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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Les libertés publiques, les droits de l'homme, les droits de la femme, de l'enfant ». K. Selim rappelle les lignes rouges que s’est fixé le nouveau président tunisien,

 

 

Président de haute lutte

 

Un éditorial de K. Selim

La Tunisie a, depuis hier, un nouveau président de la République en la personne de Moncef Marzouki, l'opposant endurant et sans concession au régime de Ben Ali. Le mot historique paraît superflu, la Tunisie étant dans une transition concertée, transparente et sans triche vers un changement de régime.

Il n'en demeure pas moins que le parcours et la personnalité du nouveau président ont quelque chose d'émouvant et de revigorant pour tous les militants de la démocratie et des droits de l'homme dans l'aire arabe. Il était inimaginable, il y a moins d'une année, de voir à la présidence de ce pays un opposant tunisien qui a goûté à la prison et a été contraint à l'exil par un régime très soutenu par les Occidentaux. L'enseignement qu'il donne, avec tous les Tunisiens qui se sont battus et se battent encore est que les combats pour les libertés ne sont jamais perdus.

Moncef Marzouki a été un opposant sans concession. Il a constamment refusé le piège qui consiste à s'accommoder de la dictature et de l'autoritarisme par peur de l'islamisme. Même si les islamistes ne sont pas des chantres de la liberté, la réponse dictatoriale et autoritaire est pour lui une régression. Marzouki, qui se positionne à gauche, n'a pas hésité sur ce thème pour une «vieille gauche laïcarde et francophone, totalement déconnectée des vrais problèmes de la société tunisienne».

Cette position, il l'a encore réaffirmée après les commentaires effarouchés et dépités dans les médias français après la victoire du mouvement Ennahdha aux élections pour la Constituante. Défendre les libertés et les enraciner, cela est un combat de tous les jours. Accepter que l'on prive de liberté une partie de la population, c'est en définitive accepter qu'on en prive toute la population. Dans toutes les transitions, et même dans les pays où la démocratie paraît enracinée, les risques de régression existent. Elles se nourrissent du désarmement civique, du renoncement et de l'acceptation des tutelles.

On a vu, à l'expérience, que ces attitudes passives ont conforté les dictatures, sans pour autant empêcher un progrès du courant islamiste. Mieux, celui-ci, en raison même des compromissions des élites modernistes avec les autoritarismes, s'est renforcé. Les bons résultats qu'il a obtenus aux premières élections libres en Tunisie et en Egypte le confirment. L'absence de liberté ne nuit pas aux idées islamistes. Souvent, la répression les drape de l'aura du martyre qui retarde leurs propres évolutions politiques, tout comme les évolutions des sociétés.

Mais, on ne peut accuser le nouveau président tunisien de naïveté. Il a édicté ses propres lignes rouges qui ne consistent pas à limiter des libertés et à les défendre. Ses lignes rouges à lui, ce sont les « libertés publiques, les droits de l'homme, les droits de la femme, de l'enfant ». Il n'y a aucune raison de douter qu'il les défendra avec le même entêtement et la même endurance qu'il a mis dans sa lutte contre le régime de Ben Ali. En exprimant son«formidable honneur» de devenir le président «de la première République arabe libre», il prend date.

A Alger, un jeune militant des droits de l'homme se souvient qu'il y a plus de dix ans, Moncef Marzouki avait passé deux nuits chez lui, à Bir-Mourad-Raïs. « Il est aujourd'hui président de la Tunisie indépendante. Ce n'est pas gratuit, ce sont des gens qui ont lutté ».

 

K. Selim, 14 décembre 2011. Le Quotidien d’Oran

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