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Publié par Saoudi Abdelaziz

Morning Star Online

 

 

 

 

Par Kenny Coyle, Morning Star (quotidien du PC Britannique)

 

 

La corruption, le néo-libéralisme et le « capitalisme parasitaire » ont affaibli la base de soutien populaire du Parti Baath – mais il s'agit désormais d'une guerre internationale.

 

Dans les décennies suivant l'arrivée au pouvoir d'Hafez al-Assad, dans les années 1970, le système politique et économique Syrien a semblé garantir la stabilité et l'indépendance du pays.

 

La version Baathiste du « socialisme Arabe » a maintenu le pays hors de portée des griffes de l'Occident, sa position anti-israélienne en a fait une puissance régionale et Arabe de premier plan et son secteur public a également permis au pays d'améliorer ses conditions de vie et de mener à bien sa modernisation.

 

Au début des années 1970, Assad renforçait les liens avec l'Union soviétique.

 

En 1972, il intégrait le Parti communiste syrien (PCS) à son Front national progressiste aux côtés de groupes arabes socialistes, nasséristes et nationalistes.

 

Du point de vue d'Assad, cela ne renforçait pas seulement la base du régime mais cela était aussi un moyen de transformer des forces potentiellement critiques en alliés subordonnés.

 

Alors que le PCS a tenté d'utiliser sa légalisation pour pousser dans le sens de transformations sociales plus profondes, son acceptation de l'ordre légal signifiait également qu'il était contraint d’œuvrer dans les limites définies par le Baath.

 

Bien qu'Assad ait amélioré ses relations avec l'Occident et avec d'autres États arabes – à l'exception de l'Irak, dirigé par un courant rival du Baathisme – l'Union soviétique était devenu un allié proche, militaire et économique, de la Syrie.

 

Les experts Soviétiques ont classé la Syrie comme un des pays d' « orientation socialiste » et assimilé le parti Baath au courant international des « démocrates révolutionnaires ».

 

Les deux termes supposaient certaines distinctions importantes entre la Syrie et ce que les Soviétiques estimaient être des États pleinement socialistes. Néanmoins, il était affirmé que le développement social de la Syrie posait les bases d'un développement socialiste.

 

Les évolutions ultérieures en Syrie et ailleurs – à plusieurs reprises, les auteurs soviétiques ont parlé également de l’Égypte, l'Algérie et l'Irak dans des termes idylliques analogues – ont démontré combien il était aisé d'inverser un tel processus. Par la suite, ces mêmes pays ont opté pour une orientation capitaliste sous couvert de régimes réactionnaires anti-démocratiques.

 

Et pourtant, tout au long des années 1960 et 1970, il semblait y avoir des raisons d'être optimiste.

 

Un rapport du Congrès américain notait que « dans les années 1960, la réforme agraire, la nationalisation des industries de base et la transformation socialiste de l'économie ont eu un impact sur le rythme et l'ampleur du développement économique. La croissance de l'économie, mesurée par le PIB aux prix du marché en dollars constants de 1980, a été en moyenne de 9,7% par an pendant les années 1970 ».

 

Malgré les performances exceptionnelles des années 1970, à partir du début des années 1980 des signes avant-coureurs s'étaient déjà fait jour.

 

Se développait, en parallèle à l'existence du secteur public, une forme particulière de développement capitaliste se nourrissant des appels d'offre publics lucratifs et détournant des fonds par la corruption et le marché noir.

 

Qualifiés par les marxistes de «bourgeoisie bureaucratique» ou de «bourgeoisie parasitaire», ces capitalistes clientélistes ont usé de leurs réseaux personnels et de leurs soutiens politiques pour amasser des fortunes.

 

Notant des évolutions similaires dans leur propre pays, les communistes sud-africains ont décrit de façon imagée cette couche économique comme celle des « tenderpreneurs » [NdT : jeu de mot en anglais à partir de tender, marché public et d'entrepreneur].

 

En juin 1984, le membre du Politburo du PCS Khalid Hammami écrivait dans la Revue marxiste mondiale que dans son pays « la bourgeoisie parasitaire était en plein essor et la corruption monnaie courante. Les cercles dirigeants sont méfiants et inquiets de toute initiative ou activité indépendante qui viendrait des masses ».

 

Cette vision est renforcée, selon un point de vue différent, par une étude récente réalisée par Jihad Yazigi, éditeur du magazine d'affaires Syria Report.

 

Il défend l'idée que dans le passé les avancées dans le secteur public ont permis au gouvernement Syrien d'acquérir une immense légitimité auprès des gens du peuple mais qu'elle a laissé place à « la désillusion depuis lors, après trois décennies de désinvestissement de l'Etat, de libéralisation du commerce, de mépris pour l'agriculture et les zones rurales, et de priorité mise sur le secteur des services ».

 

Yazigi fait remarquer que les efforts réalisés par Bashar al-Assad pour ouvrir l'économie ont également eu un impact négatif, puisque les accords de libre-échange et les réductions de droits de douane ont permis à la masse des produits étrangers d'écraser les producteurs locaux.

 

Parmi ceux qui ont été les plus durement frappés, les fermiers dans les zones rurales, touchés par la sécheresse mais aussi par les coupes dans les subventions publiques, qui « ont réduit la part de l'agriculture dans le PIB de 25 à 19% en moins d'une décennie. »

 

Les problèmes économiques actuels de la Syrie ont été aggravés par la croissance explosive des secteurs non-productifs du secteur privé, la « bourgeoisie parasitaire » contre laquelle Hammami nous mettait en garde.

