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Publié par Saoudi Abdelaziz

l’été étant la saison la plus propice

Par SA.Tidjani

 

 

Il y a quelques jours un groupe de «Harragas» a été intercepté du coté de la plage de Kristel, par les gardes-côtes, alors qu’il se dirigeait vers le large dans le but, évident, de rejoindre les côtes européennes. Ils étaient 25 personnes, notamment des jeunes, dont deux filles.

Après un semblant d’accalmie, lié très certainement aux conditions météorologiques, puisque l’hiver étant une période rude pour les candidats à l’émigration clandestine, tout laisse à penser que les passeurs reprennent du service en cette période faste de l’été. Et pourtant si l’on se réfère à ce qui vient de se passer, tout récemment, près d’un millier de nos concitoyens, qui pensaient trouver l’eldorado en Espagne, sont retournés en Algérie au cours de ces deux dernières années.

Conséquence de la crise économique qui frappe de plein fouet l’Europe et par ricochet, nos émigrés, qui ne trouvent plus de boulot n’ont d’autres choix que de rejoindre le bercail. Pour la plupart ce sont des «Harragas» qui, ayant rejoint les côtes espagnoles, pensaient trouver l’Eldorado là-bas. Animés, pour la plupart d’entres eux, par le rêve de meilleures conditions de vie, ils se sont retrouvés, pour leur malheur, confrontés à la crise.

Pourtant, le phénomène de l’émigration est en baisse durant ces deux dernières années et notamment au niveau de la wilaya d’Oran. Pas plus d’une soixantaine de «Harragas», seulement, enregistrés durant l’année 2011, alors qu’ils étaient quelques 200 candidats à l’émigration clandestine en 2010. Faudrait-il s’attendre à un rebondissement dans l’afflux vers la «Harga». Peut-être, si l’on considère que la saison estivale reste des plus avantageuse pour ce genre d’aventure. La mer est généralement peu agitée et la température de l’eau douce.

 

 

Un business qui profite aux passeurs

 

Il y a aussi la visibilité qui est dans l’ensemble bonne, mais le plus risqué demeure l’état des embarcations utilisées très souvent vétustes ou qui s’avèrent êtres petites et étroites pour un grand nombre de «Harragas». Par expérience, les pertes humaines en mer sont dues essentiellement à ces paramètres là. Les passeurs ne cherchent que l’aspect financier puisqu’ils exigent entre 150 et 200 000 dinars par personne, l’équivalent de 1 500 à 2 500 euros. Chaque année, les garde-côtes algériens interceptent des centaines de personnes et repêchent des dizaines de corps. Et pourtant si l’on regarde de près, ces «Harragas » viennent de milieux sociaux différents.
Qu’ils aient un boulot, qu’ils viennent de familles aisées, qu’ils soient diplômés universitaires, qu’ils aient 20 ou 50 ans, ils disent tous ressentir ce mal vivre qui les ronge. Cependant, pour la majorité d’entres eux, c’est surtout la difficulté à avoir un vrai travail, un logement et pouvoir se marier qui seraient le véritable détonateur. C’est le cas de Kouider, qui est rentré il y a un peu plus d’un mois d’Espagne. Il nous dira « Je ne regrette rien et qui ne tente rien n’a rien». Faute de papiers en règles, et face au chômage grandissant, je me suis résolu à retourner au pays. Qui sait, peut-être qu’un jour j’y retournerai si je ne réussis pas à trouver un boulot qui me satisfait car je suis ingénieur en génie mécanique ». Pour ce qui est de Achour, 28 ans, ses parents ne comprennent pas encore les raisons de son départ. « Mon fils avait un bon boulot puisqu’il était cadre dans une entreprise privée et gagnait bien sa vie. Il avait même une voiture et je lui avais donné une parcelle de terrain qui fait partie de ma maison à Misserghine. IL a dû certainement été influencé par ses camarades qui sont partis avant lui et qui après avoir eu leurs papiers, à chaque fois qu’ils retournaient au pays lui faisaient miroiter l’Eldorado » dira ce père de famille. Et pourtant, ni les sanctions pénales ni le danger de périr en mer, n’auront, jusque là, dissuadé les candidats à ces voyages hautement risqués. Les «Harragas» interceptés, depuis la loi instruite à cet effet, sont présentés au parquet et encourent une peine d’emprisonnement allant de 2 à 6 mois assorties d’une amende pouvant aller jusqu’à 60.000 DA.

En 2008, les garde-côtes algériens ont intercepté plus de 400 personnes et repêchés près d’une cinquantaine de corps. En majorité des hommes entre 20 et 30 ans. Combien sont partis ? Combien ont disparu ? Ces chiffres n’existent pas. Seule certitude, ils sont en augmentation constante depuis 2005, année à laquelle cette émigration clandestine a pris de l’ampleur en Algérie. Entre 100 et 150 mille dinars par personne (soit 1 000 à 1 500 euros), le voyage est tout à fait réalisable pour qui s’organise un peu, vend sa voiture, emprunte à ses amis ou économise plusieurs mois. L’été étant déjà là, la saga des «harragas» pourrait revenir, le temps de quelques semaines, avant que le mois de Ramadhan ne vienne perturber les plans de nos aventuriers.

S.A.Tidjani,  30 mai 2012. L’Echo d’Oran

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