! Bravo ! Une alliance de la friperie. On aura vraiment tout vu», répétait, en hochant la tête et en dirigeant son regard foudroyant vers les deux des trois chefs des partis de l’Alliance assis à côté de lui, Ouyahia et Belkhadem. «Ça, c’est une alliance !» insistera encore Bouteflika, répétant la phrase en arabe, chose qu’il ne fait que rarement dans les réunions officielles. Bouteflika, selon une source digne de foi, enchaînera aussitôt, comme pour montrer tout le mépris qu’il éprouve pour l’APN : «Vous voyez maintenant pourquoi j’ai toujours préféré légiférer par ordonnance ?».

 

Il n’en dira pas plus et changera aussitôt de sujet, mais le message est passé. Fin juin, pour rappel, l’Assemblée de Abdelaziz Ziari a réussi enfin à faire parler d’elle en «osant» imposer un amendement. Et quel amendement ! Un lobby spécialisé dans l’importation de la friperie, sévissant particulièrement au niveau des wilayas frontalières dans l’est du pays, avait réussi en effet à introduire, dans la loi de finances complémentaire pour 2011, un article autorisant l’importation de ces produits usagés, pourtant prohibés depuis 2008.

 

Le ministre des Finances, Karim Djoudi, redoublera d’ingéniosité et mettra tout son savoir-faire ès sciences de la finance pour «piéger» à terme cet amendement. «Il avait réussi dans une première phase à introduire une modification faisant que l’importation de la friperie n’était autorisée que par voie maritime. Ce qui maintient l’interdiction au niveau de nos frontières, notamment à l’est d’où est introduit traditionnellement le gros de la marchandise », nous confie une source gouvernementale. «Mais là où Djoudi a réussi un coup de maître, c’est l’ajout consistant à préciser que ledit amendement devra faire l’objet, pour son application, d’un texte réglementaire. Et là, ils peuvent attendre», ajoutera notre source, ironique.

 

Tout est donc dans ce texte d’application, carte maîtresse entre les mains du gouvernement. Lors de l’examen de la loi de finances pour 2012, vendredi et samedi derniers, Ouyahia, sur instruction de Bouteflika, avait laissé donc l’amendement relatif à la friperie tel quel. «Pourquoi ? Pourquoi créer des vagues au sujet d’un amendement inapplicable de toutes les manières ?» justifie notre source. «Cela donnerait l’impression que l’exécutif méprise le Parlement.»

 

Or, le gouvernement ne s’encombra pas de scrupules de ce genre pour supprimer net, l’autre amendement, certes moins médiatisé mais tout autant indu qu’est celui relatif à l’incessibilité du logement social participatif (LSP). Largement soutenu par l’Etat, le LSP fera l’objet d’un assaut d’un lobby, quasiment le même que pour la friperie qui a «réussi» un amendement, lors de la même session parlementaire et sur la même LFC 2011. En vertu de cet amendement, quiconque pouvait soumettre à la vente un logement LSP pour peu qu’il rembourse les 700 000 DA représentant l’apport consenti par l’Etat en guise d’aide.

 

«Or, Ouyahia surprendra tout le monde lors de la dernière réunion en ordonnant tout simplement de supprimer cet amendement», nous confie encore notre source. «Le Premier ministre fera remarquer, à juste titre, que l’aide réelle de l’Etat excède largement les trois millions de dinars en prenant en compte les différentes exonérations fiscales dont bénéficie en amont et le bénéficiaire du logement et l’entrepreneur qui le construit.» Les initiateurs de cet amendement reviendront-ils à la charge lors de la soumission de cette loi de finances au Parlement ? Peu probable avec l’ire présidentielle évoquée plus haut et l’approche de la période tant attendue par tous, celle de la confection des listes de candidatures pour les législatives. Des listes, pour rappel, confectionnées par les chefs de parti justement…

Kamal Amarni. Le Soir d’Algérie. 10 août 2011

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