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Publié par Saoudi Abdelaziz

DR.

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Deux éditoriaux.

"On sait qu'au-delà de la qualité intrinsèque des personnes, c'est le système lui-même qui génère l'échec et la dilapidation et entrave l'émergence d'une économie", écrivait K. Selim en 2011. Six ans plus tard, on continue de tourner en en rond, note l'éditorial de Moncef Wafi après les derniers mouvements du personnel politique : "Le système se suffit à lui-même et peut faire l'économie de justifier l'acte de gouvernance".

Colères dans un désert politique

Par k. Selim Le Quotidien d’Oran. 20 août 2011

 Dans le grand désert politique qu'est devenue l'Algérie, le pouvoir pense qu'il lui suffit de l'inertie et d'un peu de redistribution pour régler ses «problèmes». C'est une question de hauteur de vues. Celle du pouvoir est celle de l'immédiat : éviter que la colère générale des Algériens (on peut même rencontrer des hommes et des femmes dans le régime qui sont très mécontents de son inefficacité) ne se cristallise en revendication politique clairement définie.

N'en doutons pas un instant : les hausses de salaires ou le soutien aux prix du sucre et de l'huile ne transforment pas des Algériens mécontents en algériens satisfaits. A tous les niveaux, s'exprime, de manière confuse, un besoin de changer et d'ouvrir de nouvelles perspectives.

Les Algériens ne sont pas différents des autres peuples arabes qui s'ébrouent et essayent d'en finir avec le système autoritaire. De ce point de vue, les aspirations des Syriens, des Libyens, des Egyptiens ou des Tunisiens sont les mêmes car ce sont des réponses de systèmes à forte similitude. Et contrairement au discours du spécifique, les Algériens ne se sentent pas différents.

On peut constater aussi que même dans des pays comme la Tunisie et l'Egypte où l'on pouvait escompter un changement en bon ordre, les choses ne sont pas aussi simples. Les systèmes autoritaires, encore en place même si les présidents ont été déchus, ont pendant des décennies œuvré
à créer une désertification politique généralisée. Et aujourd'hui, le changement peine encore, faute de capacités politiques, à se cristalliser.

 L'Egypte et la
Tunisie nous enseignent, une fois de plus, que la chute d'un président n'est pas la fin d'un régime. Et que les changements sérieux et durables sont ceux qui sont le fruit d'un débat fécond entre toutes les forces politiques du pays.

 Il faut bien admettre que pour le régime algérien, ce débat politique, qui est forcement une mise en évidence et une évaluation des pratiques du système, n'est pas a l'ordre du jour. Sa feuille de route est désormais clairement tracée : on change des textes de loi, en attendant de changer la constitution. On considère que les discussions menées par la commission Bensalah ont réalisé un «dialogue national» et qu'il ne reste qu'a en tirer les conclusions juridiques. Le régime s'estimant, une fois les lois votées et la constitution amendée, avoir satisfait à toutes les exigences.

Bien entendu, personne ne croit que les choses soient aussi simples. Le régime est un problème pour l'Algérie. Ses problèmes à lui, il les gère par le gel, l'inertie, la paralysie, alors que l'Algérie a besoin de dynamisme, de création et d'ouverture.

La vraie question est de trouver le moyen de débloquer une situation qui entrave l'Algérie. La reforme avec l'implication de l'ensemble des algériens n'est pas un luxe, c'est une nécessite impérieuse. Hier, M. Mehri rappelait que les enfants algériens d'aujourd'hui connaitront, dans 30 ou 35 ans, une Algérie sans pétrole. Et que si on ne crée pas une économie dès maintenant et sur le long terme, après avoir perdu des décennies, on ne leur laissera pas un pays viable.

On sait qu'au-delà de la qualité intrinsèque des personnes, c'est le système lui-même qui génère l'échec et la dilapidation et entrave l'émergence d'une économie. Il est peut-être vain d'attendre que ce système devienne enfin «raisonnable». C'est une mécanique qui ne réfléchit plus et tourne à vide.

Les forces politiques qui sont convaincues qu'il faut une autre culture et un autre régime doivent se rassembler et trouver les moyens de canaliser les colères et les impatiences qui s'expriment et de les traduire dans un projet politique vivable et vertueux. C'est une urgence.

Source : Le Quotidien d'Oran

 

Le système

Par Moncef Wafi, 20 août 2017, Le Quotidien d'Oran

http://www.lequotidien-oran.com/files/spacer.gif S'il est indéniablement inscrit dans les gènes politiques de la gouvernance à l'algérienne, les changements à la hussarde ont dépassé cette fois-ci tout entendement. Le lynchage médiatique de Tebboune suivi de son éviction, sans autre forme de procès, appelle à mûre réflexion et convoque les appréhensions les plus légitimes.

Si la durée de vie de certains ministres offense, pour d'autres éphémère est leur prise de fonction. L'allégeance au clan étant le premier critère de sélection et de durée pour le système, le risque pour ces hauts cadres de l'Etat est d'appliquer les directives de leurs supérieurs hiérarchiques tout en se protégeant des retours de manivelle.

Le meilleur cas de figure nous est donné par le remaniement opéré par Ouyahia en éliminant des ministres qu'on disait proches de son prédécesseur. L'Industrie, le Commerce sont deux départements fers de lance de Tebboune dans sa guerre contre l'oligarchie prédatrice de l'argent des marchés publics et grande consommatrice de crédits bancaires sans remboursement ni intérêt. Tebboune a frappé là où cela fait mal et en retour «ses» hommes ont sauté en premier. L'Algérie d'en haut fonctionne à coup de règlements de comptes et carbure aux liaisons dangereuses.

Le système ne peut se prémunir contre les appétits nés d'une vacance du pouvoir et c'est pour cette raison que le bal des chaises musicales est en perpétuel mouvement. Réunir les antagonismes pour les paralyser dans une querelle d'égos et d'intérêts personnels, promouvoir l'incompétence et la médiocrité et encourager les dépassements passibles de poursuites judiciaires pour mieux contrôler les hommes.

Voilà comment se nourrit le système de la cupidité des gens et de la duplicité de ses adversaires. Le pauvre Ouyahia sait qu'il n'est qu'un rouage de ce système et que son ascension ou sa chute ne répondent pas à des critères d'excellence mais de subordination au bon moment, au bon clan. On est là parce que le système le veut bien, auquel cas on est gardé en réserve, prêt à être exhibé pour remplacer untel ou faire pression sur un autre.
Le système se suffit à lui-même et peut faire l'économie de justifier l'acte de gouvernance. Opaque à souhait, ne transparaît de lui que les hommes de conjoncture, des fusibles interchangeables qui le protègent de l'intérieur.

De l'extérieur, on a une vague idée de ce que ça peut être. Des clans, un cabinet noir, des hommes complotant dans un salon cossu, enveloppés dans la fumée des cigares. Des noms, on en entend presque tous les jours. Les mêmes qui reviennent avec insistance, ceux qui tirent les ficelles qu'on voit ou invisibles pour le reste des Algériens.

Source : Le Quotidien d'Oran

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