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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

On entend souvent dire que les Frères musulmans, qui devraient s'emparer des manettes de l'Egypte d'ici quelques mois, sont pris entre le marteau des militaires et l'enclume des révolutionnaires.

Les premiers, actuellement au pouvoir, pressent les islamistes de sanctuariser l'empire industriel qu'ils se sont bâtis depuis la signature de la paix avec Israël en 1978 et de repousser toute tentative d'intrusion des civils dans les affaires militaires, notamment le très secret budget de la Défense. Leur pouvoir de nuisance est amplement démontré par la calamiteuse affaire du financement des ONG.

Les seconds veulent en finir au contraire avec les legs de l'ère Moubarak et soumettre le complexe militaro-industriel égyptien à une louable exigence de transparence et de réforme. Ils disposent eux aussi de moyens de pression non négligeables, à commencer par une certaine place Tahrir et un art consommé de l'agit-prop.

Entre ces deux pôles, tiraillés de tous bords, le Parti de la liberté et de la justice, l'émanation politique de la confrérie, qui contrôle près de 50% de l'Assemblée du peuple et des rangs duquel sortira le futur premier ministre, probablement Essam Al-Arian.

Or cette analyse omet un acteur de la transition politique en cours : l'économie. Un acteur passablement perturbé si l'on en juge son dernier bulletin de santé : déficit budgétaire en chute libre (10% du PIB); effondrement des réserves en devises, de 36 à 16 milliards de dollars ; baisse des revenus du tourisme de 30%. Cette crise a pour principale conséquence de fragiliser encore un peu plus le très archaïque système de subventions aux produits alimentaires de base, comme le pain, le sucre et l'huile. Une véritable usine à gaz, aussi coûteuse que dysfonctionnelle, notamment parce qu'elle bride la modernisation du secteur agricole, entretient de nombreuses dérives et ne profite pas forcément aux plus pauvres

Comment réformer ce système sans jeter dans la rue des milliers d'Egyptiens, comme en 1977, lors des émeutes du pain qui ébranlèrent le pouvoir du président Anouar Al-Sadate ? Ce sera l'un des défis de la mandature des Frères musulmans. Le débat a déjà commencé à l'Assemblée du peuple et il promet d'être animé.

 

Benjamin Barthe, 14 février 2012. Egypte-blog 

 

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