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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Les colonies sont illégales

DR

L'influent sénateur républicain Lindsey Graham a affirmé dimanche sur CNN que

Chuck Hagel serait "le secrétaire à la Défense le plus hostile à Israël de toute

l'histoire des États-Unis". Mais de son côté, Zalman Shoval, ancien ambassadeur

d'Israël aux États-Unis, rejette tout changement de politique à Washington :

"Aux États-Unis, le rôle du secrétaire à la Défense est d'exécuter la politique

du président ».  

Armin Arefi, fait un intéressant tour d’horizon qui se démarque quelque peu du

tire "accrocheur" de l'article.

 

 

États-Unis : révolution au Pentagone

 

 

Par Armin Arefi

 

 

S'agit-il d'un tournant dans la politique étrangère de Barack Obama ? En nommant au poste de secrétaire à la Défense l'ex-sénateur Chuck Hagel, le président des États-Unis a créé la surprise. Pas seulement parce que le nouvel élu est républicain, mais surtout parce qu'il est considéré comme moins pro-israélien que ses prédécesseurs à ce poste. À tel point que c'est dans son propre camp que cet ancien de la guerre du Vietnam a provoqué une levée de boucliers.

Ainsi l'influent sénateur républicain Lindsey Graham a-t-il, par exemple, affirmé dimanche sur CNN que Chuck Hagel serait "le secrétaire à la Défense le plus hostile à Israël de toute l'histoire des États-Unis". L'audition prochaine au Sénat du nouvel homme fort du Pentagone s'annonce déjà houleuse. "Ce n'est pas parce que l'on possède un certain franc-parler et que l'on est plutôt modéré sur le Proche-Orient que l'on va mener une politique hostile à l'État d'Israël", estime Vincent Michelot, directeur des relations internationales à Sciences Po Lyon.

 

 

Habileté d'Obama

 

Pour ce spécialiste des États-Unis, les critiques contre Chuck Hagel sont surtout motivées par des questions politiciennes. "Il n'est pas aimé de certains républicains en raison de sa complicité avec Barack Obama, si bien qu'il lui est ainsi arrivé de voter plusieurs textes en faveur des démocrates", rappelle Vincent Michelot. "Mais sur les questions de défense, il est particulièrement compétent. Et en nommant un républicain à la Défense, ajoute le spécialiste, Obama fait preuve d'une certaine habileté au moment où d'importantes coupes budgétaires vont devoir être menées dans ce secteur."

Très proche du vice-président Joe Biden, mais aussi du nouveau secrétaire d'État John Kerry, avec lesquels il a longtemps partagé les bancs du Sénat, l'actuel président du Conseil sur le renseignement pourrait reconstituer avec les deux hommes une équipe de choc au sommet de l'État. "Cela pourrait être une conjonction favorable augmentant les chances d'un accord sur le nucléaire iranien", estime François Nicoullaud*, ancien ambassadeur de France en Iran. "Obama veut réellement être le président qui a trouvé une solution à cette crise, pas l'homme qui a bombardé l'Iran."

 

 

Menace iranienne

 

Après des menaces insistantes en 2012, l'État hébreu a pour l'heure repoussé la possibilité de frappes préventives sur les sites nucléaires iraniens au printemps prochain. Refusant, malgré la pression d'Israël, de s'associer à une attaque aérienne, Barack Obama semble aujourd'hui privilégier une reprise des négociations directes avec Téhéran. "De toute façon, les États-Unis ne peuvent plus se contenter du statu quo avec la République islamique, juge Vincent Michelot. Il faudra prendre une décision avant la fin de l'été 2013."

Mais les dirigeants iraniens veulent-ils seulement négocier avec le Grand Satan ? À Téhéran, malgré les appels du pied de certains responsables, le Guide suprême ne semble pas avoir encore tranché. L'ayatollah Khamenei ne devrait pourtant pas rester insensible aux déclarations passées de Chuck Hagel, qui pourraient peser sur la table des négociations. Après s'être ouvertement opposé à la politique de l'administration Bush en Irak, l'ex-sénateur du Nebraska s'est longtemps opposé aux sanctions contre l'Iran et son programme nucléaire. Or celles-ci font aujourd'hui effet. Et si elles touchent en premier lieu la population iranienne, elles poussent également ses dirigeants à se rasseoir à la table des grandes puissances.

 

 

Gifle de Netanyahou

 

Interrogé par Le Point.fr, Zalman Shoval, ancien ambassadeur d'Israël aux États-Unis, rejette tout changement de politique à Washington. "Aux États-Unis, le rôle du secrétaire à la Défense est d'exécuter la politique du président, rappelle le diplomate. Barack Obama a toujours déclaré qu'il ne laisserait jamais l'Iran se doter de la bombe et nous n'avons reçu aucune indication selon laquelle il aurait changé d'avis." Si le président américain paraît en effet déterminé à résoudre coûte que coûte l'épineux dossier iranien, qu'en sera-t-il de l'inextricable conflit israélo-palestinien ?

Auréolé d'un prix Nobel de la paix en 2009, le président américain avait fait part la même année de son souhait de voir naître un État palestinien "légitime", tout en appelant Israël à cesser la colonisation. Mais en tant qu'allié indéfectible d'Israël, Barack Obama a dû faire marche arrière. En 2012, il s'est opposé à la demande palestinienne d'accéder au statut d'État non membre à l'ONU, tandis que la colonisation s'est encore accélérée dernièrement. Pire, il a reçu durant son premier mandat une véritable "gifle" diplomatique de la part de Benyamin Netanyahou. En réponse à la demande américaine de mettre fin aux colonies, le Premier ministre israélien a publiquement dit "attendre du président (américain) qu'il réaffirme les engagements pris par les États-Unis à l'égard d'Israël en 2004". Comprenez : "mêlez-vous de vos affaires".

 

 

Suivisme d'Israël

 

"Même s'il existe des tensions entre les deux hommes, les intérêts entre nos deux nations prennent toujours le dessus, insiste Zalman Shoval. Et ceux-ci sont aujourd'hui encore plus importants que par le passé." La relation inébranlable entre Washington et Tel-Aviv pourrait tout de même souffrir du franc-parler du nouveau venu. Chuck Hagel n'a-t-il pas déclaré en 2006 que "le lobby juif intimide beaucoup de monde au Sénat" ? "Je me suis toujours opposé à certaines choses stupides dont ils se rendent coupables, car je ne pense pas que cela soit dans l'intérêt d'Israël", a-t-il précisé.

L'homme est depuis la cible du puissant lobby pro-israélien AIPAC. Cela ne l'empêche pas, deux ans plus tard, de répliquer en déclarant "ne pas être un sénateur israélien, mais un sénateur américain". D'après Vincent Michelot, "un certain nombre de voix s'élèvent aujourd'hui aux États-Unis, tant chez les démocrates que chez les républicains, mettant en garde contre le suivisme de la politique d'Israël, notamment sur la question de la colonisation".

"Là-dessus, l'administration Obama, en étant allée jusqu'au bout de ses engagements envers l'État hébreu, est aujourd'hui dans une meilleure position pour demander à Israël qu'il respecte les siens, explique le spécialiste. Débarrassé du souci d'être réélu, Barack Obama pourrait prendre davantage de risques pour relancer un dossier à l'étiage."

 

 

Armin Arefi, 7 janvier 2012. Le Point.fr

 

(*) François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France en Iran, auteur de Le turban et la rose : journal inattendu d'un ambassadeur à Téhéran (Éditions Ramsay).

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