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Publié par Saoudi Abdelaziz

qui a endeuillé la Norvège dérange vraiment la presse bien-pensante. Dans un premier mouvement, les médias occidentaux ont naturellement privilégié la piste djihadiste, voie exclusive du terrorisme depuis le 11 septembre 2001. Dès la diffusion de la photo de ce meurtrier de masse, accompagnée de précisions de la police d'Oslo sur le caractère «de souche» de ce Norvégien, une certaine gêne est palpable.

 Pourtant, la matière abonde sur un personnage qui a posté un texte de plus de mille pages sur le Web. Islamophobe certes, chrétien fondamentaliste aussi, mais également, il l'affirme à plusieurs reprises, militant sioniste de choc. Et c'est bien à ces niveaux que le portrait d'Anders Behring Breivik pose problème aux chroniqueurs anti-arabes qui sont légion au commissariat médiatique de la pensée occidentale.

 Ce terroriste bushien à tous points de vue brouille la représentation manichéenne que les porte-parole de la Civilisation s'évertuent à imposer dans l'inconscient collectif. Et c'est donc à un exercice curieux de contorsions sémantiques, d'omissions béantes et de représentations biaisées que se livrent les préposés à l'idéologie officielle. Certains n'hésitant pas à accuser les islamistes d'avoir provoqué ce «contre-terrorisme» par leurs attaques et leur rhétorique enflammée. C'est faire peu de cas du terrorisme d'extrême droite qui existe, des deux côtés de l'Atlantique, depuis des décennies, bien avant l'apparition de Ben Laden et de ses émules.

 Même le qualificatif de terroriste, dévolu avec beaucoup de générosité dès qu'il s'agit d'un crime commis par des basanés, est utilisé avec une certaine réserve. Breivik serait ainsi une sorte de fou, un «déséquilibré», un «psychopathe», et son acte, vidé de sens politique, ne serait qu'une explosion de violence individuelle relevant de la pure démence.

 Les «grands» pseudo-spécialistes de l'Islam et du terrorisme seront donc exemptés de service télévisé. Et comme il n'existe pas d'experts en terrorisme «blanc», l'opinion devra se contenter d'une déploration lacrymale à large spectre.

 Pourtant, ce terroriste a pris soin de marteler son engagement politique pro-israélien et antimusulman, assurant par son passage à l'acte la synthèse opérationnelle de l'idéologie nauséabonde diffusée en permanence par les différentes composantes de la propagande néoconservatrice. Breivik est bien le fruit du discours suprématiste et raciste de G.W. Bush et de ses épigones à Tel-Aviv et en Europe.

 Et c'est précisément cette relation directe entre un terrorisme d'Etat, construit sur une représentation du monde caractérisée par la soi-disant guerre des civilisations, et l'acte d'un militant fanatisé que l'on cherche à occulter. Il n'est pas question d'absoudre quelque terrorisme que ce soit, ni de verser dans l'essentialisme caractéristique des néoconservateurs. Il ne s'agit ni d'une spécificité chrétienne ni d'une particularité scandinave : ce criminel appartient bel et bien à un continuum politique parfaitement identifié.

 Le discours guerrier à l'endroit du monde arabo-musulman, dépeint comme une totalité menaçante, constitue le bain idéologique qui contribue en Occident à la justification des fanatismes. Il n'existe pas de déterminisme culturel prédisposant à l'extrémisme, il est le résultat d'un contexte politique où la démocratie est mise à mal par des discours et des pratiques d'exclusion. Il s'agit là d'un constat universel qui résiste à toutes les catégorisations culturalistes et qui concerne tout autant les terroristes du Sud que ceux venus du froid.

K. Selim. Editorial du Quotidien d'Oran, 26 juillet 2011. 

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