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Publié par Saoudi Abdelaziz

EXTRAIT d'une contribution publiée en 1994 dans l'hebdomadaire Algérie-Actualités

Ce qui a marqué les années 1980 et pas seulement en Algérie, c’est la recherche de l’argent facile, pour s’en saisir au passage dans la sphère de la circulation financière et de la distribution. Cette recherche, dont l’impulsion venait d’en haut, a marqué toutes les catégories sociales. C’était l’air que les gens respiraient.

L’argent facile dépendait de la proximité de l’individu par un rapport à un centre de décision quelconque. Cela existait avant le décès de Boumediene. Dès dette époque-là, il y avait  des signes avant-coureurs. Mais ce qui était alors dominant, c’était la primauté donnée à la sphère de la production : les rapports entre les catégories sociales étaient structurés, dans une grande mesure, à partir des convergences, des contradictions et des clivages qui en découlaient. D’ailleurs déplacement du centre de gravité de l’activité économique, amorcé au début des années 80, est un phénomène mondial. En Algérie, l’affairisme existait et se développait depuis l’indépendance. D’abord comme excroissance. Puis, il a progressivement prévalu à travers une « stratégie d’enveloppement » qui est partie de la sphère commerciale et qui a paralysé le projet de développement des forces productives, qui primait et qui structurait les alliances sociales et le rôle de l’Etat.

Boumediene avant sa mort

Vers 1976-1977, Boumediene commençait à prendre la mesure des infléchissements en profondeur qui travaillaient le régime politique et la structure socioéconomique du pays. Il a commencé à réagir et à engager un certain changement de cap dans le sens de la démocratisation. Il affichait une volonté de rupture des liens organiques entre le compradorisme et l’Etat. Ce qu’il appelait la ligne rouge entre l’Etat et l’affairisme. Avec les limites et les confusions de l’époque. Parmi les handicaps de cette époque cruciale de la deuxième moitié des années 70, je crois que l’on ne peut pas faire l’impasse sur les graves erreurs de perspectives de la part des communistes. Et d’abord, ce qu’il faut bien appeler le vertige du succès : cette fuite en avant encouragée par certains succès des luttes anti-impérialistes dans le monde et par la bonne tenue de certains indices économiques dans les pays en développement comme l’Algérie.

La fuite en avant de Brejnev

L’intervention soviétique en Afghanistan, l’affaire des SS 20 étaient d’une certaine manière des manifestations de cette impatience, d’une évaluation infantile des rapports de forces. Le complexe militaro-industriel et Reagan, en organisant la vaste supercherie dite de « la guerre des étoiles » ont travaillé à piéger la direction soviétique et à l’enfermer dans une logique de course aux armements, détournant les énormes ressources humaines et matérielles de l’URSS de la tâche prioritaire de satisfaction des besoins sociaux. Mais au fond, pour Brejnev c’était une fuite en avant qui masquait l’incapacité du PCUS à prendre à bras le corps les changements radicaux devenus incontournables. Il fallait renouveler radicalement les forces productives, libérer l’énergie humaine contrainte dans un système politique devenu stérile. C’était les priorités définies dans la Pérestroïka en 1985-1986. C’était une démarche créative. Mais seulement leurs initiateurs, c’était une minorité de communistes sincères, à laquelle se sont greffés des secteurs bureaucratiques aspirant à une reconversion libérale de leurs carrière. Et sans doute en 1985 était-ce déjà trop tard. Le mal était fait.

Khatena el hokm

 La deuxième moitié des années 70, c’était aussi l’époque des programmes et accords de gouvernement dans lesquels se sont impliqués les partis communistes un peu partout dans le monde, de la France à l’Irak. Il y avait un vertige par rapport à cette proximité du « partage du pouvoir ». Je le dit franchement : à un moment donné, dans certaines « couches moyennes », à l’égard du PAGS, il y avait un phénomène d’engouement qui n’était pas étranger à l’idée que la participation au pouvoir était à portée de la main. Une sorte de phénomène opportuniste qui a exercé un effet de retour dans les pratiques politiques du PAGS, infléchissant sa ligne politique. Plus fondamentalement, je pense aujourd’hui, s’agissant des communistes, qu’il faut dire clairement « Khatena el houkm » : le parti se réclamant des idéaux communistes ne s’associera jamais comme tel à l’exercice du pouvoir d’état. Perpétuellement minoritaires, nos idées et nos propositions, sans cesse renouvelées, sont des ferments, un point c’est tout. Nous regardons en avant. Nous ne sommes pas un parti comme les autres. Nous ne pouvons nous « intégrer » au fonctionnement d’un Etat, quel qu’il soit. Mais sans être une secte de visionnaires. Ce qui suppose que nous devrions faire une différence nette entre les rassemblements électoraux dans lesquels les communistes peuvent et doivent militer, avec d’autres, pour mettre en mouvement le peuple et modeler le rôle des institutions, et la fonction propre du parti communiste moderne qui reste à définir. Je crois que les marxistes ne doivent pas confondre la mise en commun de leurs réflexions pour le profond travail d’évaluation et de refondation de leur identité, avec le travail plus immédiat visant à susciter un forum démocratique, le développement du mouvement syndical et associatif.

Je suis convaincu que l’on reconstruira une force communiste au service de l’Algérie. Cela correspond à ce que toute société contient en elle de plus profondément novateur et en même temps de séculaire. La réflexion de Marx a ouvert la recherche d’une nouvelle civilisation, où pourrait enfin se combiner la satisfaction égale des besoins humains et le respect absolu de l’individu.

Saoudi Abdelaziz

Algérie Actualité n°1476 du 25 janvier 1994 (extraits)

Mis en ligne le 9 juin 2011

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