Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

 

La Troïka parle

Par Chiricahua

 

 

Dans la Chronique de la guerre des lâches (2), il était question du "directoire" formé par la SM, la Présidence de la république et l'Armée. Cette troïka avait déclenché ladite guerre des lâches au cours de laquelle 200 000 personnes perdirent la vie, sans compter les traumatismes profonds que la barbarie de ce conflit aura occasionnés à la société tout entière, sans compter la question des disparus qui laissera des plaies à jamais ouvertes.

 

Pourquoi ce rappel ? Parce que les protagonistes de la sinistre troïka viennent de s'exprimer, chacun à son tour, à propos des prochaines élections législatives.

 

La SM d'abord. Par le truchement de l'un de ses hauts gradés, promu généralement aux relations publiques, Mohamed Chafik Mesbah -appelons-le MCM pour faire court ainsi que pour la proximité phonétique avec la MGM : il a bien à charge d'amuser la galerie-, elle vient de peindre un sombre tableau de l'avenir immédiat du pays. Selon MCM, il est trop tard pour tout : pour des réformes, pour des élections, pour la sauvegarde même de l'unité du pays. Trop tard. Diable ! Est-ce à dire alors que l'Algérie va disparaître ? Mais qu'est-ce qui la menacerait à ce point ? Ne cherchez pas bonnes gens, vous risqueriez de perdre votre temps dans un quizz sans intérêt. La réponse est simple et en forme de symptôme : chaque fois que les siloviki entament cette rengaine -sans la SM, l'Algérie sera rattrapée par ses vieux démons qui ont noms tribalisme, régionalisme, haine du pouvoir central ; L'Algérie ne peut pas exister sans son cœur battant, le principe vital qui lui donne corps et cohérence : la SM-, cela signifie qu'ils perdent l'initiative, du terrain à tout le moins. Certes, il n'est pas sans intérêt d'examiner ce que dit MCM à propos des élections. Il les déclare inutiles et met en garde... le FFS qui perdrait son âme s'il y participait, dit, en substance, le policier ! Nous ne savions pas que l'âme du FFS importait à ce point aux siloviki. Aït Ahmed est averti. Plus sérieusement, que veut dire au juste cette mise en garde contre les élections de la part de la SM ? La réponse ressortira de l'examen de la position des deux autres acolytes.

 

La Présidence, maintenant. Le locataire en place a pris la parole à deux reprises ces derniers jours pour inciter les Algériens à s'abstenir de s'abstenir. Il faut voter, a-t-il répété, si l'on veut ouvrir la voie aux grands changements dont notre pays a besoin pour occuper la place qui lui est due dans le concert des nations. Paroles verbales. Depuis quand, est-ce l'assemblée nationale qui détient la réalité du pouvoir en Algérie ? Cela fait tout de même 13 ans que cet homme dispose d'un pouvoir sans limites ; que n'a-t-il pris des mesures à même d'induire de vrais changements, au moins dans les domaines les plus cruciaux ? Au lieu de quoi, il a abreuvé un peuple -qui ne l'écoute plus- de discours soporifiques sur la concorde civile à laquelle personne ne croit car tout le monde sait bien que sans justice il n'est pas possible d'envelopper les crimes dans les draps de l'oubli. Cela étant, l'insistance avec laquelle l'homme appelle aux urnes est significative : elle est l'indice indubitable d'un accord (tacite ou formel) entre lui et les formations islamistes qui seront appelées à former la majorité de l'assemblée nationale. Parions que Rached Ghannouchi a dû offrir ses bons offices et s'entremettre entre le président et les formations islamistes. Gageons également que l'homme d'une très grande culture et d'un sens politique très fin qu'est Ghannouchi aura pu éprouver combien les islamistes algériens étaient encore loin du compte, contaminés qu'ils le sont, par imprégnation, par la pratique politique du système siloviki, faite d'exclusive, d'affairisme et de violence.

 

L'Armée, enfin. Cela ne s'est vu sous aucune latitude : qu'une armée enjoigne aux médias de ne plus la surnommer « la Grande Muette » ! L'armée algérienne l'a fait ! On s'est perdu en conjectures sur le sens de cette mise en garde. Pourtant, il suffit de la prendre au pied de la lettre : je ne suis pas muette, J'AI MON MOT À DIRE, nous annonce l'armée. Mais est-ce bien à « nous », c'est-à-dire au bon peuple de ce pays, que la mise en demeure s'adresse ? Bien évidemment, non. Il est clair que l'injonction est dirigée vers les deux autres acolytes, la SM et la Présidence, qui croient pouvoir parler et agir en faisant comme si la Muette était définitivement hors-jeu. Je suis encore là, veut-elle dire, et il faudra compter avec moi, encore et toujours. À l'évidence, la hiérarchie de l'armée voit d'un très mauvais œil les cajoleries que le Président distille sans compter aux islamistes. Elle en a peur car elle ne sait pas ce qu'elles cachent ni sur quoi elles peuvent déboucher.

 

La morale de cette affaire est limpide : la Présidence compte sur les élections pour affaiblir ses deux acolytes. La SM ne veut pas entendre parler de l'émergence possible (personne n'étant en mesure de prédire ce qui sortira des urnes) d'un nouveau pôle de pouvoir -une assemblée nationale pluraliste et combative. L'armée, plombée par la faramineuse corruption de sa hiérarchie, ne voit de salut que dans le statu-quo.

 

Le peuple algérien peut mettre d'accord les membres de la troïka : soit en allant voter en masse pour des candidats qu'il obligera, en restant mobilisé jour et nuit, à prendre la responsabilité historique de défaire le système pièce par pièce (comme la glorieuse Convention montagnarde l'avait fait) ; soit en boycottant activement et totalement le scrutin, renvoyant ainsi la troïka à ses apories.

 

Chiricahua, 29 février 2012. Le Courrier du courroux (9). Chiricahua-overblog

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article