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Publié par Saoudi Abdelaziz

Après une période d’ouverture tous azimut, c’est le retour au patriotisme économique. Décisions contradictoires, lois complémentaires,  le gouvernement sait-il quelle démarche adopter en matière économique?

Depuis 2006, le Président tient un discours autocritique et les officiels étalent le bilan désastreux du choix libéral qui a ruiné l’économie productive publique et privée. Les privatisations du téléphone, des banques, de la sidérurgie n’ont été que pillage et elles ont alimenté le feuilleton des scandales. La libéralisation du commerce extérieur et les «traités inégaux» avec l’UE et même avec l’OMC (puisque non signés, il dicte déjà ses conditions depuis quelques années), ont livré le marché national à une concurrence déloyale. Les importations ont triplé en quelques années, et la crise de 2008 qui a fait fondre les recettes pétrolières a sonné l’alarme.

Mais les timides mesures protectionnistes contenues notamment dans les lois de finances complémentaires 2008 et 2009 ont provoqué la fureur des milieux patronaux qui ont révélé à cette occasion l’importance de leurs activités d’importateurs. De leur côté, les tuteurs impérialistes font pression pour retrouver tous leurs privilèges. Velléitaire, inconséquent et contradictoire, ce cours patriotique ne constitue pourtant qu’une inflexion dans la politique libérale qui continue, ménageant des profits considérables aux investisseurs nationaux et un privilège aux étrangers, pendant que les salaires sont contenus et que la précarisation s’étend.

Lorsque le vent de révolte sociale, venu de Tunisie, soulève les précarisés, les mal payés et les démunis, le pouvoir opère un repli tactique. Il cède d’abord aux lobbys de l’agro-alimentaire et aux barons de l’informel en les dispensant d’impôt, puis il concède ici et là, des logements et des salaires, saupoudre des créations d’emplois. C’est un desserrement du containment (endiguement) des salaires ordonné par le FMI mais on est loin du rattrapage du pouvoir d’achat d’avant le PAS (programme d’ajustement structurel).

 

-D’un autre côté, les pressions patronales et la menace impérialiste qui se concrétise en Libye voisine démantèlent peu à peu le dispositif protectionniste. Que reste-t-il du 49/51 quand l’investisseur et son concessionnaire algérien se partagent les rôles, que reste-t-il du Credoc après les annonces de la tripartite ?

Pendant qu’ArcelorMittal se prépare à dix autres années de pillage sans frais, Suez s’attribue l’augmentation de la disponibilité de l’eau venue de nos barrages et de nos usines de traitement. Pendant que nos réserves sont prêtées gratuitement aux grandes puissances, les Emiratis construisent des villas dans un parc d’Alger acquis à prix symbolique et vont apporter leurs capitaux à une usine de camions Mercedes où l’Etat va offrir les impôts et le foncier.

-Consultations politiques d’un côté, concertation économique de l’autre, mesures en faveur des jeunes, débat annoncé autour de la société civile. Les décideurs multiplient les appels au dialogue. Quelle est votre lecture par rapport à cela?

Les victoires de Tunisie et d’Egypte contre les dictatures libérales ont provoqué une effervescence populaire dans notre pays et dans toute la région. Le pouvoir a pris conscience de sa fragilité en l’absence de médiations. Ces cadres de dialogue se veulent une alternative à l’émeute. L’ouverture politique velléitaire est aussi une réponse à la pression des grandes puissances qui veulent chevaucher la dynamique populaire de la région pour mettre en place un processus de recolonisation. L’intervention militaire en Libye constitue une menace directe.
Bouteflika promet une inversion du cours de fermeture autoritaire et de dérive monarchique des institutions, mais il entend toujours régenter nos libertés politiques. Mais que restera-t-il de pouvoir aux institutions légitimes qu’il nous promet si le pouvoir actuel signe avec Arcelor, avec Suez, avec l’OMC, avec Desertec engageant un processus irréversible de dépendance.                    
 

Chawki Salhi. Président du Parti socialiste des travailleurs (PST).

El Watan du 6 juin 2011. Propos recueillis par Safia Berkouk.

 

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