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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Le compte-rendu d’un débat public intitulé « Algérie, réflexions sur une nation en construction » a été diffusé en live sur le site d’El Watan, samedi 26 mai. Nous avons relevé l’intégralité des propos de Abderrahmane Hadj-Nacer, l’ancien gouverneur réformateur de la Banque d’Algérie. Ces aphorismes, dont l’extrême concision n’exclut pas une subtile rétention de sens, sont regroupés par thèmes, dans leur chronologie.

 

 

La démocratie

 

Notre combat aujourd'hui : la citoyenneté, pas la démocratie formelle.

 

 

Le premier droit est le droit à l'Etat de droit.

On avait plus de contrat avec l'administration centrale dans les années 70 qu'aujourd'hui.

 

 

Impôt et prélèvements

 

L'impôt ne rentre pas.

 

 

Le système marche sur la tête.

Toute cette économie génère assez d'argent pour payer un impôt. Il faut alors parler de corruption... Car c'est une forme d'impôt.

La corruption en place a détruit la structure des recettes de l'Etat.

 

 

On a tué la capacité de prélèvement à la source parce qu'elle s'est généralisée mais parce que la base actuelle d'un Etat qui s'effiloche se retrouve dans l'informel.

Face à la naissance du citoyen, c'est pour ça qu'on essaie de revenir à la tribu. Que l'homo economicus ne peut pas non plus émerger en tant qu'agent économique.

 

 

On a mis en place un système qui permet à des gens de se servir directement mais pas d'être producteurs de richesses.

 

 

Le pouvoir

 

 

L'ingénierie politique nécessaire à un groupe dirigeant n'est plus disponible

 

 

Dans les années 90, toutes ces structures d'ingénierie ont été détruites. Résultat : aujourd'hui, la violence est gérée par la violence. Or tous les citoyens veulent participer à la reconstruction du pays.

Au sujet de la rente : certains pays ont une rente beaucoup plus importante que la notre. Arabie Saoudite : ils exportent plus, ils sont plus diversifiés.... Ils pourraient ne pas travailler pendant des générations. Alors pourquoi sont-ils plus productifs que nous ?

Donc il y a un problème. La cohérence globale. Peu importe le choix fait : l'agriculture au détriment de l'industrie, la substitution aux importations... etc. Ce qui compte, c'est la cohérence globale.

Nous sommes inconséquents parce que nous n'assumons pas nos choix.

Si on veut avancer, il faut rendre la richesse licite.

Le problème de l'économie algérienne n'est pas dans ses choix. Il est dans le choix du système politique, de la place des citoyens, la façon dont ils s'organisent.

 

 

Est-ce que le pouvoir appartient à l'argent ou à la violence ? Qui est à l'origine du pouvoir ? Et comment il se légitime ?

Je n'ai aucune équation qui me permet d'avancer si je ne peux pas définir quel est le pouvoir. A partir de là, on pourra donner des schémas de développement. Aujourd'hui, on ne peut pas. Ce n'est pas la rente qui nous en empêche mais la définition du pouvoir.

 

Les entreprises

 

J'ai lu comme tout le monde les 50 mesures du FCE. Comment résumer ? Nous sommes 200 entreprises de taille nationale et nous voulons participer à la construction de l'état économique.

Participer ? Cela signifie quoi ? Avoir une partie de la rente ?"

Aucune ne dit : voilà comment nous avons évolué pour devenir une entreprise citoyenne...

Il n'y a pas non plus de réflexion sur : à quoi servent la fiscalité.

 

 

Les entrepreneurs ont compris qu'il ne fallait pas poser de question qui dérange. Ils veulent avoir leur part.

 

 

 

L’Etat et l’économie

 

Or les citoyens doivent être capables de créer des richesses. Mais pour construire un marché, il faut un Etat fort.

 

 

Un Etat moderne est un Etat régulateur, pas un Etat gestionnaire.

 

 

Il faut un contrat très fort entre l'Etat central et la population.

