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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Après avoir été désarçonnés, dans un premier temps, par la virulence et le caractère direct inédit des attaques du secrétaire général du FLN, dénonçant la manipulation des institutions et partis politiques par le général Toufik, chef du DRS,  les journalistes politiques semblent avoir retrouvé leurs marques et allégeances habituelles.

 

 

 

 

Il y a  ceux qui roulent pour la présidence

Le quotidien Reporters-dz titre sur huit colonnes à la une. "Le BP du FLN fait front derrière Saadani, il assure le secrétaire général de son plein soutien". Le commentaire -non signé- de l'information est sans équvoque:  "Au bout du compte, aucune de ces rumeurs ne s’est révélée juste ou significative d’un réel malaise au cœur de la direction politique du FLN. Au contraire, et jusqu’à preuve du contraire, son secrétaire général Amar Saâdani sort renforcé d’un épisode politique parmi les plus spectaculaires de ces vingt dernières années dans notre pays. Droit dans ses bottes, il voit ainsi ses positions renforcées par rapport à ses adversaires".

 

 

Il y a ceux pour qui le DRS est intouchable

Dans ce pôle d'allégeance, Mohsen Abdelmoumen s'illustre par une interminable et quasi délirante chronique dans Algérie patriotique: " Ici, clairement, la limite supportable est dépassée et nous attendons vainement un communiqué du ministère de la Défense dont le DRS est l’une des structures. Pourquoi le MDN ne réagit-il pas aux propos d’un félon en exercice ? Qu’allons-nous dire à nos soldats, nos policiers, nos gendarmes, qui combattent le terrorisme au péril de leur vie et qui protègent le territoire national de la criminalité sous ses multiples visages ?" Le chroniqueur convoque les mânes de William Scheakespeare. S'adressant à Bouteflika, le "roi soleil", il écrit: "Méditez le cas de Richard III qui voyant sa fin approcher aurait donné son royaume pour un cheval. Nous avons voulu votre départ tranquille et digne, mais vous le voulez rude. Vous ne pensez qu’à vos privilèges en répétant «après moi le déluge», bande de goinfres maudits, sachez que vous en aurez pour votre argent !" Antonio Gramsci est réservé à la péroraison: "Nous voulons du neuf qui n’est pas bâti sur du vieux. Certes, le jeune tarde à naître, comme disait Gramsci, mais nous pratiquerons une césarienne s’il le faut ! Bref, dégagez de notre vue, vous êtes disqualifiés historiquement (...). Que Dieu maudisse la mauvaise engeance que vous êtes."

Pour l'Expression aussi, le DRS est intouchable, selon Les propos du secrétaire général du FLN ne nuisent pas seulement à la personne du général Toufik, mais c'est tout l'Etat algérien qui se trouve décrédibilisé. C'est un axiome jamais remis en cause: dans le monde entier, tout pays tire sa véritable puissance de ses services de renseignements. A lire les déclarations du secrétaire général du FLN, on est tenté de comprendre que le fameux DRS (Département du renseignement et de la sécurité) est une véritable passoire".

Mohamed benchicou écrit dans sa chronique de TSA : "Saâdani, dont on ne soupçonnait ni la virginité politique ni les états de service de démocrate, s'émeut que le DRS s'ingère dans la politique !  « Nous, au FLN, on veut que le général Toufik cesse de s’immiscer dans les affaires du parti. En fait, lui n’est pas en position de dire oui ou non à la candidature du président Bouteflika à la prochaine présidentielle. » Il est facile de traduire cette mauvaise humeur par : « Nous, clan présidentiel, on veut bien que le général Toufik s’immisce dans les affaires politiques, mais pour notre seul profit ! »

Dans cette affaire, Toufik marque même des point selon Omar Berbiche dont la préférence va traditionnellement au "justicier de l'ombre". Dans son éditorial d'El Watan il écrit :"Formellement, dans cette bataille politique et de l’opinion que se livrent les centres de décision du pouvoir, le DRS et son patron, qui n’ont pas bonne presse pour leur contrôle de la société au plan des libertés, sortent grandis et confortés de cette passe d’armes avec le clan présidentiel."  Sur les modalités de succession présidentielle, l'éditorialiste, qui approuve l'action du "justicier de l'ombre", reste optimiste : "Que la course à la succession se règle au moyen d’un coup de force institutionnel pour désarmer Bouteflika et son clan, qui ont résisté jusqu’ici à toutes les pressions pour l’amener à renoncer à un quatrième mandat, cela ne semble pas choquer, y compris dans le camp des démocrates les plus sourcilleux sur le respect de la légalité constitutionnelle. Bouteflika et ses soutiens ont, jusque-là, repoussé tous les assauts de ceux qui appellent, sous une forme ou une autre – empêchement ou départ volontaire à la retraite à l’issue de son mandat actuel pour cause de maladie – le Président sortant à rentrer chez lui. Qui de Bouteflika ou de ses adversaires va capituler ? Une certitude : le chemin menant à la présidentielle est truffé de mines.

 

 

Les analyses des journalistes non-alignés sont très nuancées.

 

Dans le  journal Liberté, Mustapha Hammouche s'interroge : "Que signifie l’attaque de Saâdani contre le général Toufik ?" Il analyse les réactions dans l'establishment: "L’acte de défiance envers le système-DRS, désormais isolé de l’entité militaire, désempare ou, tout du moins, divise les avis. L’opinion “avertie” se trouve partagée entre la préservation de l’instrument sécurité et l’espoir d’une vie politique, enfin, affranchie de l’influence militaire."

Dans le  Quotidien d'oran du Kharroubi Habib conclut ainsi son analyse : "A décharge pour le secrétaire général du FLN, il faut lui reconnaître d'avoir « osé » dire tout haut ce que pensent tout bas tous les Algériens. En ce sens pour aussi gaffeur qu'on le présente, il a le mérite même en étant instrumentalisé d'avoir ouvert un débat sur la place et le rôle du DRS auquel se refusaient les Algériens tétanisés qu'ils ont été par la toute-puissance dissuasive de cette institution. Que l'on cesse donc de nous présenter Saadani comme l'hurluberlu ne proférant que des insanités et que l'on arrête de même de nous vendre que s'en prendre à la toute-puissance du DRS, c'est s'attaquer à la stabilité et la sécurité nationales".

Dans le même journal Kamel Daoudécrit: "La charge de Saïdani est si inattendue, si frontale, si directe et si grave que l'on a presque peur : le régime en est venu aux mains entre lui et lui-même". Kamal Daoud note: "La fin du contrôle du DRS sur le mot, le livre, le wali, le parti, la conférence, l'ENTV, la nominations etc. est une nécessité pour que la démocratie soit réelle". Sa conclusion reste cependant vigilante :"Réjouissons-nous. Pour une fois, ils se mangent entre eux. La campagne électorale commence à être amusante. Et dangereusement fascinante. Le plus triste est que cette normalisation des institutions de sécurité, préalable à nos longs et vieux vœux de démocratie, nous est vendue avec un autre produit concomitant. Triste sort : même nos vœux les plus anciens sont exaucés avec la malice de l'ironie et nous sont servis avec un pacte gênant en bas de page. Le nota bene y est si énorme que l'on ricane".

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