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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

La chronique du Condjador (46)

 

On m’a dit que sur un site local quelqu’un a écrit un article pour expliquer que « l’immolation est devenue une mode ». L’auteur de cet article, a-t-il jamais entendu dire que dans ce pays, ou dans n’importe quel pays du monde, un jeune rejeton de milliardaire s’est immolé par le feu ? Pourquoi le ferait-il,  Il n’en a pas besoin, il a les moyens directs d’obtenir la justice, de la détourner aussi.

 

 

L’immolation par le feu c’est la forme supérieure du désespoir, face aux lois et à la manière de les faire appliquer par une personne retranchée à l’intérieur de son uniforme ou derrière un bureau de bois massif d’importation. Cette tenue sur mesure est le moyen de conservation de sa khabza. Mais, c’est aussi une protection pour supporter l’incohérence de l’ordre supérieur, qu’il doit faire appliquer en sachant le préjudice que cet ordre va causer. Celui qui applique se retranche alors derrière la froideur et l’indifférence. Le suicidé essaie d’éveiller cet être de chair et de sang qui s’est laissé empaqueter, avec ses étoiles sur l’épaule  avec mission de face au pauvre citoyen qui essaie de conserver le peu de dignité qui lui reste.

 

 

L e système a fait des repentis, mais lui ne s’est jamais repenti de l’idée qu’il est au dessus de ce peuple.

 

 

Le gouvernement a bien compris que le conflit des immolés avec l’injustice est en grande partie d’ordre financier. C’est pour cette raison qu’il répare le préjudice du décès par des dons généreux aux familles. De leur côté, les familles des immolés acceptent ces dons et imposent en plus d’autres revendications, qui seront satisfaites. Elles sont en position de force et font payer cher leurs morts. Elles sont en mesure d’imposer leurs volontés face à face aux autorités.

 

 

Les brûlés vifs sont les derniers avertissements. Ils disent Ya système, vous êtes aussi fragile et je peux être la mèche qui allumera la poudre. Le suicidaire sait ces choses, il est dans cette lutte, il reconnait la rage de ses semblables. Essayer de se faire brulé vif est un message direct que les medias vont colporter et c’est suffisant pour le suicidé. Son geste est le même que celui de cette foule qui se déchainent après son acte, animée par le même sentiment, acharnée à démolir coûte que coûte, par les pierres et les cocktails Molotov. Ces gens ont le même destin que le brûlé vif. Ils n’ont rien à voir avec les opportunistes qui exploitent l’événement de la mort terrible de leurs fils, pendant  que  leurs fils à eux sont à l’étranger, à faire des études et à mordre la vie a pleines dents.

 

 

Quand on fait le tour de tous ceux qui se sont fait brûler vif ou qui ont essayé de le faire, on sait que leur révolte a la même source : l’injustice, les difficultés financières, le logement, le non dédommagement du foncier et le reste. Une charrette de fruits et légumes, une petite baraque sur un trottoir qui dérangent les autorités locales parce que les ministres empruntent cette route dans leurs excursions occasionnelles.

 

 

Les immolés ne se sont pas fait brûler vif à la première altercation. Leurs actes viennent de loin, d’une succession d’intimidations, de stress, d’ordres et de directives cumulés, d’agents de police, de gendarmes, de directeurs d’Opgi, de tous ces gens de l’autorité qui ont remplacé leurs oreilles et leur cœur par le clavier d’un pc,  qui écrivent vos mots mais ne vous répondent pas, qui ne se mettent jamais a votre place.

 

 

Et lorsqu’on vous laisse parler, c’est pour chercher le point faible, pour mieux vous écraser ou vous manipuler. On ne cherche pas les meilleures choses en vous mais vos cauchemars et vos blessures, pour vous les faire vivre plus souvent. Et ces comportements sadiques sont payés par le contribuable.

 

 

S’arroser d’essence : j’utilise ces mots qui sont plus accessibles à mon intellect que le mot immolation. Se faire brûlé vif veut dire laissez moi tranquille, continuez à m’ignorer comme vous l’avez fait depuis longtemps, je me débrouille mieux sans vous maintenant. Je me brûle vif et je m’éteints pour toujours.

 

 

Et, avec cette essence, je vous punis, au nom de toutes les victimes de votre manière de gouverner,  qui ne reconnait rien en nous.

 

 

 

Village Moussa-Jijel, 8 mai 2012

 

 

 

 

Le marin vieillit plus vite que vous, monsieur le ministre

 

 

Le ministre de la pêche a mis en pratique la loi qui indemnise les marins et les armateurs de chalutiers pour l'arrêt de travail de 4 mois prévu pour le repos biologique des poissons. Les journaux ont écrit souvent et longuement sur le sujet. Mais l’essentiel reste caché, c'est-à-dire la manière dont c’est appliqué sur le terrain.

 

 

L'armateur touche environ  600 000 dinars par mois, behar ay zidolou bougalez c’est le nouveau dicton (bougalez c’est une eau minérale). Le marin touche le smic, 18 000 dinars par mois.

 

 

Dans les faits comment cela se passe pour le marin? L’argent ne lui sera versé qu’à la fin de cette période de 4 mois. Le poisson a son repos biologique mais le marin peut-il rester en hibernation ? Comment va –t-il vivre en attendant ses quatre Smic ?  Le ministre ou celui qui a inventé cette directive n’ont pas l’air de vouloir savoir comment les marins vont survivre pendant cette période difficile.

 

 

De plus, Le fascicule du marin (son livret d’embarquement) reste saisi chez le garde de pêche, pendant les quatre mois d’arrêt.

 

 

Pendant ces quatre mois de repos biologique, qui ne concernent que la pêche au chalut, les marins des chalutiers voudraient avoir la possibilité d’embarquer sur les ring-net des sardiniers, pour ne pas perdre ces mois d’embarquement, car c’est une course contre la montre pour accumuler les années de travail en mer qui permettraient de sortir avec une retraite décente, avant de perdre sa santé.

 

 

Car, le marin pêcheur vieillit avant les autres salariés, monsieur le ministre. Le froid et le sel de la mer vous réforment et vous rouillent comme la carcasse d’une épave.

 

Port de Boudis-Jijel, 8 mai 2012

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