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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Cela fait à peine quelques mois que l'on nous jurait qu'il ne peut pas y avoir de nouveaux partis alors que depuis hier on les livre en vrac et par kilos », écrit ce matin Kamel Daoud qui précise : « Dix partis pour remplacer les dix autres de la décennie 90 et qui ne servent plus à rien pour le régime ». Mais est-ce suffisant pour assurer le succès de l'opération ? Hier, le chroniqueur commentait la dernière sortie du ministre du culte faisant du vote une obligation religieuse : « L'Etat ne peut plus compter sur ses autres institutions, ses partis affidés, ses kasmas, sa TV ou ses journaux, mais espère le secours des mosquées pour sauver les prochaines élections ».

 

 

La charrette qui a tiré les bœufs

 

 En une année et quelques mois, les Algériens ont obtenu ou se sont vu offrir une levée d'état d'urgence, deux discours genre «je vous ai compris», des milliers de milliards pour faire des boulangeries, trois séries d'augmentations de salaires, une promesse de télécommande TV pas encore tenue, un changement de couleur du régime (du vert vers le bleu de la peur) et le droit de faire des émeutes autant qu'ils veulent, là où ils veulent et pour ce qu'ils veulent, et, enfin, dix partis nouveaux, frais, inconnus et pas encore maqués. C'est ce qu'a annoncé le régime depuis deux jours : dix partis vont organiser leurs congrès sous peu, eux qui attendaient de naître depuis dix ans et qui se voient accoucher en dix jours. Dix partis pour remplacer les dix autres de la décennie 90 et qui ne servent plus à rien pour le régime.

 

Le tout en une année. Livré par qui et comment ? Par un homme qui n'est même pas algérien : Bouazizi le Tunisien. Et comment ? Sur sa charrette de vendeurs de légumes. Bouazizi devrait donc être salué comme le Tunisien qui a le plus changé l'Algérien en un an. Le seul qui a été plus rapide, c'est l'actuel parlement qui a changé la constitution du pays en 15 jours pour le fameux 3ème mandat.

 

Bouazizi devrait donc être consacré président d'honneur de l'ANSEJ, des dix nouveaux partis (dix car celui de Ghozali ne l'est pas parce qu'il a osé voter avant les élections en disant qu'il ne veut pas participer et donc servir d'arôme), le casseur de l'état d'urgence et le seul qui a obligé Bouteflika à parler au peuple, longuement depuis des années. Tout le reste de ce que vous disent l'ENTV et les Belkhadem divers est mensonges et poussières. Le seul qui a voté avec sa vie et dont le vote a obligé le régime à changer de méthode, c'est un Tunisien. Les nouveaux partis devraient donc le saluer et poser une plaque commémorative en son nom sur leur front, lui donner une carte de militant et accrocher sa charrette au-devant de leurs sièges.

 

Et c'est ce qui fait rire : la vitesse. La célérité dans le traitement des dossiers. La rapidité étonnante. La pirouette et l'explication sur les islhatates qui s'ensuit alors qu'il s'agit de harwalates. Cela fait à peine quelques mois que l'on nous jurait qu'il ne peut pas y avoir de nouveaux partis alors que depuis hier on les livre en vrac et par kilos.

 

Question : quelle est la vitesse exacte de cette vitesse politique ? Celle des films muets et burlesques : là où on voit l'acteur tressauter au lieu de marcher, les yeux cligner plus vite, les nuages passer comme des employés en fin de journée et les aiguilles des montres tourner comme des manèges. C'est la vitesse «Chaplin» imposée par le feu Bouazizi. Une charrette peut changer le monde si on la met avant les bœufs. Parfois.

 

Kamal Daoud, 26 janvier 2012. Le Quotidien d’Oran

 

 

 

Fatwa: «Voter c'est comme enterrer»

 

 Premièrement. L'affaire Khalifa revient donc sur la devanture, mais sans Khalifa. Question que se posent les journaux et les cafés: verra-t-on revenir à la barre Sidi Saïd, Medelci, Teboune et Boujerra Soltani et les autres ? Que vont-ils nous dire de neuf ? Peut-on conjuguer le « j'assume » autrement qu'à la première personne gratuite et insolente ? On ne sait pas. Le premier procès Khalifa n'a servi à rien et pas même à rendre l'argent ou à savoir où il est allé et d'où il vient. Peut-être même que le but est d'y innocenter plus de monde que la première fois jusqu'à ce qu'il ne reste que Khalifa lui-même comme unique personne à juger et à charger. On ne sait pas. Les grands procès algériens sont toujours trop gros pour être avalés, depuis toujours.

 

Deuxièmement. C'est une fatwa de Ghlamallah, le ministre de l'Islam. Voter est une obligation religieuse comme visiter un malade ou enterrer un mort, a-t-il dit dernièrement à un journal. Une extraordinaire comparaison qui ressemble à lapsus et une métaphore d'opposant. Voter c'est comme enterrer un mort ou visiter un malade, il faut le répéter pour bien comprendre.

 

A partir de cette fatwa, il est facile d'écrire une chronique, rire sans fin et sans horizons, s'esclaffer ou réfléchir sur qui est le mort et qui est le malade dans cette équation. Le ministre a-t-il dit une vérité sans le savoir ? L'essentiel, au-delà de l'humour involontaire et très ministériel, c'est que les mosquées sont désormais à usage politique frontal : on y interdit de faire la politique, sauf celle de celui qui paye les imams.

 

Pire encore, désormais, les listes des bénéficiaires des logements sociaux seront affichées sur les murs des mosquées, entre autres. Ainsi, si les émeutiers peuvent casser la maison du maire, ils n'oseront jamais s'attaquer à la maison de Dieu. C'est habile mais désastreux : l'Etat qui n'existe plus délègue sa symbolique, son autorité et ses signes à un autre espace de pouvoir et de légitimité.

 

L'Etat ne peut plus compter sur ses autres institutions, ses partis affidés, ses kasmas, sa TV ou ses journaux, mais espère le secours des mosquées pour sauver les prochaines élections. Et cela est grave, lourd de sens et de démission, preuve de la fin d'une époque et du début d'un effondrement. La conclusion ? En croisement : juger Khalifa c'est comme rendre visite à un malade ou enterrer un mort. Et voter ? C'est comme prier. Dans une urne.

Kamal Daoud, 25 janvier 2012.Le Quotidien d’Oran

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