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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

DR. L'évenement: mardi 5 avril 2011, la police cède à la détermination des étudiants de

Boumerdès qui réussissent à organiser leur marche

 

 

On se rappelle du printemps étudiant de 2011 en Algérie. Un puissant mouvement unitaire pour la rénovation des université s'est affirmé, à travers des coordinations activant à l'écart des organisations contrôlées par les services et autres officines. Ce mouvement étudiant a culminé avec les grandes manifestations d'avril 2011, d'abord à Boumerdès le 5, puis dans les rues de la capitale le 12 avril. Depuis, les services et les officines semblent avoir repris l'offensive pour atomiser le mouvement et le vider de son contenu démocratique. Une contribution de Mohamed Benbrahim, publiée dans Raina-dz, fait le point de l'avolution récente.

 

 

 

Quels enseignements tirer des grèves des étudiants ?

 

 

 

 

 

 

 

Par Mohamed Benbrahim, février 2014

 

Le premier semestre de cette année universitaire a connu de multiples grèves d’étudiants à L’université de Boumerdès. Ce n’est pas la première fois que les étudiants de cette université ont eu recours à la grève pour poser leurs problèmes. Mais, ce qui nous interpelle, aujourd’hui, c’est le type d’organisation et le caractère récurrent de ces grèves qui rompent avec les mouvements de revendications classiques chez cette catégorie de citoyens.

 

Les étudiants, pour leurs revendications, commencent d’abord par fermer les accès aux facultés empêchant leurs camardes de regagner leurs cours fusse-t-il par la force. Ce n’est, qu’à partir de là que s’engage les discussions administration- étudiants grévistes pour trouver des solutions aux problèmes posés et pour lesquels l’activité a été paralysée. L’issue du conflit est le résultat du rapport de force qui se met en place. Les étudiants maintiennent leur mobilisation "par la force" en occultant l’avis de la majorité de leur camarades et l’ad- ministration ne cède que difficilement pour ne pas se remettre en cause et surtout pour ne pas satisfaire facilement des revendications à la limite du raisonnable.

Trois cas, de protestations d’étudiants, pour mieux illustrer ce nouveau type de revendications et aussi pour appréhender les mécanismes qui minent la gestion de l’université et l’empêche de poser les problèmes de la qualité dans les formations assurées et le rôle de l’université dans la société.

1) Le système d’évaluation du LMD offre la possibilité aux étudiants de passer à l’année supérieure avec des dettes (des modules à refaire et à acquérir). Souvent, certains étudiants arrivent à la fin de leur cycle sans avoir épongé leurs dettes. Ceci est une source de conflits dont la gestion n’est toujours pas aisée au regard du manque de suivi réel des ces étudiants en état d’échec. Une soixantaine d’étudiants dans cette situation ont eu recours au blocage de la faculté pour faire entendre leurs doléances, c’est à dire éponger leurs dettes. D’âpres discussions s’engagent alors, pour finalement trouver des solutions "peu réglementaires" mais qui permettent le déblocage et la reprise des cours. C’est l’essentiel aux yeux des gestionnaires. Car, à gratter d’avantage dans la gestion pédagogique on trouvera certainement quelques défaillances !

2) La gestion des cités universitaires est connue pour être l’origine de beaucoup d’abus et de dépassement et où le minimum de règles, pour de bonnes conditions d’hébergement et de restauration des étudiants, semble faire défaut. Des étudiantes de la cité universitaire ont eu aussi recours au blocage durant toute une semaine de l’activité pédagogique. Toute une se- maine de mobilisation leur a suffit pour exiger le départ de la directrice de la cité. Elles avaient beaucoup d’arguments à prévaloir.

3) Un étudiant exclu par une équipe pédagogique pour résultats insuffisants, mobilise ses camarades pour s’opposer à cette décision. Comme les autres mouvements des étudiants, la fermeture des accès de la faculté ouvre la porte du dialogue avec les responsables de l’université. Son dossier et le motif de son exclusion paraissait clair au départ, finissent par le temps à mettre sur la table la question faut-il exclure des étudiants de l’université ou seulement les réorienter sans tenir compte du nombre des années passées dans leur cursus ?


On peut remarquer que les conflits de ce type se caractérisent comme des mouvements spontanés s’appuyant essentiellement sur des rapports de force fondamentalement violents entre les protagonistes. D’une part les étudiants ont une idée fixe sur la justesse de leur revendication et mobilisent tous les moyens pour imposer leurs solutions. Leur seul langage devient le recours systématique à l’interdiction des accès aux autres étudiants sans les consulter ni chercher leur soutien. Ce qui est une forme violence. D’un autre côté l’administration brandit l’arme réglementaire pour appuyer sa menace de sanctions si le conflit perdure. Ce "marchandage" d’un côté comme de l’autre finit par mettre fin au conflit et marque aussi les esprits pour longtemps. Il donne à ces formes d’organisation une légitimité rarement démentie par la réalité et en même temps rend les formes d’organisation démocratique d’association ou syndicale loin des préoccupations des étudiants.

