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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

Dans un Entretien avec l'Aps, l'historien Daho Djerbal a évoqué hier certains traits spécifiques de la lutte de libération nationale. "De toutes les colonies françaises et britanniques et autres du 19ème siècle, l’Algérie est la seule, à l’exception de l’Afrique du sud, où il y avait une communauté française et européenne qui occupait l’Algérie, avec l’intention d’y rester indéfiniment et d’en faire un morceau de la France plus française que la France, donc de franciser l’Algérie (...). Il faut imaginer les sacrifices lors de notre révolution par nos parents et grands-parents. Cela, il faut le voir et le savoir pour réaliser la nature du système colonial".

 

 

L'historien souligne le caractère profondément populaire de cette insurrection:  "Il ne serait pas exagéré de parler d’une révolution faite par des khemass, par des gens qui n’avaient accès ni à l’école ni aux produits de première nécessité".

 

Il revient sur les obstacles dréssés contre  l'écriture véridique de l'histoire de la lutte de libération : "Le manque de sources pour l’écriture de l’histoire, leur inaccessibilité et inexactitude peuvent entraîner des dérives". Daho Djerbal a noté que depuis 1962, il y a eu un héritage "important" d’archives gouvernementales, départementales et municipales (communales) datant de la période coloniale mais dont une partie seulement est demeurée en Algérie comme "épave". Dans le sens où, a-t-il expliqué, ces documents ont été considérés par la France comme ayant "peu d’intérêt" ou touchant à "ses intérêts" et ceux de ses collaborateurs. Il a déploré, à ce propos, qu’une partie de ce fond documentaire restée en Algérie ait été détruite. Il a cité, à ce sujet, l’exemple des archives du ministère de l’agriculture héritées de l’époque coloniale et qui ont été incinérées sur le toit du siège de ce département quelques années après l’indépendance. Daho Djerbal a regretté, en outre, la difficulté d’accéder à une "grande partie" des archives appartenant au mouvement national, notamment, celles de l’Etat-major général de l’ALN et du GPRA.

 

Sur les difficultés des historiens, nous avions mis en ligne, Il y a un an, un entretien accordé par Daho Derbal au quotidien Liberté. Les propos sont toujours aussi actuels.

 

 

Daho Djerbal : “Il faut commencer par les préalables”

 

 

 

 

 

 

DR-“Aucun recensement systématique des membres

du FLN/ALN ayant commencé la lutte armée n’a été

 entrepris, ni par le ministère des Moudjahidine, ni

par les institutions officielles, ni par les partis politiques

héritiers du mouvement nationaliste,

ni même par des historiens.”

 

 

 

 

 

 

Par  Hafida Ameyar

 

 

 

 

Le professeur se demande comment peut-on parler de l’écriture du 1er Novembre si on ne connaît pas les premiers acteurs de la lutte armée et les archives nécessaires à même de nous éclairer sur cette phase décisive.


L’écriture de l’histoire de l’Algérie pendant la période coloniale, plus particulièrement durant la guerre de Libération nationale, est une affaire trop sérieuse, qui exige de commencer par le commencement, c’est-à-dire par “les préalables”. C’est ce que pense Daho Djerbal, professeur d'histoire à l'université de Bouzaréah, chercheur et directeur de la revue Naqd d'études et de critique sociale.

Ce dernier, que nous avons joint hier par téléphone, estime, en effet, que le 1er Novembre 1954 est “un moment capital, un moment de rupture avec la présence coloniale en Algérie”. “C’est un moment constitutif”, appuie encore l’auteur de L’Organisation spéciale de la Fédération de France du FLN : histoire de la lutte armée du FLN en France (1956-1962) (éditions Chihab, Alger 2012).

Pourtant, il déplore que “ce moment soit ignoré aujourd’hui, du point de vue de la recherche académique et de la mémoire”. Comme il l’avait déjà indiqué dans une contribution publiée, les 6-7 novembre 1994, dans le journal Le Monde, il y a “beaucoup de choses” à dire sur le 1er Novembre, selon M. Djerbal. Dix-huit ans sont passés et l’historien se demande toujours : “Comment pourra-t-on tirailler que nous sommes entre le commémoratif et le narratif, tirer la substance de ce que fut cet événement pour l’histoire d’un pays et d’un peuple.” Comme en 1994, il s’interroge encore sur ces hommes qui avaient décidé de passer à la lutte armée, le 1er Novembre 1954.

Des hommes qui “avaient en fait avec des armes désuètes, des cartouches périmées et quelques bâtons de dynamite, défié l’histoire”, qui “avaient d’abord lancé une attaque frontale contre le système colonial fort de son siècle et demi de domination et de son million de colons installés à demeure”, qui “avaient lancé aussi une attaque contre les partis réformistes et le gradualisme à la Bourguiba”, qui “avaient défié leur propre parti et le père fondateur, Messali Hadj” et qui “avaient enfin mis au défi leur propre peuple”, parce qu’“ils sont convaincus qu’une fois “l’action” engagée, l’unité des rangs se ferait et le peuple se lèverait”.

Aujourd’hui, l’historien fait le même constat d’il y a dix-huit ans : “Aucun recensement systématique des membres du FLN/ALN ayant commencé la lutte armée n’a été entrepris, ni par le ministère des Moudjahidine, ni par les institutions officielles, ni par les partis politiques héritiers du mouvement nationaliste, ni même par des historiens.” Pourtant M. Djerbal est convaincu de l’importance de savoir qui étaient ces hommes et quel avait été leur itinéraire, pour leur donner la part qui leur revient dans l’histoire.

 

 

“Les préalables de l’écriture de l’histoire n’ont pas encore été établis, 50 ans après l’Indépendance”, observe Daho Djerbal, en se demandant : “Comment parler alors de l’écriture du 1er Novembre” en méconnaissant, entre autres, les premiers acteurs de la lutte armée et les archives nécessaires pour nous éclairer sur cette phase décisive. Toujours sur le thème de l’écriture de l’histoire, le chercheur et directeur de la revue Naqd note que “l’université ne remplit pas sa fonction”. Selon lui, 80% des travaux réalisés sont “des discours sur des discours, c’est-à-dire des travaux faits sur des documents de seconde main”. Finalement, “on commente ce qui a été écrit” sur la question. Pour ce qui est de l’édition, en liaison avec notre sujet, notre interlocuteur avoue que “la part de l’université y est quasiment inexistante”.


 

 

1er  novembre 2012. Liberté.com

 

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