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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Les forces de l'ordre, qui ont violemment réprimé les manifestants la veille faisant, selon des médecins sur place, plusieurs centaines de blessés, se sont retirées de la place en milieu d'après-midi.  

DR

 

 

Hier, la police s'est retirée de la place Taksim qui a été immédiatement occupée par des milliers de personnes défiant le chef du gouvernement aux cris de : «Nous sommes là, Tayyip. Où es-tu?». A la nuit tombée, la place Taksim était toujours noire de milliers de personnes qui chantaient et dansaient avec l'intention d'y rester toute la nuit. Avant ce retrait de la police, le site Mediapart a publié un reportage qui indique la profondeur du mouvement populaire en Turquie.

 

 

 

Turquie: malgré la répression policière, les manifestations se poursuivent

 

 

Par Lenaïg Bredoux, 1er juin 2013

 

C'est l'un des plus importants mouvements de protestation depuis l'arrivée au pouvoir du premier ministre Erdogan en 2003. Il a pris vendredi une tournure violente quand la police a décidé de réprimer les manifestants à grands renforts de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Plusieurs centaines de personnes ont été blessées à Istanbul. Samedi, le mouvement, déclenché par un projet d’aménagement et qui s’est transformé en contestation plus large de la politique du gouvernement, se poursuivait et s’étendait à plusieurs grandes villes turques, dont la capitale Ankara.

 

Comme lors des révolutions arabes ou les mouvements d’Indignés en Europe ou aux États-Unis, les activistes ont rapidement mis en place des réseaux d’entraide (voir notamment ce site pour accéder à internet depuis la place Taksim d’Istanbul, trouver les coordonnées de médecins ou les contacts d’avocats), utilisé Twitter (avec le hashtag #occupygezi) et créé une page Facebook. Ils ont aussi installé une retransmission en direct des manifestations à Istanbul (notamment ici ou ici).

 

Samedi après-midi, les images montraient des milliers de personnes scandant des slogans hostiles au premier ministre, alors que la police s’était retirée de la place la plus célèbre de la ville, la place Taksim, aussitôt envahie par les manifestants.

 

D’autres manifestations étaient prévues dans plusieurs villes turques (à Antalya, Mersin, Gaziantep ou encore Diyarbakir). Dans la capitale Ankara, des manifestants faisaient aussi face à la police, qui usait samedi après-midi de lacrymogènes et de canons à eau.

 

La contestation a pris une nouvelle dimension après que la police est très violemment intervenue vendredi matin à Istanbul pour déloger les centaines de personnes qui occupaient pacifiquement le parc Gezi, situé sur la place Taksim. En deux jours, plusieurs certaines de manifestants ont été blessés, dont certains étaient dans un état grave. Vendredi, une photo d'Ahmet Sik, un célèbre journaliste, la tête en sang, a fait le tour de Twitter, touché par un tir de lacrymogène, « délibéré » selon Reporters sans frontières.

 

 

Samedi, l’association Greenpeace a annoncé avoir transformé son bureau stambouliote en « hôpital d'urgence pour les manifestants blessés ».

 

Les violences policières ont provoqué un élan de solidarité en Turquie. « Au moins autant que la diversité des manifestants, c’est le nombre et les modalités des soutiens qui étonnent : tel restaurant nourrit les manifestants gratuitement ; tel hôtel les accueille ; sur l’avenue Istiklal en état de guerre, des commerçants applaudissent les manifestants ; face au brouillage des lignes de téléphone portable par les forces de sécurité sur les zones d’affrontement, les cafés et restaurants environnants fournissent leurs codes de wifi par réseaux sociaux… Des riverains affichent sur les bâtiments que les manifestants peuvent venir se réfugier chez eux. Dans plusieurs quartiers, au milieu de la nuit encore, de nombreux habitants manifestaient leur soutien en allumant et éteignant les lumières et en descendant dans les rues avec casseroles et poêles. Nombreux sont ceux qui, aux fenêtres, applaudissent ou acclament les manifestants, comme ceux qui klaxonnent pour les encourager », raconte Élise Massicard, la responsable de l'Observatoire de la vie politique turque.

 

La répression a aussi suscité de nombreuses protestations dans le monde. Amnesty International a critiqué « le recours excessif à la force contre des manifestants pacifistes ». La violence de la répression a même conduit Washington à rappeler à l’ordre son allié turc. « Nous sommes préoccupés par le nombre de gens qui ont été blessés lorsque la police a dispersé les manifestants à Istanbul », a déclaré la porte-parole du département d’État, Jennifer Psaki. La porte-parole a appelé les autorités turques à « respecter les libertés d’expression, d’association et de rassemblement telles que ces personnes, visiblement, les exerçaient ». « Ces libertés sont vitales à toute démocratie saine », a-t-elle souligné.

 

Les plus hautes autorités turques ont fini par réagir et, samedi en milieu de journée, la police s’est retirée de la place Taksim d’Istanbul. Samedi, le président de la République, Abdullah Gül, a lancé un appel au « bon sens » et au « calme ». « Nous avons tous besoin d'être responsables face à ces manifestations (...) qui ont atteint un niveau inquiétant », a-t-il affirmé dans un communiqué, avant d’exhorter la police à « agir avec le sens de la mesure ».

 

Même le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a finalement concédé que la police avait agi dans certains cas de façon extrême. « Il est vrai qu'il y a eu des erreurs, et des actions extrêmes dans la réponse de la police. Les mises en garde nécessaires ont été faites », a indiqué celui qui focalise la colère des manifestants. Mais sur le fond, il est resté totalement intraitable, continuant, comme il le fait depuis des mois, de traiter les mécontents par le mépris. « Je demande aux protestataires d'arrêter immédiatement leurs manifestations (...) pour éviter plus de dommages aux visiteurs, aux piétons et aux commerçants. La place Taksim ne peut pas être un endroit où les extrémistes font ce qu'ils veulent »,a ajouté Erdogan.

 

Source : Mediapart

 

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