Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Saoudi Abdelaziz

Strauss-Kahn fustige la gestion de la crise par les leaders européens

 

Loin des tumultes américano-européens, l'ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn (DSK), s'est livré hier à Pékin à un réquisitoire en règle contre les Européens.

 

Invité du groupe NetEase, l'un des géants de l'Internet en Chine, DSK, costume sombre et cravate rose, s'est montré, dans un discours de quarante-cinq minutes, virulent. Si la crise actuelle est bien une crise de la dette souveraine, il n'en demeure pas moins qu'elle est aussi « une crise de la croissance, du secteur bancaire et, pour certains pays, une crise de compétitivité ». Dans ce contexte, « les politiques d'austérité, qui semblent être l'actuel mantra européen, ne conduiront qu'à un ratio de dette/PIB pire et non meilleur ». Et de dénoncer le fait que les leaders européens ont été, et sont toujours, dans le déni de leurs problèmes. « Les Européens pensaient qu'ils pouvaient régler le problème seuls ».

 

Aux commandes de l'institution multilatérale lorsque la crise Grecque a éclaté, DSK a reproché hier aux Européens d'avoir considéré le FMI comme un « partenaire junior ». A l'époque, les experts du Fonds estimaient crucial d'allonger la maturité de la dette grecque et d'abaisser le niveau des taux d'intérêt afin de ne pas « tuer » la croissance du pays. « Notre opinion n'a pas prévalu ».

 

Les leaders politiques européens se sont focalisés sur le niveau de la dette du pays sans se préoccuper des problèmes de compétitivité. Résultat, aujourd'hui, « nous voyons les pays européens passer d'un plan [de sauvetage, NDLR] à un autre, d'un sommet de la dernière chance à un autre, toujours sans admettre les pertes, toujours sans permettre une reprise de la croissance et toujours en échouant à restaurer la confiance », a-t-il martelé. « Le dernier épisode à Bruxelles, le 9 décembre, était juste un exemple de plus, érodant jour après jour le reste de la confiance que les investisseurs et les prêteurs potentiels pouvaient avoir dans la capacité des politiciens à résoudre la crise ».

 

« Je ne suis pas persuadé que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel se comprennent bien entre eux, et c'est probablement une des raisons pour lesquelles le système européen a des problèmes pour avancer », a-t-il confié. Aussi, « avec la récente tempête, le radeau semble ne plus être assez résistant ». « Le fait que l'euro soit encore au milieu de la rivière et que l'union budgétaire ne soit pas réalisée le rend très vulnérable et le radeau semble sur le point de sombrer », a-t-il évoqué. Les 500 milliards d'euros du Mécanisme européen de stabilité (MES), futur fonds de sauvetage permanent de la zone euro, « ne seront pas réels avant six mois, ce qui est bien trop tard. C'est une question de semaines, ce n'est pas une question de mois », a-t-il renchéri. Quant aux 200 milliards d'euros que les Européens veulent mobiliser pour le FMI, le projet est « dans les limbes ». Ce dont l'Europe a besoin, c'est d'une réelle union budgétaire couplée avec des institutions centrales fortes, « une union monétaire sans un budget centralisé n'ayant aucun sens ». L'Europe n'a pas besoin du « super pacte de stabilité » dessiné à Bruxelles au début du mois. Un super pacte qui est peut-être bénéfique pour l'Allemagne pour des raisons domestiques mais certainement pas pour les Européens dans leur ensemble, selon DSK.

 

Richard Hiault, 20 décembre 2011. Les Echos.fr

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article