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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

 

14 députés, 13 hommes et une femme, tous élus et membres de l’UMP ont déposé une proposition de loi visant à reconnaître « le massacre de la population française à Oran le 5 juillet 1962 » .

 

 

 

Par Michèle Villanueva

 

 

Du premier octobre 1954 au 18 octobre 1999, la nature du conflit qui opposa la France coloniale et l’Algérie luttant pour son indépendance empêchait même de le qualifier de guerre.

Les « évènements » du 1er novembre 1954 au 19 mars 1962 ne deviendront … Histoire que le 18 octobre 1999.

 

Aujourd’hui, encore, les tenants de l’Algérie française et les anciens hommes de main de l’OAS nient cette réalité : la guerre.

Ils agissent pour glorifier l’Algérie de la colonisation, tentent de réécrire l’Histoire, d’ouvrir des musées à leurs idées, de lever des stèles à leurs héros, de se retrouver et de nourrir les milieux de l’extrême droite.

 

Un de leur dernier fait d’armes : une proposition de loi visant à reconnaître « le massacre de la population française à Oran le 5 juillet 1962 » .

Ce sont 14 députés, 13 hommes et une femme, tous élus et membres de l’UMP.

 

L’exposé des motifs rend un compte précis de leurs idées, et de leur partialité dans la guerre d’Algérie.

Pour eux, la reconnaissance par François Hollande, en octobre 2012, de la responsabilité de la France dans la tuerie d’Algériens à Paris en octobre 1961, traduirait une « volonté d’ignorer celles et ceux qui ont payé de leur vie le fait d’être français durant cette période. »

 

Leur texte décrit le cessez-le-feu du 19 mars 1962 entre le FLN et la France, et le principe de l’indépendance de l’Algérie, comme responsables de massacres de Harkis, et d’enlèvements d’Européens ; « la population civile française terrorisée » n’ayant plus comme seule option que l’exode.

C’est déjà là orienter les faits, nous y reviendrons.

Le 3 juillet 1962, après référendum, le Général de Gaulle reconnaît l’indépendance de l’Algérie ; elle sera proclamée le 5 juillet 1962, dans la liesse générale partout en Algérie.

 

Mais à Oran, le 5 juillet est aussi une journée sombre ; une fusillade éclate rue d’Arzew au sein du défilé. Et c’est le début d’une chasse aux Européens. Personne ne nie le fait ; et dans l’exposé des motifs, une phrase à reprendre : « ce massacre collectif rendu possible par une passivité coupable au plus haut niveau de l’État, a été volontairement occulté par les protagonistes qui n’avaient aucun intérêt à la vérité. »

 

Dans L’Écharde [3], j’avais écrit :

 

« Le 5 juillet à Oran, dans la matinée, vers onze heures, boulevard Joffre, quelques coups de feu isolés éclatent. La rumeur s’amplifie “c’est l’OAS, c’est l’OAS”. La foule massée place d’Armes s’éparpille, affolée “c’est l’OAS, c’est l’OAS”. Des hommes en armes, sortis de la foule, tirent un peu sur tout, sur des sentinelles françaises qui s’enferment bien vite dans leurs casernes, des Européens qui se réfugient où ils peuvent comme dans les locaux de L’Echo d’Oran, des Algériens au hasard. Un peu partout des morts sur les trottoirs, et la chasse à l’Européen commence. L’armée se barricade, le général Katz applique les ordres reçus qui lui interdisent de faire sortir des ses cantonnements les troupes […] Ce n’est qu’à 17 h, à la demande du FLN, que les gendarmes mobiles et l’armée aident au rétablissement de l’ordre dans toute la ville. Les premiers chiffres donnent 110 Algériens et 25 Européens tués, mais des centaines d’Européens ont disparu […] La ville vit à nouveau un cauchemar, elle s’affole, s’angoisse, les faubourgs se vident, deviennent silencieux. La vague de départs s’amplifie, la foule se tasse sur les quais, devant les compagnies de navigation, à la Sénia. »

 

« Qui a voulu ce 5 juillet, et pourquoi ? Simple écho sanglant de ce que fut la terreur imposée par l’OAS ? Vengeance sauvage ? Éléments de la lutte qui s’affirme au sein des combattants algériens ? Justification à rebours de la tiédeur d’hier ? Désir ou nécessité de chasser les Européens ? de manière à faciliter les échanges économiques entre la France et l’Algérie en simplifiant les contentieux ? Pari de l’OAS, attendant du retour des pieds-noirs en France le renforcement de l’extrême droite ? Ces raisons s’entremêlent sans doute. Je craignais une réaction de violence à Oran, non liée à l’indépendance, mais plutôt au contrecoup des mois terribles que la population algérienne venait de vivre. »

 

Aujourd’hui, les faits du 5 juillet sont connus, décrits. Il y en a des récits, et même des témoignages de proches filmés et vus à la télévision.

 

Personne ne nie la gravité des faits, la douleur ressentie, le cauchemar de l’incertitude, le silence subi et incompris, les responsabilités niées. Mais le 5 juillet participe de la guerre d’Algérie ; Il en est un des éléments. Les historien[ne]s l’étudient. Et c’est des deux côtés de la Méditerranée qu’il faut, sans doute, chercher encore qui, comment, où, pourquoi.
Dans toute guerre, tout conflit, qu’il s’agisse des causes, du déroulement, des conséquences, continuité et rupture parlent à l’intelligence. Lire l’Histoire ne suffit pas, il nous faut la comprendre.

Mais souvent, et encore plus en ce qui concerne la guerre d’Algérie, le refus de percevoir l’Histoire se perpétue. Des femmes et des hommes se replient sur leur passé, leur vécu au sein de cette société coloniale qui constituait leur univers. Même s’ils ont été des jouets de l’Histoire, s’ils ont subi des politiques imposées qui les dépassaient, le déni se poursuit au sein des familles. Mais dès l’origine du conflit, d’autres, femmes et hommes, ont choisi de comprendre ce qui se passait dans leur pays, de saisir la volonté d’un peuple se battant pour défaire les liens de la colonisation, et de gagner enfin l’indépendance de l’Algérie ».

 

Oui, toute guerre a ses drames, ses désastres, ses morts ; elle a duré du 1er novembre 1954 au 5 juillet 1962.

Le bilan est très lourd : de l’ordre de 23 000 pour les combattants français et les Harkis, de 3 500 pour les Européens, morts ou disparus, et de 500 000 pour les Algériens, combattants et civils.

 

Alors comment ne pas dire que faire une loi pour tel ou tel événement de la guerre serait une absurdité ?

 

Ils proposent une loi avec un article unique : « La République française reconnaît le massacre de la population française du 5 juillet 1962 à Oran. »

 

Et que dire du bilan très lourd d’assassinats d’Algériens et de Français par l’OAS durant les années 1961 et 1962, sans parler de la destruction d’une partie de la ville et de son port ?

 

L’Histoire est là pour aider à comprendre le passé, et mieux affronter les défis du présent. S’en servir pour entretenir une nostalgie revancharde est une imposture.

 

 

Notes

[1] Notre dossier sur Oran en 1962 : Oran 1962.

[2] Michèle Villanueva, L’Echarde - Chronique d’une mémoire d’Algérie, 344 pages, éd. Maurice Nadeau, 1992. Un livre qui décrit la vie dans un des quartiers populaires d’Oran, son parcours et son engagement pendant la guerre d’Algérie.
Vous trouverez sur ce site deux autres textes de Michèle Villanueva :

[3] L’Écharde, pages 274-276.

[4] Référence : http://www.assemblee-nationale.fr/1....

 

Lien : ldh-Toulon.net

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