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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les officines, liées à des anciens des services secrets, prolifèrent en Suisse. Berne menace de les interdire.

Le 23 novembre dernier, Jean-Marc Gadoullet est blessé à l'épaule près de Gao, au Mali, par des militaires locaux. Il aurait tenté de forcer un barrage, pensant avoir affaire à des bandits. Cet ancien officier de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) mène depuis plus d'un an des négociations pour essayer de faire libérer les Français otages d'al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi). Jean-Marc Gadoullet, 49 ans, est également gérant depuis le 15 septembre de la société Opérations et organisations spéciales (Opos), installée à Genève, en Suisse.

Cette blessure a fait sursauter le Département fédéral (ministère) de justice et police, à Berne. Un pays neutre peut-il tolérer que des entreprises de sécurité privées et des sociétés de mercenaires choisissent de s'installer en Suisse, brouillant l'image du pays à l'étranger ? Bâle accueille notamment, depuis mars 2010, Aegis Defense Services, l'une des plus importantes sociétés militaires privées, active en Afghanistan et en Irak.

Genève, paradis des espions

Des anciens des services secrets, et des intermédiaires français sont nombreux à apprécier les bords du lac Léman. À la fiscalité douce du pays s'ajoutent le fameux secret bancaire et, surtout, le manque de curiosité des services de renseignements helvétiques.

Dans un rapport daté du 30 décembre 2010, l'Office fédéral de justice reconnaît qu'"il n'existe pas en Suisse une obligation générale de s'annoncer auprès des autorités pour exercer de telles activités". À savoir des activités de sécurité privée "opérant depuis la Suisse dans des zones de crise ou de conflit"... Il y a peu, la profession de vendeur d'armes, pour ne pas dire de trafiquant d'armes, n'était pas non plus réglementée dans la Confédération.

Recrutement de barbouzes

La Suisse compterait 438 entreprises de sécurité (dont 57 à Genève et 92 à Zurich). Si la plupart se contentent de protéger des immeubles ou des parkings, une bonne vingtaine, en revanche, sont actives dans les zones de crise. Cela va de la sécurité maritime et de la protection de l'extraction de ressources naturelles à de l'espionnage économique et au recrutement de barbouzes. "Sans oublier le cyber-mercenariat, ces sociétés qui vendent du matériel sophistiqué pour espionner, traquer les opposants", ajoute Stéphane Koch, d'Intelligentzia, actif dans la sécurité de l'information.

Résultat, le Département fédéral de justice et police vient de mettre en consultation jusqu'au 31 janvier 2012 une loi prévoyant d'"interdire la participation directe à des hostilités dans le cadre d'un conflit armé à l'étranger. Il sera également interdit de recruter, de former et de mettre à disposition (...) du personnel de sécurité pour une participation directe aux hostilités".

Tout ce brouhaha inquiète quelque peu la toute nouvelle société Opérations et organisations spéciales (Opos) de Jean-Marc Gadoullet, installée rue du Conseil-Général à Genève. "Toutefois, nous ne sommes pas concernés par cette future loi. Opos ne recrute personne. Elle se contente de donner des conseils liés à la sécurité", assure un proche de l'ancien officier de la DGSE.

Correspondant à Genève, Ian Hamel. Le Point.fr, 14 décembre

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