En économie, quand on a une base informelle qui constitue le socle, on est dans la faiblesse. Si on a peur, c'est parce qu'on aimerait partager quelque chose pour se battre.

 

La place de l’Armée

Il faut sauver l'armée. Je ne suis pas un militariste mais c'est la seule institution encore debout. Il faut sauver les institutions qui structurent la construction d'un Etat, d'une économie"

Ce n'est pas la dictature qui gère la stabilité.

Ce que je dis sur l'armée, c'est très objectif : notre armée nous ressemble. Ce n'est pas une armée de caste, mais une armée populaire.

Cette armée nous ressemble et si elle n'est pas belle, c'est que nous ne sommes pas beaux.

La véritable armée, ce n'est pas le matériel, c'est l'adhésion des citoyens.

 

 

Le groupe capable de se lever comme un seul homme, c'est lui qui fera que vous ne serez pas attaqué. On en revient toujours à la base sociale de l'Etat.

 

 

Nous sommes à une phase cruciale de notre histoire. La force de l'armée, c'est sa relation avec son peuple.

Une relation qui doit être institutionnalisée. Notre faiblesse : notre armée a fait un Etat et non pas un Etat qui a fait une armée.

Construire autour de l'armée ne signifie pas qu'on doit être dans une relation de sujétion. Si on veut sauver l'armée d'elle-même, c'est à nous de le faire.

 

 

Est-ce que nous sommes juste des zones en friche ? Où des troupes militarisées vont être envoyées pour pomper nos ressources du sous-sol ? Ou allons-nous exister dans le concert des Nations avec un projet sociétal ? Je ne crois pas dans les rapports non institutionnels qui finissent forcément comme des rapports mafieux. Notre enjeu, c'est ça.

 

 

 

La crise économique internationale

 

La crise économique est une crise politique profonde sur l'équilibre des pouvoirs au centre de l'empire.

On a peur de voir l'émergence de futurs acteurs."

La seule richesse qui existe, c'est la richesse humaine. Va-t-on s'adosser à elle pour dire au reste du monde : il faudra faire avec. C'est là qu'est l'enjeu.

 

 

Il faut un contrat très fort entre l'Etat central et la population.

 

Le wahabisme

 

Le wahabisme brutal a le même objectif : organiser une papauté au niveau de la Mecque.

Leur idée : créer une hiérarchie artificielle qui n'est pas prévue par notre islam pour avoir une adresse mobilisable à tout instant.

L'idée de Qatar : le passage du wahabisme dur au wahabisme soft.

Si nous voulons défendre notre islamité, il faut aussi favoriser l'émergence d'un moudjtahidin.

 

 

 

Les Mozabites

 

Les Mozabites sont des Algériens comme les autres.

Chez les Mozabites, quand ils ont eu à gérer des défis, ils se sont dit : construisons des institutions, pour aller au-delà de l'individu.

Résultat : tout se fait par décret, écrit... pour qu'il y ait passation de pouvoir. Cette accumulation a permis une prise en charge sociétale

C'est l'institutionnalisation de la démocratie par l'écrit qui permettra de faire face.

 

 

L’argent et l’intérêt

 

Nous voyons nos jeunes dire : "je ne vais pas à la banque, c'est haram". Mais personne n'a expliqué ce mot. Les juifs ont réglé le problème du rapport à l'argent il y a des millénaires, ce qui leur a permis d'avoir le pouvoir absolu jusqu'au XVIe s.

Nous, musulmans, nous refusons d'aborder des questions clés comme celle de l'argent.

L’intérêt, c'est ce qui protège contre l'inflation. Donc quand on verse l'intérêt, on protège l'épargne de l'inflation.

     

 

 

Les Harragas

 

Si les harragas sont aussi nombreux, ce n'est pas parce qu'ils recherchent de l'argent. Ils cherchent une organisation dans laquelle ils peuvent se projeter. Ici, ils n'ont pas la conscience de ce qu'ils peuvent être le lendemain.

 

26 mai 2012. Texte intégral : El Watan

 

 

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