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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par Samia Nakhoul et Alastair Macdonald / Reuters

 

LE CAIRE (Reuters) - Les Egyptiens sont appelés aux urnes samedi et dimanche pour le second tour d'une élection présidentielle qui, pour beaucoup, se résume à un choix par défaut entre Ahmed Chafik, dernier chef de gouvernement d'Hosni Moubarak, et Mohamed Morsi, candidat des Frères musulmans qui se présente au nom de Dieu.

 

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes à 06h00 GMT et fermeront à 18h00 GMT. Des résultats officieux pourraient être annoncés dès dimanche soir.

 

A l'avant-veille du scrutin, la Haute Cour constitutionnelle s'est prononcée pour la dissolution de l'Assemblée constituante, dominée par les Frères musulmans, ce qui a relancé les doutes quant aux véritables intentions des généraux qui ont promis de remettre le pouvoir à un président élu le 1er juillet.

 

En l'absence de pouvoir législatif et dans l'attente d'une nouvelle constitution pour définir les contours de sa charge, l'élection du chef de l'Etat ne répondra pas aux questions que les 82 millions d'Egyptiens continuent à se poser sur l'avenir de leur pays, près d'un an et demi après la "révolution du Nil" et la démission de Moubarak.

 

Pour une bonne part de l'électorat laïque et modéré ce second a tout d'un duel des extrêmes entre un fidèle du président déchu, issu comme lui de l'appareil militaire, et le candidat des Frères musulmans qui ont lutté pendant soixante ans dans la clandestinité contre l'armée. Dans ces conditions, l'abstention, déjà très élevée au premier tour, les 23 et 24 mai, pourrait être le fait marquant du second.

 

"Je ne voterai pour aucun des deux", affirme un jeune homme de 28 ans interrogé vendredi soir dans le centre du Caire parmi les manifestants venus dénoncer la dissolution de l'Assemblée, perçu comme une tentative de "coup de force institutionnel".

 

"NOUS SAUVERONS NOTRE RÉVOLUTION"

 

A eux deux, les finalistes n'ont pas réuni la moitié des suffrages exprimés au premier tour.

La Haute cour constitutionnelle a par ailleurs validé jeudi la candidature d'Ahmed Chafik, menacée par une loi votée en avril pour écarter les caciques de l'ancien régime, ce qui a accentué la colère des révolutionnaires et des islamistes, qui y ont vu une preuve de la volonté des militaires de se maintenir au pouvoir.

 

Le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui assure l'intérim depuis le renversement de Moubarak, le 11 février 2011, a assuré jeudi que les deux arrêts de jeudi ne remettaient pas en cause le processus de transition.

 

Cette assurance n'a pas convaincu le Mouvement du 6-Avril, l'un des fers de lance de la révolution.

 

"Nous sauverons notre révolution. Nous sauverons l'Egypte du régime militaire", dit-il dans un communiqué publié vendredi.

 

Prenant acte de la dissolution de l'Assemblée, les Frères musulmans ont estimé que l'Egypte allait au devant de "journées très difficiles qui pourraient être encore plus dangereuses que les derniers jours du régime de Moubarak".

 

"Toutes les avancées démocratiques de la révolution pourraient être balayées et renversées si le pouvoir est confié à l'un des symboles de l'ère antérieure", ont-il ajouté.

 

16 juin 2012. Reuters

 

 

L'armée égyptienne accusée de mener une "contre-révolution" 

 

Un collectif de partis égyptiens de gauche, laïques et libéraux accuse l'armée, au pouvoir depuis la chute de Hosni Moubarak, de mener une "contre-révolution" après l'invalidation des résultats des élections législatives, remportées par les islamistes.

 

"Le scénario de la contre-révolution est bien clair à travers une série d'épisodes passant par les acquittements dans le procès de Moubarak (le 2 juin), la décision de donner à la policemilitaire et aux renseignements militaires le pouvoir de procéder à des arrestations de civils et finalement l'invalidation du Parlement et le rejet de la loi d'isolement politique", ont-ils dénoncé, vendredi, dans un communiqué.

"Toutes ces mesures démontrent que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) est déterminé à reproduire l'ancien régime et que la présidentielle n'est qu'une mauvaise comédie visant à permettre au CSFA de renforcer son emprise sur les rouages de l'Etat et de les mettre au service du candidat de l'ancien régime, Ahmad Chafiq", ajoute le communiqué.

