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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

 

Les gens de ma génération n’oublient pas cette intense atmosphère mondialisée qui régnait à d’Alger dans les années 60 et 70. On pouvait croiser dans les rues d’Alger, les révolutionnaires du monde entier. On y rencontrait Eldridge Cleaver et d’autres militants exilés des Black Panthers. Angelas Davis, leur égérie, était alors en prison. Elle revient ces jours-ci sur la scène médiatique avec la sortie d’un documentaire qui lui est consacré.

 

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Angela Davis: "J'étais devenue un symbole à détruire"

 

 

 

Propos recueillis par Paola Genone et Katell Pouliquen

 

 

Free Angela and All Political Prisoners qui sort le 3 avril retrace la période où elle fut traquée par le FBI et emprisonnée. En avant-première, l'héroïne du Black Power se souvient. Témoignage d'une éternelle insoumise.

 

 

Ce documentaire revient sur votre activisme dans les années 1970. Qu'avez-vous ressenti en revoyant ces images?

 

Angela Davis: Certaines images d'archives, que je n'avais jamais voulu voir, ont réveillé en moi une tristesse et une colère indescriptibles : j'ai revu les visages de personnes que j'aimais et qui ont été tuées. J'ai revécu ces moments de terreur. Mais j'ai aussi éprouvé un sentiment de plénitude car je me suis sentie à nouveau connectée à tous ceux qui ont défendu notre cause dans le monde entier. Il est important de rappeler les acquis d'une révolution, sans rien oublier. Barack Obama est certes président, mais le chemin est encore long.

 

 

En 1969, doctorat de philosophie en poche, vous devenez prof à l'UCLA, l'université de Californie à Los Angeles, tout en vous déclarant publiquement communiste et membre des Black Panthers. A la demande du gouverneur, Ronald Reagan, vous êtes congédiée. Vous ne vous y attendiez pas?

J'étais sans doute naïve. On m'avait appelée pour enseigner la philosophie marxiste, que j'avais étudiée auprès d'Herbert Marcuse. Et je n'avais jamais caché mon appartenance au Parti communiste! Mais en 1969, Reagan préparait sa candidature à la Maison-Blanche. Il s'est servi de moi pour montrer aux conservateurs qu'il était en mesure d'écraser les activistes de gauche et les Noirs. Quand j'ai été renvoyée, des milliers de personnes ont manifesté contre cette injustice. Je recevais aussi tous les jours des lettres d'insultes comme "Zoulou, retourne en Afrique" et des menaces de mort. J'ai dû acheter des armes pour me protéger.

 

Comment a germé votre engagement?

J'ai grandi à Birmingham, en Alabama, dans le Sud, "la ville la plus parfaitement "ségréguée" des Etats-Unis", selon Martin Luther King. Dès mon plus jeune âge, j'ai été confrontée au racisme dans mon quartier, surnommé Dynamite Hill. Mon premier souvenir d'enfance est un bruit de bombe : le Ku Klux Klan faisait régulièrement exploser les maisons des Noirs. Partout, des bus aux églises, des magasins aux toilettes publiques, des pancartes affichaient "White only" et "Colored only". Mes parents, enseignants, étaient tous deux activistes communistes. Je me souviens du pistolet de mon père posé sur une table. De ma grand-mère me racontant ses souvenirs de l'esclavage. J'ai voulu fuir cet enfer : en 1958, à 14 ans, j'ai obtenu une bourse pour étudier à New York dans le cadre d'un programme qui aidait des élèves noirs du Sud. C'est alors que je suis devenue membre d'un mouvement de jeunesse communiste, et que toutes les humiliations de mon enfance ont trouvé une explication : l'oppression des Noirs par les Blancs, le mépris et la haine, étaient sous-tendus par un système capitaliste sans pitié qui en tirait des bénéfices. De cette prise de conscience est né mon engagement politique.

 

 

 

En 1970, on vous accuse injustement, à 26 ans, de meurtre et d'enlèvement. Vous partez en cavale. Pourquoi?

Parce que j'aurais été tuée! J'étais devenue un symbole à détruire. Le FBI avait mis en place des moyens colossaux pour avoir ma peau. Dans des communautés noires, à travers tout le pays, ils ont arrêté des centaines de femmes qui me ressemblaient. Ils ont surveillé sans relâche ma famille et mes amis. Ma photo était affichée dans tout le pays, flanquée de l'inscription "Armée et dangereuse" ! J'ai traversé cinq Etats en me déguisant. J'étais terrifiée. Quand ils m'ont trouvée à New York au bout de deux mois de traque, j'ai été, paradoxalement, soulagée. Même si Nixon avait déclaré à la télé : "Cette arrestation servira d'exemple à tous les terroristes", le pouvoir ne pouvait plus m'éliminer. Ma notoriété s'était renforcée, comme l'attestaient ces pancartes collées sur des milliers de portes : "Angela, notre soeur, tu es la bienvenue dans cette maison." J'avais donc droit à un procès.

 

 

Arrêtée le 13 octobre 1970, vous avez été placée en détention, et même en isolement, pendant seize mois. Comment avez-vous tenu?

Ils voulaient me casser. Me rendre folle. J'ai beaucoup lu, écrit, réfléchi. J'ai appris le yoga à travers un livre, et je n'ai jamais plus abandonné cette discipline. Bien sûr, j'ai vécu des moments très durs, des crises d'angoisse et de claustrophobie. Et aussi de rares moments de grâce, comme quand Nina Simone m'a apporté en cellule un ballon que j'ai gardé jusqu'à ce qu'il soit complètement dégonflé - je l'ai ensuite glissé sous mon oreiller. J'ai compris que je ne pouvais pas m'écrouler : malgré moi, je représentais la cause de millions de personnes qui me soutenaient en Inde, en Afrique, aux Etats-Unis. Et en France! (…)

 

 

Paola Genone et Katell Pouliquen, 8 mars 2013. L’Express.fr

Angela Davis like etter at hun var tatt av FBI
DR-arrêtée le 13 octobre 1970 par le FBI
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