 

L'économie marxiste Qadri Jamil estime que la corruption représente entre 20 et 40% du PIB syrien, nourrie par les contrats publics et l'exploitation des ressources de l’État, par exemple par la vente de biens subventionnés sur le marché noir.

 

Les proches et la famille de Bashar al-Assad en ont certainement été des bénéficiaires.

 

L'homme le plus riche du pays, Rami Makhlouf, est le cousin maternel d'Assad et possède des actifs allant de l'immobilier au principal opérateur de téléphone mobile du pays. Tous ces secteurs d'activité sont fortement tributaires des autorisations et des licences accordées par l’État.

 

Le chômage croissant – en particulier parmi les jeunes – la progression de la pauvreté et l'émergence visible d'une classe d’affairiste liée au pouvoir ont été des causes internes essentielles des troubles Syriens ainsi que des revendications portant sur une plus grande liberté politique.

 

Toutefois, les tentatives dans le passé pour pousser le parti Baath et le pays sur la voie des réformes politiques et du rajeunissement économique ont été vaines et le régime d'Assad a répondu mollement, et seulement après les manifestations de masse qui ont éclaté en 2011.

 

Depuis que la lutte a changé de nature, passant des manifestations civiles à la lutte armée, les doléances et revendications légitimes des manifestations initiales et les propositions de réforme d'Assad ont été rayées de l'ordre du jour.

 

Au lieu de cela, les vraies lignes de fractures sont tracées autour de questions d'importance régionale. La Syrie est un point d'appui fondamental dans la résistance à l'hégémonie américaine au Moyen-Orient, par les liens étroits qu'elle entretient avec le Hezbollah au Liban et avec l'Iran.

 

Il ne s'agit pas de réhabiliter l'ensemble de l'histoire de la politique étrangère de la Syrie. Hafez al-Assad est intervenu dans la guerre civile libanaise aux côtés des forces Maronites de droite en 1976 contre les Palestiniens et la gauche libanaise.

 

La Syrie a continué à occuper une bonne partie du Nord-Liban jusqu'en 2005. L'ingérence du « grand frère » Syrien au Liban a créé un énorme ressentiment qui perdure.

 

Dans la première guerre du Golfe de 1990-91, la Syrie a soutenu les États-Unis contre son voisin l'Irak. Le secrétaire d’État James Baker était à l'époque régulièrement invité à Damas.

 

Malgré tout, la Syrie a suivi en général une ligne indépendante au niveau international.

 

Désormais, les États-Unis perçoivent une occasion de changer la donne et de revendiquer une Syrie post-Assad, qui serait leur État client.

 

La stratégie américaine actuelle esquive l'intervention directe, optant plutôt par le recours à des forces agissant par procuration.

 

Le chroniqueur du Washington Post David Ignatius, bien informé généralement, écrivait le 19 juillet dernier que « la CIA travaille avec l'opposition Syrienne depuis des semaines, avec des directives non-létales, qui permet aux États-Unis de juger des groupes qu'il faut aider, dans le commandement et le contrôle des opérations. Des dizaines d'officiers de renseignement israéliens agissent également le long de la frontière Syrienne, tout en faisant profil bas ».

 

Ce en quoi consiste les directives létales et non-létales de la CIA est un point discutable, en particulier si on prend en compte les compte-rendus crédibles sur l'engagement direct de l'agence dans l'armement de milices triées sur le volet au sein de l'Armée syrienne libre. A côté des suspects habituels – les États-Unis, la France et la Grande-Bretagne – la coalition internationale anti-Assad repose sur des partenaires plus improbables en apparence.

 

L'Arabie saoudite, qui fait face actuellement à des mouvements de protestation touchant sa population chiite, aimerait voir un régime pro-Riyad s'installer à Damas, privant ainsi l'Iran d'un allié essentiel.

 

Le gouvernement islamiste turc a assidûment courtisé la direction des Frères musulmans et reste la base logistique principale du commandement de l'Armée syrienne libre. En outre, il souhaiterait neutraliser les mouvements nationaux kurdes de Syrie, qui soutiennent la minorité kurde vivant en Turquie.

 

Israël continue à occuper des territoires non seulement palestiniens, mais aussi syriens et libanais. Israël s'est emparé des plateaux du Golan après la guerre de 1967 et la région abrite désormais certaines des technologies israéliennes d'espionnage les plus sophistiquées. Damas ne se trouve qu'à 50 km de là.

 

Dans une interview publiée dans le Miami Herald le 17 juillet, un haut responsable des services de renseignement israéliens, se trouvant à la frontière avec la Syrie, admettait qu’Israël réunissait des détails essentiels sur le déroulement du conflit.

 

« Nous savons, jusqu'aux noms des commandements de bataillons, ce qui se passe en Syrie », déclarait le responsable. « Ce sont des informations que nous partageons avec nos partenaires ».

 

On ne peut que devenir qui sont ces « partenaires », mais on peut raisonnablement supposer que, directement ou indirectement, ces informations militaires sensibles sont envoyées aux milices rebelles afin de leur permettre de coordonner leurs attaques.

 

La gauche en Grande-Bretagne, quelles que soient les critiques qu'elles puissent nourrir sur le gouvernement Assad, ne doit pas avoir beaucoup d'illusions sur qui sont les bénéficiaires actuels de la « révolution Syrienne ».

 

Traduction MA, pour http://solidarite-internationale-pcf.over-blog.net/

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