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Publié par Saoudi Abdelaziz

Sous le titre «Le mythe de Rome», Sadek Aïssat avait écrit un article dans le journal communiste Révolution, le 9 février 1994. Le contexte était particulier : un processus de réflexion, pour trouver une issue, venait de s’engager, avec d’un côté la rencontre de Sant’Egidio à Rome, de l’autre la nomination de Zeroual au ministère de la Défense porteur d’une feuille de route de l’ANP pour organiser une transition. Mais aussi, en réponse à ces deux démarches prometteuses, l’attentat spectaculaire de la veille du ramadhan qui a fait 42 morts dans la capitale.

Dans la deuxième partie et la conclusion de cet article, Sadek Aïssat décrit les faiblesses du courant «démocrate». Seize ans après, les analyses du défunt semblent rester d’actualité.

 

« (…) Depuis déjà quelques années, les concepts «d’archaïsme» et de «modernité» sont remis à l’honneur en Algérie par certains milieux «démocrates». Ils ont pour fonction de délimiter les contours des nouvelles catégorisations sociales qui se résument en l’existence dans le pays de deux sociétés contradictoires, voire antagoniques : l’archaïque et la moderne. L’une des deux doit disparaître. Conséquence logique et quasiment mécaniste : le jusqu’au boutisme. Un tel raisonnement peut-il mener à d’autres conceptions que celles de «l’éradication» ? Forcément, il ne peut qu’épouser les stratégies des politiques et des enjeux de pouvoir dans lesquels il s’inscrit originellement.

L’archaïsme et la modernité sont des réalités sociologiques de l’Algérie d’aujourd’hui. Ils expriment bien le double mouvement naturel qui travaille le pays. On les retrouve cohabitant, comme hier, dans les entités telles que la famille, le groupe social et même l’individu ; elles imprègnent également les institutions de l’Etat, de l’économie et des pouvoirs, y compris celui interne des partis politiques, même ceux qui se réclament du modernisme, fonctionnant sur la catégorie archaïque de l’Allégeance.

Cette conception est étroite et présente des dangers pour l’avenir de la démocratie. D’abord pour les groupes qui se définissent eux-mêmes comme «démocrates». Ceux-ci sont amenés à limiter leur action à la transformation volontariste des mentalités, c'est-à-dire à la défense des libertés individuelles, apanage, pour l’heure, de couches sociales déterminées. Cela place d’emblée leur combat sur le terrain de l’idéologie et les coupe du reste de la société. Pour exister, ils n’ont d’autres recours que de passer des alliances avec certaines fractions du pouvoir –de l’armée- et de rechercher des soutiens auprès des opinions et des Etats qui peuvent développer de la sympathie pour ce type de cause. Pour les Algériens, c’est principalement la France.

Si l’on prend en compte, à côté de cela, des mœurs particulières à la classe politique algérienne-chacun rêvant de fédérer les «démocrates» sous son drapeau, on comprendra mieux pourquoi «l’alternative démocratique» au régime et au FIS se présente dans un tel état de faiblesse, et pourquoi elle ne peut aujourd’hui constituer cette «troisième force» dont l’Algérie a tant besoin. »

Sadek Aïssat. Révolution n°780, 9 février 1994.

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