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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

La proclamation de l'Etat d'urgence ouvre-t-elle la voie au "scénario algérien"? C'est probablement ce qu'espère la coalition consortiums-hiérarchie militaire qui a pris directement la direction des opérations début juillet, avec l'appui d'important secteurs laïcs. Les conspirateurs réussiront-ils leur pari très risqué, qui consiste à fermer l'espace politique pour réduire l'opposition au coup d'Etat à un djihadisme, par nature irrationnel et évidemment contrôlé par les moukhabarate.

 

Les acquis révolutionnaires, l'expérience politique accumulée depuis plus de deux ans vont être mis à l'épreuve. Le peuple égyptien tombera-t-il dans le panneau? Après la démission d'El Baradeï, Gehad El Haddad porte-parole des Frères musulmans" écrit sur son compte twitter : "Nous serons toujours non violents et pacifiques. Nous restons forts, mobilisés et déterminés. Nous allons continuer jusqu'à ce que le coup d'Etat militaire soit mis en échec."

 

 

Etat d'urgence prémédité

 

Tayeb Belghiche, l'éditorialiste-militant anti-islamiste du quotidien El Watan tance les militaires égyptiens: "Ils sont tombés dans un piège tendu par la secte des Frères musulmans". L'éditorialiste du "quotidien de référence" n'arrive pas à refreiner ses outrances éradicatrices: "Les militants ne font qu’appliquer le programme des islamistes qui consiste à «purifier» la terre d’islam de tout ce qui est juif et chrétien. Les Frères musulmans ont entraîné l’Egypte dans l’inconnu et ils iront jusqu’à la guerre civile s’il le faut".

 

Sans sommation préalable, les forces de sécurité égyptiennes ont choisi d'agir brutalement et par surprise aux alentours de six heures du matin. La veille de cette intervention meurtrière, 18 nouveaux gouverneurs de province ont été désignés, dont la moitié sont des généraux de l'armée et de la police à la retraite. L'intervention a été précédé d'un intense matraquage des médias quasi unanimes contre les manifestants des sit-in: ce sont des "terroristes", ayant stocké des armes automatiques et se servant des femmes et des enfants comme "boucliers humains".

 

Imposé en 1981, l'Etat d'urgence n'a été levé qu'en mai 2012. Régi par la loi 162 de 1958, il prévoit la restriction des libertés de se rassembler ou de circuler, l'arrestation et la fouille sans restriction des personnes, le contrôle des communications et des médias. Sous Moubarak, cette loi a donné lieu à des milliers d'arrestations arbitraires, les prisonniers politiques étant détenus sans jugement, ou étant jugés à huis-clos devant des tribunaux militaires. Elle a offert aux forces de sécurité de vastes pouvoirs pour étouffer toute forme de contestation politique. Pour l'instant, les autorités ont mis en place un couvre-feu dans la capitale et 13 autres provinces, entre 7h du soir et 6 h du matin, menaçant d'une peine de prison toute personne qui ne le respecte pas.

 

"La population va-t-elle lâcher l'armée" s'interroge l'islamologue Gilles Kepel qui note : "Finalement, ce qu’a fait l’armée rappelle étrangement ce qui s’était passé après Moubarak, quand les militaires ont réprimé les manifestations des révolutionnaires et des civils".

 

" l'armée a aussi écrasé la démocratie naissante", titre l'analyse de Christophe Ayad le journaliste du Monde spécialiste de l'Egypte après la proclamation de l'Etat d'Urgence qui note: "Les libéraux ont été politiquement laminés par le choix du tout-sécuritaire qui a prévalu. Mohamed El-Baradei l'a bien compris, en donnant sa démission mercredi, en milieu d'après-midi. En expliquant: "Il m'est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je ne suis pas d'accord". La veille du massacre, dans une interview qu’il a accordée à la chaîne Al-Hayat, ElBaradei avait appelé au dialogue: « C’est facile de dire écrasons les Frères (…). Mais il n’y aurait pas de solution basée sur l’exclusion. Les salafistes, les Frères, les laïcs, les libéraux … sont condamnés à vivre ensemble (...) Ils doivent continuer à faire partie du processus politique, ils doivent continuer à participer à la réécriture de la Constitution et à présenter des candidats pour les élections parlementaires et présidentielle».

 

 "Bien naïfs sont les démocrates qui ont soutenu le coup d'Etat contre Morsi et qui pensent que Sissi et sa bande de galonnés vont leur offrir demain une place au sommet du pouvoir,écrit ce matin Akram Belkaidqui ajoute: "Bien sûr, ils auront quelques strapontins car l'époque n'est plus aux juntes totales".

 

 

La veille de l'intervention le directeur de l’Initiative égyptienne pour les droits individuels, Hossam Bahgat écrivait : Ces manifestations sont l’as­pect d’une crise politique et ne doivent pas être traitées comme un problème sécuritaire qui sera résolu une fois qu’elles seront dispersées. Tant que cette crise persiste, rien n’empêchera ces manifestations de se regrouper ailleurs au Caire ou dans d’autres gouvernorats. (...) Certains pensent que le régime policier de Moubarak a été démantelé, ce qui est faux. Ce régime n’a jamais disparu pour que l’on craigne son retour, il a continué sous la transition mili­taire et puis avec le président Mohamad Morsi".

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