Que pensent les enseignants de toute cette situation et de ces conflits cycliques ?
Il n’existe pas en réalité, jusqu’à ces derniers temps, une position parta- gée et concertée des enseignants sur ces problèmes qui secouent l’université. Ce sont la plus part du temps des avis et des positions individuels exprimés en groupes isolés que les circonstances de la grève avaient momentanément réunis. Le constat d’échec de la gestion du temps pédagogique est fait unani- mement mais, la question : que faire devant une telle situation ? où il semble que les étudiants grévistes obtiennent toujours gain de cause, reste la ques- tion centrale qui anime les discussions. L’ampleur des grèves et la perte de nombreuses semaines de travail a poussé, finalement, un certain nombre d’en- seignants à appeler à une assemblée générale. Encore une fois, la majorité des enseignants opte, pour obliger les étudiants à céder, à agiter l’épouvantail du semestre à blanc. Les étudiants non grévistes pris ainsi en otage entre leurs camardes grévistes et les enseignants n’ont pas tardé à réagir. Des heurts entre étudiants ont eu lieu dans l’enceinte de l’université et heureusement ils ont été contenus et n’ont pas faits de dégâts. C’est encore le "marchandage" et non un dialogue constructif qui a prévalu entre les enseignants et étudiants. La reprise ou le semestre !

 

Cette "marchandisation" des rapports entre les principaux acteurs de l’université algérienne n’est que le reflet de la crise que traverse la société depuis quelques décennies. C’est aussi la conséquence des mutations pro- fondes sociales et économiques qui affectent notre société. Le système rentier mis en place, au service exclusif du capitalisme international, a modifié complètement les rapports sociaux. Pour poser et demander des solutions à leurs problèmes sociaux (chômage, logement, Santé,...), les populations n’ont d’autres moyens que de recourir à des actes comme le blocage des routes et les occupations des locaux et bureaux administratifs. Avec l’absence d’organisation démocratique capable de les organiser pour agir, à long terme, sur leur situation, ces mouvements "spontanés" deviennent facilement gérable par le pouvoir. Ils se prêtent, beaucoup plus aisément, à la manipulation et aussi à l’individualisation des problèmes et donc à mettre ceux qui revendiquent en compétition les uns par rapport aux autres.

 

C’est cette politique néolibérale qui octroie aux institutions de formation le rôle d’instruments au service des entreprises et du seul marché qui gagne de plus en plus du terrain à l’université. La réforme LMD telle qu’elle a été conçue devait donner aux entreprises le premier rôle dans la mise en place des cursus universitaires est aussi venue renforcer cette orientation. De ce fait l’introduction de la conception individualiste de l’acte d’apprentissage a miné la collaboration et la solidarité des différents acteurs de l’université. La transmission des connaissances scientifiques nécessitant toujours plus d’efforts et de collaboration de la part des étudiants, enseignants et gestionnaires pour plus de qualité et pour répondre aux attentes de la société en matière de développement et de progrès est devenue une chose privée, objet concurrentiel et de compétitivité.

 

Malheureusement, les conflits au sein de l’université, avec l’absence d’organisations démocratiques du monde estudiantin et aussi des enseignants ne peuvent déboucher sur des solutions à même de renforcer le rôle de l’univer- sité pour le développement et le progrès. Les débats autour des problèmes de fond comme la qualité de l’enseignement, l’ouverture à l’universel et la contribution du système éducatif au développement socio-économique reste donc tributaire à la construction des ces cadres démocratiques dans lesquels toutes les composantes de l’université peuvent s’y exprimer.

C’est l’absence d’organisation démocratique d’étudiants qui a les empêché, dans leur majorité, de voir que les problèmes de l’université les concernent tous, ceux des étudiants en échec, ceux des étudiantes de la cité U et même ceux de l’étudiant exclu et réorienté. Combattre efficacement l’échec à l’université, ne concerne pas seulement les étudiants mais aussi toute la société. Revendiquer de meilleures conditions de vie, d’hébergement et de restaura- tion dans les cités U, c’est aussi exiger une meilleure prise en charge des cycles d’études des étudiants pour une meilleure qualité de la formation. Sans ces conditions, il est difficile de concevoir que l’université peut jouer son rôle socio-économique et culturel dans notre société. Quant au dernier cas, il pose de façon urgente le problème de la formation professionnelle en Algérie et sa place dans le développement dans la société. Ce qui ne peut laisser indifférent la communauté universitaire.

 

Source: raina-dz

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