 

Source AFP, 15 juin 2012

 

 

 

 

Le pari risqué du maréchal

 

Par K. Selim

 

 

Le Mouchir Tantaoui a frappé. L'armée égyptienne qui n'a rien de démocratique démontre un savoir-faire manœuvrier retors dans la gestion d'une transition complexe amorcée en janvier 2011 après avoir lâché Hosni Moubarak. Le Conseil suprême des forces armées (CSFA) dirigé par le maréchal Tantaoui dispose désormais de tous les pouvoirs à la veille de l'élection présidentielle.

Par petits coups et pratiquant une sorte de longue guerre d'usure, les militaires ont opéré une reprise en main progressive mais inexorable de tous les leviers de commande du pays. Ils viennent de porter l'estocade à travers une décision d'une Haute Cour constitutionnelle qui leur est acquise en balayant l'assemblée législative dominée par les Frères musulmans. Avant cette touche «finale», ils se sont évertués à annihiler les forces qui lui paraissaient les plus dangereuses, les Frères musulmans et les«révolutionnaires» de la Place Tahrir. Ils les ont opposés les uns aux autres, tout en pointant du doigt leur responsabilité commune dans la dégradation de la situation économique, illustrée de manière visible par la chute du tourisme. Ils ont créé ainsi une «demande d'ordre» qu'ils espèrent mettre à profit de leur candidat, l'ex-général et dernier Premier ministre de Moubarak, Ahmed Chafiq.

Le CSFA a fait mine de concéder un large champ aux forces politiques mais en veillant constamment à reprendre d'une main ce qu'il concédait de l'autre. Le meilleur exemple de ce double langage permanent est bien la mise en scène de la levée de l'état d'urgence en vigueur depuis l'assassinat d'Anouar Sadate en octobre 1981 et la promulgation concomitante de décrets qui redonnent aux services secrets le pouvoir d'arrêter des civils et de les déférer devant des tribunaux militaires. Les décisions de la Cour constitutionnelle de retoquer la loi bannissant des responsabilités politiques les caciques du régime Moubarak (dont le général Chafiq) et d'invalider la représentation nationale élue en décembre 2011 représentent un stade supplémentaire dans la normalisation politique sous la houlette des militaires. L'argument de l'illégitimité constitutionnelle du Parlement est clairement irrecevable dans un pays où il n'y a plus de Constitution.

A l'évidence, les militaires pensent que le rapport de force est largement en leur faveur et qu'ils peuvent se dispenser d'un excessif respect des formes. Ils sont confortés dans leur posture par le fait qu'entre les élections législatives achevées en février 2012 et le premier tour de la présidentielle, en mai 2012, les Frères musulmans ont fortement reculé en passant de 45% à 25% des suffrages. Les promesses politiques et sociales de la campagne des législatives ne sont pas traduites dans la réalité d'une assemblée dominée par les Frères musulmans et les salafistes. Déçue, l'opinion publique égyptienne est également excédée par l'instabilité et l'insécurité qui se sont installées dans le pays. Relayées par de puissants médias, dont les principales chaînes de télévision privées, les informations sur les contre-performances économiques sont reçues avec angoisse par une population dont les conditions d'existence ne sont pas améliorées depuis le «changement» de régime.

A la veille du second tour de la présidentielle, le CSFA a donc frappé un grand coup. S'il semble maîtriser la situation et imposer son agenda, et peut-être son candidat au Palais d'Abidin, le CSFA joue gros. Même lassés par les désordres, les Egyptiens sont-ils disposés à revenir à la case départ pour se retrouver face à un système qu'ils ont rejeté avec force ? La question est d'autant plus cruciale que les conditions sociales se sont dangereusement dégradées sans aucune perspective d'amélioration à court terme. De plus, et c'est loin d'être négligeable, les forces politiques qui se sont exprimées en janvier 2011 ne sont pas disposées à rentrer dans le rang. Le coup d'Etat constitutionnel assumé par le CSFA inaugure probablement une ère dangereuse sur les rives du Nil.

K. Selim, 16 juin 2012. Le Quotidien d’Oran

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