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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Si j’étais exclusivement un importateur, et non pas un producteur qui emploie 4000 salariés, croyez-moi que j’aurais moins de complications bureaucratiques ! Je ramène un bateau de containers et je revends de suite au port même. Et l’affaire est réglée ». Ces propos sont de Abdelkader Taïeb Ezzraïmi, Pdg de SIM, le deuxième plus gros producteur mondial de couscous, après Ferrero. Il s’exprime dans El Watan. Extraits de l’interview réalisée par Adlene Meddi.

 

La facture alimentaire de l’Algérie est en train d’exploser, alors que la politique du gouvernement tend vers la réduction des importations…


Justement, pourquoi l’Algérie n’arrive pas à réduire sa facture alimentaire ? Ce qui fait saigner l’économie nationale, c’est l’informel ! Il y a des opérateurs qui préfèrent fermer leurs unités de production pour s’orienter vers l’importation. C’est plus facile ! Parce qu’il ne suffit pas d’encourager la production nationale, il faut encourager les producteurs nationaux. Il est décourageant de constater que ce sont les mêmes lois qui s’appliquent autant sur le producteur que sur l’importateur ! On ne peut pas avantager de la même manière celui qui produit et celui qui ne produit rien ! Il faudrait donc mettre en place un dispositif juridique qui favorise le producteur national et faire la part des choses entre producteur et importateur. Il faut également taxer les importations de produits finis - surtout les articles produits en Algérie - au plus haut degré par rapport à l’importation de la matière première. Car soutenir les importateurs, c’est enrichir les pays exportateurs à nos dépens ! Ce qu’il faudrait faire également, c’est alléger au maximum les contraintes administratives. Si j’étais exclusivement un importateur, et non pas un producteur qui emploie 4000 salariés, croyez-moi que j’aurais moins de complications bureaucratiques ! Je ramène un bateau de containers et je revends de suite au port même. Et l’affaire est réglée. Il faut soutenir - et écouter - les opérateurs privés : il en va même de la crédibilité du pays à l’étranger. Le plus grave c’est aussi les fausses déclarations en matière de dédouanement. Certains importateurs déclarent deux containers, alors qu’il s’agit d’une cinquantaine ! Moi, je crois qu’il y a une grave complicité. Tout le monde sait et personne ne fait rien. Il faut chercher où se situe cette complicité, sinon l’économie algérienne continuera à être saignée à blanc ».

 

Vous avez dénoncé récemment la contrebande de semoule et de farine à nos frontières Est…


Là aussi c’est l’informel qui frappe. Nous savons que des semi-remorques viennent de l’est du pays à la périphérie d’Alger pour charger chez des grossistes des tonnes de semoule et de farine pour les acheminer ensuite - en contrebande - vers la Tunisie et la Libye. Des détaillants ne trouvent plus où s’approvisionner à cause de ces fuites de produits, alors que nous n’avons jamais baissé notre production. Ces agissements me révoltent profondément. Nous avons été obligés de mobiliser une centaine de nos camions pour alimenter les détaillants et les boulangers en faisant carrément du porte-à-porte.


- Les pouvoirs publics sont-ils au courant de ces pratiques ?


Oui. Et nous avons même fait récemment des propositions pour contrecarrer ce trafic. D’abord, autoriser, à titre exceptionnel, l’exportation des dérivés de céréales (semoule, farine et pâtes) vers la Tunisie et la Libye pour une durée déterminée et pour un quota préalablement établi de manière à réduire la fuite aux frontières est du pays. Ensuite, sélectionner les opérateurs nationaux éligibles à cette opération qui peut être supervisée ou encadrée par les services compétents de l’Etat (Commerce, Douanes, Finances) pour s’assurer du rapatriement du produit de l’export.(…)



Propos recueillis par Adlene Meddi.  El Watan, 29 juillet 2011.



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