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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Le ministre de l’Intérieur a annoncé l’agrément de quatre nouveaux partis en précisant que cette autorisation ne sera définitive qu’après l’adoption par l’APN de la nouvelle loi sur les partis. «Remodeler le paysage politique à la faveur des réformes» c’est l’objectif du régime. Les éditorialistes sont dubitatifs.

 

 

 

De nouveaux partis aux prochaines législatives, et alors ?

 

par Kharroubi Habib

 

 Longtemps figé pour cause d'interdiction arbitraire à la création de nouveaux partis, le paysage politique partisan va sans aucun doute être remodelé suite à l'adoption de la nouvelle loi sur les formations politiques. Le ministre de l'Intérieur et des Collectivités locales, Dahou Ould Kablia, a d'ores et déjà annoncé que quatre partis, qui ont déjà présenté des dossiers plus ou moins complets, auront la chance d'être autorisés à tenir leur congrès constitutif après l'adoption de cette nouvelle loi et « pourront ainsi prendre part aux prochaines élections législatives s'ils tiennent leurs assises dans les délais ».

Il serait néanmoins naïf de croire que, parce que de nouveaux partis vont avoir cette chance évoquée par le ministre, l'on va assister à des « surprises électorales » à l'occasion des prochaines législatives. Quelle que soit la surface de l'ancrage populaire dont ces nouvelles formations se revendiquent, elles ne seront pas en situation de renouveler l'exploit réalisé en 1995 pat un certain parti « né avec des moustaches ». Non seulement elles ne bénéficieront pas des complaisances qui ont permis le « miracle » accompli par ce parti aussitôt né, mais elles devront avoir à surmonter le handicap d'une campagne électorale forcément biaisée pour elles par le temps restreint qu'elles auront pour mettre en place des machines électorales susceptibles de rivaliser avec celles rodées des partis de l'Alliance présidentielle.

Il est vrai que les autorités ont dû se résoudre à l'ouverture du champ politique et renoncé à sa gestion politicienne. Mais elles se sont arrangées pour que cette ouverture n'ait pas d'incidences décisives sur les prochaines élections législatives, en confrontant les nouvelles formations à une « gageure temps » irrémédiablement pénalisante pour elles. Ce n'est pas un fait du hasard si l'Assemblée nationale n'a pas commencé l'étude des projets de texte des réformes politiques par celui de la nouvelle loi organique concernant les partis. Parions par ailleurs qu'elle va faire traîner en longueur l'adoption de celle-ci. La majorité présidentielle y contribuera en mettant en débat des contre-propositions qui alimenteront des confrontations factices mais retardatrices.

Réformes politiques ou pas, le but du pouvoir est de gagner du temps. Pour cela, il faut que les prochaines élections législatives ne débouchent pas sur des résultats qui remettraient en cause le rapport de force largement favorable dont il dispose dans l'actuelle Assemblée nationale en fin de mandat. Ce statu quo parlementaire visé lui procurera le temps de voir venir les évènements et leur évolution, tant au plan national que régional et international.

Il n'est pas dans notre intention de sous-estimer les nouveaux partis dont Dahou Ould Kablia a dit qu'« ils auront une chance de participer aux prochaines élections législatives », mais de faire part de notre scepticisme à les voir, par cette échéance, en situation de mettre fin à l'hégémonie électorale du trio constitutif de l'Alliance présidentielle, tant il nous semble que les autorités ont mis en place pour cette consultation un balisage qu'il leur sera impossible de bousculer. La « grande surprise », si les prochaines élections législatives en réservent, sera celle des résultats qui découleront de l'affrontement électoral entre les trois composantes de cette Alliance présidentielle. En somme, rien qui déroge au spectacle offert aux Algériens dans les précédentes joutes électorales

 

Le Quotidien d’Oran, 10 novembre 2011

 

 

 

De nouveaux acteurs sur un champ miné

Par Hacen Ouali

 

Le ministre de l’Intérieur nous a révélé l’entrée en scène imminente de quatre nouvelles formations politiques dès l’adoption de la nouvelle loi organique sur les partis.

Les partis politiques, dont les dossiers d’agrément sont en souffrance (FD, UDR et PLJ), pourraient enfin sortir de «la clandestinité» à laquelle les forçait le ministère de l’Intérieur depuis des années. Cependant, ils doivent patienter encore jusqu’à l’après-adoption de la nouvelle loi sur les partis.

