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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Par saoudi Abdelaziz

 

 

« Le peuple algérien est mort » semblent dire des chroniqueurs algériens. Pousser un âne mort, Tabä fi hmar miyat? C’est usant, mais les chroniqueurs ne reculent pas devant cette besogne ingrate ! Les esprits forts qui commentent pour nous le monde comme il va, l’écrivent, puis le réécrivent interminablement, tendant au « peuple » un miroir où il n’est vraiment pas beau à voir.

 Le « peuple » algérien est houspillé parce qu’il n’a pas voulu envahir les rues et crier dégage ! On se rappelle le flop de la place du Premier mai, il y a deux ans, jour pour jour. Ensuite, les chroniqueurs ont quand même laissé au peuple une autre chance, expliquant, avec le concours de Benjamin Stora, l’échec de l’appel à la révolution : traumatisés par la décennie noire, les Algériens ne veulent pas prendre de risque. Patients, les chroniqueurs le sont, mais trop c’est trop. Aujourd’hui, le peuple vraiment incorrigible, ne veut pas sortir hurler sa colère, comme un seul homme, après les révélations italiennes sur les turpitudes de Khelil et du neveu de Bedjaoui.

 Le peuple algérien ne vaut décidément rien : voilà ce que savent dorénavant avec certitude les chroniqueurs qui l’observent depuis de longues années. Ils disent : à quoi bon rentrer dans les détails pour analyser la société, en haut il y a les décideurs avec corrompus et privilégié qui gravitent autour d’eux, en bas, « regardant toujours sous les balcons », « un peuple brimé, assisté, qui passe son temps à regarder son ventre et à penser à plus bas que son ventre ». C’est le constat amer de Moncef Ouafi qui relève ce matin Kamal Daoud dans la rubrique raïnaraïkoum du Quotidien d’Oran.

 

Les ouvriers du complexe sidérurgique d’El Hadjar qui triment sur les laminoirs « pensent plus bas que leurs ventres » semble aussi dire Abed Charef dans La Nation. Dénonçant la prise de contrôle éventuelle du complexe sidérurgique d’El Hadjar par le holding public Sider, il balaie d’un revers ironique l’accueil favorable à cette mesure exprimé par les salariés. « L’Algérie est donc prête à mettre de l’argent, sous les applaudissements du syndicat de l’entreprise ». Il nous donne le scoop : «  Pour ces « représentants des travailleurs», le complexe doit continuer à tourner, y compris à perte. Et puisque le géant de l’acier ne veut pas mettre de l’argent pour moderniser les équipements, payer les salaires, et garantir une rente de situation, c’est l’Etat algérien, à travers SIDER, qui va le faire ».

 

Les salaires des ouvriers qui triment dans les hauts fourneaux deviendraient-ils des rentes à garantir  à perte ? Le journaliste semble croire que tout ressort  patriotique créateur a disparu parmi les ouvriers et les cadres qui ont bâti la sidérurie algérienne. Les motivations d’une prise de contrôle publique ? La réponse est évidente : « Cela évitera aux gouvernants de faire l’effort nécessaire qui s’impose : accompagner ArcelorMittal, le pousser à terminer les mutations nécessaires pour faire du complexe d’El-Hadjar un ensemble moderne et rentable, d’opérer les restructurations nécessaires et d’introduire les nouvelles techniques requises. »

 

 

Car le problème que doit affronter le pauvre Lakshmi Mittal, entreprenant capitaliste fourvoyé dans le pays de la rente, c’est qu’ « il a hérité d’une entreprise en état de sureffectif » et qu’on ne le laisse pas moderniser, alors que « le seul souci des autorités est de préserver la paix sociale, quel qu’en soit le prix ».

 

 

Puisque Abed Charef nous plonge dans la science des comportements et des motivations, pourquoi ne pas voir aussi ce qui fait courir Lakshmi Mittal ? Lisons ce que dit de lui le professeur Philippe Lukacs (Le Monde.fr) qui enseigne le management de l'innovation à l'Ecole centrale de Paris :

 

 

« La famille Mittal fait partie de cet ensemble de lignées toutes originaires du Rajasthan et que l'on appelle Marwari. Elles constituent une communauté d'intérêts. Ce sont des lignées de commerçants et de prêteurs (…). Leur dharma, leur devoir, leur "vocation", est de s'enrichier. Quels que soient les moyens utilisés. Ce sont eux qui, en Inde, prêtent à des taux particulièrement usuraires et sont, à juste titre, la terreur des paysans. Un petit nombre d'entre elles (les Birla et Jindal, avec les Mittal) contrôlent trois des cinq majors steel companies (grandes entreprises sidérurgiques), une grande partie de l'industrie manufacturière et du commerce du thé et des textiles ».

 

 

Saoudi Abdelaziz, 14 février 2013

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