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Publié par Saoudi Abdelaziz

Les Impressions du jeudi

 par Saoudi Abdelaziz, 22 décembre 2011

 Le 15 avril 2011, voilà plus de huit mois, le chef de l’Etat déclarait dans un discours à la Nation : « Tous les peuples, particulièrement les jeunes, aspirent au progrès social et économique et à davantage de justice et de liberté, et plus encore à une meilleure gouvernance. La démocratie, la liberté, la justice et l'État de droit sont autant de revendications légitimes que nul ne saurait ignorer ».

 Abdelaziz Bouteflika se fixait alors comme objectif «d’approfondir le processus démocratique et à permettre aux citoyens de contribuer davantage aux décisions dont dépendent leur avenir et celui de leurs enfants ».

 Quatre jours plus tard -le mort saisissait-il déjà le vif ?- l’homme politique le plus proche du chef de l’Etat, le secrétaire général du parti dont il est le président d’honneur, déclarait froidement à la radio Chaîne 3, le 19 avril 2011 : « Le système parlementaire est prématuré car il n’existe pas de culture démocratique », expliquant : « La sociologie de l'électeur algérien doit être suffisamment étudiée pour voir comment il se comporte ».

 Hier, la boucle semble avoir été bouclée : le président a-t-il rejoint son secrétaire général dans sa méfiance quasi instinctive à l’égard de la souveraineté du peuple?

 Depuis avril 2O11, la volonté de reforme n’a pas encore passé le test décisif de la sincérité, de tout projet démocratique authentique : les Algériens vivent encore au quotidien dans l’Etat d’urgence quotidien ; aujourd’hui encore, les pouvoirs publics s’arrogent le pouvoir de fixer les limites de l’intervention collective des citoyens, et parfois de la conduite de leur vie.

 Les prochaines élections se tiendront dans un pays encore en Etat d’urgence.

 Si un proche du gouvernement fait main basse à Biskra sur des terres arch millénaires, les citoyens n’ont pas le droit de se rassembler pour protester, ils se font tabasser par la matraque anti-émeute.

 Les entraves aux droits syndicaux par les services policiers et judiciaires, sur injonction de l’Etat central, sont quotidiennes.

 Le droit de se rassembler n’est pas interdit que dans la capitale, il l’est dans tout le pays, où chaque rassemblement de la population est traité par l’Etat comme une émeute, ou provoqué sciemment par les services pour le devenir.

 Ce n’est pas ainsi qu’on fait avancer les choses dans un pays, qui serait encore, selon le chef de l’Etat, "à ses débuts" en matière d’expérience démocratique.

 Cet état d’urgence larvé et tenace ferme l’expression démocratique, empêche l’épanouissement  d’une opinion publique dans une culture démocratique vivante en prise sur l’intervention collective quotidienne des gens.

 La classe politico-médiatique, engluée dans un colloque formaliste au sommet, semble prise dans la nasse, faute de « s’appuyer sur les masses », comme aimaient le dire les gens du PAGS, avant d’être eux-mêmes pris dans cette nasse, il y a bientôt une vingtaine d’années.

 C’est cette politique quotidienne systématique d’endiguement du peuple que nous avons perçu hier encore au plus haut sommet de l’Etat. Elle exprime la permanence de la doctrine de la souveraineté populaire limitée qui inspire sans discontinuer la direction de l’Etat algérien depuis la liquidation en 1957 de Abane Ramdane, le chef politisé, ouvert et unitaire qui conduisait alors l’insurrection.

 Mais, la roue de l’Histoire tourne, comme le chef de l’Etat semblait l’avoir lucidement reconnu le 15 avril dernier : « La démocratie, la liberté, la justice et l'État de droit sont autant de revendications légitimes que nul ne saurait ignorer ».

 

 

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