 

Désabusés par «une gestion politicienne» des dossiers d’agrément de nouvelles formations politiques, les chefs des partis en question restent dubitatifs.
Sollicité pour clarifier la position de son département à ce sujet, le ministre de l’Intérieur, Daho Ould Kablia, nous a indiqué que «seuls les quatre partis qui ont déjà présenté des dossiers plus ou moins complets auront la chance d’être autorisés à tenir leur congrès constitutif juste après l’adoption de la nouvelle loi sur les partis politiques. S’ils tiennent leurs assises dans les délais, ils pourront ainsi prendre part aux prochaines élections législatives».

 

Les partis concernés sont le Front démocratique (FD) de l’ancien chef de gouvernement Sid Ahmed Ghozali, l’Union pour la démocratie et la République (UDR) de Amara Benyounès, le Parti pour la liberté et la justice (PLJ) de l’ancien candidat à la présidentielle Mohamed Saïd et le nouvel arrivant sur la scène politique, le Front pour la justice et le développement (FJD) de Abdallah Djaballah, qui en est à son troisième parti politique.

Le ministre de l’Intérieur, dont le département est l’artisan des projets de loi devant «remodeler le paysage politique à la faveur des réformes», tente de sauver les formes en autorisant de nouvelles formations politiques après une interdiction arbitraire. Le refus d’agréer de nouvelles formations politiques reposait sur des raisons politiques. Depuis 1999, aucun nouveau parti politique n’a été agréé. De l’avis de nombreux acteurs politiques, le ministère de l’Intérieur, qui régente la vie publique, a phagocyté le paysage politique national.

 

Cependant, une fois qu’ils seront autorisés à tenir leur congrès constitutif pour se mettre en «conformité», les partis en question seront-ils en mesure de relever le défi organique pour concourir ensuite à la «compétition» électorale de mai 2012 ? Quatre mois suffiront-ils à ces partis pour mettre en place des organisations capables de contrebalancer le triumvirat FLN-RND-MSP ? Pas si simple. Pour Amara Benyounès, dont le parti est en attente d’agrément depuis juillet 2004, «la tâche ne sera sans doute pas facile, néanmoins nous serons en mesure de tenir notre congrès constitutif ou plutôt extraordinaire dans les trois mois qui suivent l’adoption de la nouvelle loi organique sur les partis, pour être présents aux législatives de 2012». Transfuge du RCD, M. Benyounès n’a pas manqué de rappeler qu’en 2004, il avait présenté «un dossier blindé, ficelé et complet» auquel le ministère de l’Intérieur n’a pas daigné donner suite.    

 

De son côté, l’ancien candidat à la présidentielle de 2009, Mohamed Saïd, même s’il reste modeste par rapport aux objectifs qu’il se fixe pour les prochaines législatives, ne voudrait surtout pas manquer ce rendez-vous politique. Il annonce d’ores et déjà la tenue du congrès constitutif de son parti, le PLJ. «Nous allons tenir notre congrès les 12,13 et 14 janvier 2012 à Alger. Le bureau national du parti a décidé de cette échéance lors de sa réunion de vendredi dernier. De toute manière, la situation politique ne peut plus rester en l’état, de nouveaux partis devront être reconnus avant les législatives prochaines. Nous nous y préparons en conséquence», confie Mohamed Saïd. Quant à la capacité de son parti à présenter des listes à travers tout le territoire, l’ancien candidat à la présidentielle dit «cibler quelques wilayas du pays».

 

Quant à Abdallah Djaballah, qui «s’est fait voler» deux partis par le passé, En Nahda et El Islah, il revient sous un nouveau «kamis». Son nouveau parti, le Front pour la justice semble remplir toutes les conditions exigées par le ministère de l’Intérieur pour pouvoir «obtenir la permission» d’exister politiquement. Et il semble très confiant. «Nous sommes prêts à tenir notre congrès constitutif dans des délais records, cependant nous n’évoluons pas dans la clarté. Nous sommes suspendus à des bribes d’informations «fuitées» par-ci par-là.» En somme, au-delà de la nécessité de lever l’interdiction qui frappe la création de nouvelles formations politiques, l’agrément octroyé par le ministère de l’Intérieur aux nouveaux partis témoigne-t-il d’une ouverture du champ politique tant réclamée, qui entamerait un processus de transition démocratique ? Pas si sûr. La multiplication de partis n’est pas synonyme de réelle ouverture démocratique. Le jeu démocratique requiert nombre d’acteurs, certes, mais aussi et surtout d’autres règles. 

 

El Watan, 9 novembre 2011

 

 

 

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