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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

       

 

 SOWETO fuite 016

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  «C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé, qui détermine la forme de la lutte, écrivait-il dans ses mémoires. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'a pas d'autre choix que de répondre par la violence».  

 

 

L'homme qui a incarné le meilleur du 20e siècle

 

 

Par Salem Ferdi, 7 décembre 2013



Mandela est parti. Un homme exceptionnel qui a incarné le meilleur du XXe siècle. Ceux qui le qualifiaient de terroriste font aujourd'hui ses louanges. Mais Mandela, comme tous les grands résistants, n'est pas récupérable. Lui aussi défendrait les «couffins» de Larbi Ben M'hidi.

La mort de Nelson Mandela a été suivie, sans surprise, par un concert de louanges dans le monde entier y compris dans les Etats «démocratiques» qui ont soutenu le système de l'apartheid dans ses ultimes tranchées. Il y a dans le monde occidental civilisé un parfum de récupération qui, il est vrai, ne date pas du décès de Mandela. La transformation de Nelson Mandela de son vivant en une icône du type bien et bon -ce qu'il était incontestablement- fait partie du marketing classique de la «récupération» politique. C'est comme l'image du «Che» qu'on aseptise dans le commerce pour en désactiver le côté rugueux, révolutionnaire.

 

 

En réalité, pour une bonne partie de ceux qui veulent se grandir en faisant l'éloge du disparu, Nelson Mandela n'était qu'un «terroriste», «communiste» ou «allié des communistes», un homme qui perturbe l'ordre. Et si dans ce monde-là, on a cherché, à tout prix, à avoir «sa photo» à côté de lui en louant sa grandeur, cela ne relève pas de la conviction. Mais du sens du commerce. Le marketing de l'amnésie fonctionnant à plein régime, il est donc nécessaire de rappeler qu'il y a peu, pratiquement jusqu'en 1994, le régime de l'apartheid en Afrique du Sud ne manquait pas d'amis qui ne voyaient en Mandela qu'un terroriste. Tout comme Ben M'hidi a été un terroriste qui ose utiliser des couffins dans une guerre où l'oppresseur utilise des moyens plus modernes comme les chars, les avions ou le napalm.

 

Les opprimés et le choix des armes

 

Dans ce monde-là, Nelson Mandela était présenté comme un apôtre de la violence. Sa gestion, humaine, très politique, de la transition vers un nouveau système, était un signe de plus de sa grandeur. Et surtout, elle ne l'a pas poussé, malgré le formidable travail de récupération, à renoncer au paradigme fondamental du combat contre l'oppression. Les opprimés ne choisissent jamais la violence et les couffins, elle leur est imposée. Et elle devient une des formes légitimes du combat contre l'oppresseur. C'était valable pour les Vietnamiens, pour les Algériens, pour les Sud-Africains et c'est toujours valable -en dépit des errements des dirigeants de Ramallah- pour les Palestiniens. Cette question, encore centrale pour de nombreux peuples dont celui de la Palestine, a été définitivement tranchée par Nelson Mandela.

 

 

L'homme qui a passé 27 ans dans les geôles a refusé toutes les propositions de libération contre un engagement à renoncer à la violence. Cet homme qui n'aimait pas la violence savait que cette exigence venant d'oppresseurs violents signifiait la perpétuation de l'oppression. Il l'a expliqué avec une formule simple et percutante dans ses mémoires : «C'est toujours l'oppresseur, non l'opprimé, qui détermine la forme de la lutte, écrivait-il dans ses mémoires. Si l'oppresseur utilise la violence, l'opprimé n'a pas d'autre choix que de répondre par la violence». Ce théorème implacable est celui de tous les combattants de la liberté. Sur cet aspect, aucune récupération n'est possible. L'opprimé se détermine en fonction des moyens de l'oppresseur. Et si Mandela a passé 27 longues années dans le bagne, c'est parce que les oppresseurs d'Afrique du Sud avaient des appuis chez l'occident civilisé. Et malgré le «marketing» et les poses des dirigeants civilisés, Nelson Mandela reste le combattant de la liberté, un résistant entêté, un homme qui ne renonce pas.

 

Ascétisme politique

 

La grandeur de Mandela se mesure aussi en comparaison aux évolutions, parfois sinistres et macabres, d'autres dirigeants africains qui, de vrais libérateurs, se sont transformés en autocrates. En prenant le pouvoir l'espace d'un mandat, Nelson Mandela a organisé une transition délicate, qui n'est toujours pas réussie socialement, mais dont l'aboutissement politique est indéniable : le démantèlement du système politique de l'apartheid et l'entrée dans une nouvelle ère. Il ne s'est pas accroché au pouvoir alors que l'adulation qui l'entoure lui aurait permis de prétendre diriger le pays encore plus longtemps. Il a donné à une Afrique, où les dirigeants ont un rapport compulsif au pouvoir, une leçon d'ascétisme politique. Il n'a rien perdu au change. Son aura n'a fait que grandir chez son peuple. Et chez les peuples du monde entier. Mandela, le «terroriste», le père, le mari, l'amoureux, le frère, était un grand homme. Sans doute l'homme qui incarnera le plus le XXe siècle. Dans ce qu'il a de meilleur.

Le Quotidien d'Oran

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