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Publié par Saoudi Abdelaziz

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Photo DR. « On ne veut pas d’une Syrie, fragmentée en une zone kurde, une autre alaouite et une dernière sunnite. Au contraire, les Kurdes tiennent à une Syrie démocratique, rassemblant toutes ses composantes"

 
 
Mohammed Saleh Mouslim est le chef du Parti de l’union démocratique (PYD), une formation kurde, qui a bouté les forces loyalistes dans le nord de la Syrie, sans pour autant rallier la rébellion armée contre le régime de Bachar el-Assad. D’où de récents incidents survenus entre Kurdes et insurgés à Alep. De passage à Paris, son chef explique le délicat « ni-ni » des Kurdes syriens dans le conflit.
 
 
Le Figaro.- Pour la première fois, des combats ont éclaté entre rebelles et kurdes à Alep. Les Kurdes luttent-ils aux côtés du régime syrien ?
Mohammed Saleh.- Il s’agit d’un accident. L’Armée syrienne libre n’est pas constituée d’un seul bloc. Les assaillants qui s’en sont pris aux Kurdes à Alep appartiennent à un groupe kurde dissident, dirigé par Salah Badredine, proche de nos ennemis turcs, et sans liens formels avec l’Armée libre. Cet incident, qui a couté la vie à une douzaine de nos militants, est sur le point d’être réglé.
 
 
Pourquoi les Kurdes du PYD ne participent-ils pas à la révolte contre Bachar el-Assad ?
Nous participons à la révolte. Les Kurdes sont contre le régime syrien, mais nous ne voulons pas prendre part aux affrontements, parce que c’est un combat aveugle. La solution militaire n’existe pas. Les Kurdes soutiennent les efforts politiques pour régler la crise, notamment la mission du médiateur de l’ONU, Lakhdar Brahimi. D’autre part, de nombreux groupes armés ont des agendas différents. Les Kurdes ne veulent pas être mêlés à ces combats obscurs. Mais dois-je rappeler que les Kurdes contrôlent déjà la moitié de leurs zones de peuplement. Notre contrôle est total à Afrine, Qobani et Delik. Ailleurs, à Qamishli, Ras el-Ein ou Dirbesbeh, nous ne voulons pas aller au clash avec les Arabes, qui soutiennent Assad. Mais nous sommes bel et bien dans l’opposition. Nous l’avons montré, ces derniers mois, en défendant nos terres dans les régions kurdes du nord.
 
Pour gagner une autonomie, lorsque le régime tombera comme en Irak, après la chute de Saddam Hussein en 2003 ?
Non. Les Kurdes ne veulent pas établir de frontières entre leur territoire et le reste de la Syrie. Soyez en sûrs. Le modèle de large autonomie pratiqué par les Kurdes irakiens n’est pas un exemple que les Kurdes syriens veulent suivre. On ne veut pas d’une Syrie, fragmentée en une zone kurde, une autre alaouite et une dernière sunnite. Au contraire, les Kurdes tiennent à une Syrie démocratique, rassemblant toutes ses composantes. Mais un vrai régime démocratique, reconnaissant toutes les religions et toutes les ethnies, doté d’une constitution qui garantisse les droits politiques, culturelles, et d’auto-défense de la minorité kurde. Nous sommes 15% de la population. Nous ne voulons pas contrôler les 85% restants.
 
L’opposition syrienne n’est pas prête à reconnaître vos droits ?
Jusqu’à maintenant, le Conseil national syrien (CNS), par exemple, n’est pas prêt à reconnaître nos revendications, parce que 60% de ses membres sont des musulmans religieux, qui ont de très bonnes relations avec la Turquie, laquelle ne veut pas reconnaître les droits des Kurdes, au nom de sa traditionnelle phobie kurde.
 
Pourquoi l’aide française n’arrive-t-elle pas dans vos zones libérées ?
Jusqu’à maintenant, nous n’avons aucune relation avec les autorités françaises. Nous ne voulons pas de leur aide, mais nous souhaiterions tout de même avoir des contacts avec leurs représentants. Hélas, les Français acceptent uniquement de discuter avec les Kurdes, comme Abdel Bassit Sida, le président du CNS qui ne représente que lui-même. Dans cette affaire, les Français ne veulent pas mécontenter leurs alliés turcs.
 
Y-a-t-il des rebelles kurdes entraînés en Irak ?
Oui. Sept cents Kurdes syriens ont suivi une instruction militaire chez les Kurdes irakiens de Massoud Barzani, qui dirige les provinces kurdes du nord du pays. Ils attendent de pouvoir rentrer dans les zones kurdes syriennes. Ce sont des militaires, qui ont déserté l’armée syrienne depuis un an. D’autres déserteurs kurdes sont restés, eux, en Syrie pour établir les unités de défense populaire dans nos régions. Au sein du Conseil suprême kurde, nous cherchons à rassembler les uns et les autres dans une seule entité, qui serait une sorte d’armée kurde.


 
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