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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

On a l’impression que le nouveau gouvernement  repart de zéro. C’est ce qui ressort de l’article de Abed Charef décrivant les débats et les évaluations en cours, dans « un flou inquiétant, qui débouche sur une belle pagaille".

 

On peut cependant nuancer en notant que la mise au point de Sellal excluant l’exploitation du gaz de schiste à court terme pourrait indiquer une volonté réelle de réévaluer les balises du développement. 

La prudence ici et sur d’autres sujets pourrait être bonne conseillère, à l’heure où les lobbys déploient leurs charmes, notamment « le patronat, qui obtient tout ce qu’il demande ». Par beaucoup d’aspect, la situation actuelle fait penser à celle qui a prévalu au tournant des années 2000, lorsque, sortant d’une décennie de déliquescence des capacités d’anticipation économique de l’Etat, le pouvoir s’est limité à déployer un large tapis aux « investisseurs ». Avec le résultat que l’on connait.

Dans la situation actuelle du pays, un gouvernement qui veut « repartir de zéro », se met dans une position honorable.

 

S. A.

 

 

 

Sellal peine à définir une ligne économique, cacophonie dans les rangs

 

 

 

Par Abed Charef

 

 

 

Abdelmalek Sellal tâtonne. Et il a du mal à le cacher. Sur le terrain économique, c’est même un flou inquiétant, qui débouche sur une belle pagaille, que le premier ministre tente de camoufler en lançant des consultations tous azimuts. Mais ça part dans tous les sens, avec des déclarations contradictoires émanant des membres du gouvernement. A charge pour M. Sellal de réparer les dégâts au sein d’une équipe qu’il ne maitrise visiblement pas, et sur un terrain qu’il maitrise encore moins.

 

 

Le premier ministre navigue à vue. Cette impression est clairement apparue dans la phrase de la semaine, prononcée par M. Abdelmalek Sellal, lors de la rencontre entre le gouvernement, le patronat et les syndicats. « Dites-moi où ça cale », a demandé M. Sellal aux patrons. Le premier ministre a rappelé les mesures prises auparavant pour encourager l’investissement, mais, a-t-il noté, « malheureusement, ça coince encore. Dites-mois où ça cale. Nous n’avons plus de temps à perdre. Nous n’avons plus le temps de discuter », a déclaré M. Sellal, pour qui la situation est d’autant plus incompréhensible que « nous avons des secteurs qu’on n’arrive toujours pas à faire démarrer » alors que « sur le plan macro-économique, tous les indicateurs sont au vert ».

 

 

L’aveu est clair. M. Sellal n’a pas d’idée précise des causes qui empêchent l’économie algérienne de tourner à plein régime. N’ayant pas de solution à proposer, il demande aux partenaires de lui indiquer ce qui ne va pas, à charge pour lui de faire preuve de diligence quand il faudra apporter des solutions. A l’adresse du monde du travail, du patronat privé et des gestionnaires du secteur public, il n’a que sa bonne volonté à offrir.

 

M. Cherif Rahmani a fait un peu mieux. Le ministre de l’industrie a en effet confié à une commission d’experts le soin de lui rédiger un rapport sur l’industrie algérienne. Lui non plus n’a donc pas une vision claire de ce que devrait être ce secteur. Il s’adresse aux cercles qui, d’une manière ou d’une autre, font la pensée économique dans le pays depuis des années, pour proposer une approche.

 

M. Sellal s’adresse à des appareils politiques et économiques, M. Rahmani préfère des cercles spécialisés, apparemment moins intéressés, mais en réalité tout aussi impliqués dans les jeux d’influence en cours dans le pays. Mais les deux hommes subissent le même handicap : n’ayant pas de projet politique oui économique propre à eux, ils se placent au carrefour de différentes influences, pour se plier au lobbying ou au poids des cercles les plus puissants.

 

Au premier cercle de ces influences, le patronat, qui obtient tout ce qu’il demande, avec M. Sellal comme avec ses prédécesseurs. Le premier ministre n’est pas un ultra-libéral, mais il se situe dans l’air du temps. Et comme il dispose de ressources financières illimitées, avec pour simple ligne directrice de préserver la paix sociale jusqu’en 2014, il est prêt à faire toutes les concessions. Les patrons s’en félicitent, mais ils ne sont pas satisfaits pour autant, car eux non plus butent sur ce qui fait la particularité de l’Algérie : un système de gestion obsolète, miné par la bureaucratie, dominé par des règles non écrites, paralysé par la méfiance.

 

 

 

Déclarations contradictoires

 

 

M. Rédha Hamiani, président du Forum des Chefs d’entreprises, l’a bien exprimé, en soulignant que le problème n’est plus dans les décisions du gouvernement, qui répondent parfaitement aux voeux du patronat, mais « dans la mise en œuvre de ces mesures, dans le mode opératoire, dans la traduction sur le terrain des orientations qui sont généralement bien engagées par les pouvoirs publics ». En langage plus simple, M. Hamiani déclare au premier ministre : ce que vous avez décidé comme aides et facilités est bon, mais votre administration et vos banques ne font pas assez vite pour nous transférer l’argent.

 

Cette indécision du premier ministre s’était manifestée dès sa nomination, lorsqu’il avait indiqué que sa priorité serait d’améliorer le fonctionnement des services publics. Sans sous-estimer ce volet, il est tout de même difficile d’envisager un programme de gouvernement basé sur la seule amélioration du service public. Les choix de M. Sellal semblent donc indiquer, à la fois, les limites de la mission qui lui a été fixée, et l’étroitesse du projet que lui-même pourrait porter.

 

En montrant des dispositions aussi étroites, M. Sellal ne donne pas l’impression d’être en mesure de « recadrer » des ministres qui multiplient les bourdes. La faute à l’absence d’une ligne cohérente et imposée à tous, mais aussi à des ambitions personnelles, et à une volonté de chacun de marquer son territoire en élargissant son propre terrain de compétences.

La cacophonie autour du marché de change parallèle a offert, jusqu’à la caricature, cette absence de discipline gouvernementale. Mais plus récemment encore, des ministres ont commis des écarts sérieux par rapport aux règles en place, ou celles affichées par le premier ministre. Ainsi, M. Cherif Rahmani a déclaré que la règle du 51/49 pour l’investissement étranger serait bientôt revue, « sans préjugés », alors que M. Sellal lui-même défendait cette règle quelques jours auparavant.

 

De son côté, M. Karim Djoudi, ministre des finances, a annoncé qu’aucune nouvelle banque ne serait agréée, ce qui va à l’encontre de la loi et de la politique générale du gouvernement, du moins telle qu’elle était affichée jusque-là. M. Sellal n’a pas réagi. Il n’a pas non plus jugé nécessaire de reprendre l’ancien premier ministre Ahmed Ouyahia, qui a mis en doute le sérieux des négociations engagées pour le lancement de projets automobiles.

 

Abed Charef, 26 novembre 2012. Maghreb Emergent

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