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Publié par Saoudi Abdelaziz

Mercredi, deuxième jour de l'Aïd, qui aurait pu être le premier sans la grosse surprise du comité de suivi de la nuit du doute. Mercredi, un soir qui aurait pu être comme les autres, sans la ruée vers la bibine qui n'était pas vraiment une surprise, «mais quand même». On aurait dit que toute l'Algérie et un peu de la Libye était à la Madrague.

 

La foule aurait pu être moins visible si tous les bars qui essaiment la localité étaient ouverts. Il y en avait qui ont «essayé d'ouvrir».  Dépassés par le flux de clients, ils ont fermé pour sauver leurs meubles au sens premier du terme. Des clients un peu spéciaux. Assoiffés par un mois d'abstinence et une «conjoncture financière» favorable, ils ont investi la Madrague. C'est connu, ici, on rouvre plus tôt qu'ailleurs.

 

C'est la tradition, on ne perd pas de temps. Ils sont venus. De partout, ils ont afflué vers ce méga zinc échoué sur les détritus d'un port orphelin de sa vocation. Ils sont venus boire jusqu'à ce que mort s'ensuive, comme disent les soulographes.

 

Ils ont bu, mais avant que la mort n'arrive, il n'y avait plus rien à boire. Ils se sont alors installés dans l'artère principale de la Madrague, suant, vociférant, brandissant quelques miraculeux fonds de bouteilles rescapés de leur sécheresse ou des tessons déjà prêts à en découdre avec un ennemi imaginaire. Comme dans une scène de fin du monde, erraient. Ils veulent boire, encore boire mais il n'y avait plus grand-chose à boire.

 

Dernière chance, une bande de futés proposaient des bouteilles «à emporter» à partir d'une camionnette ! En quelques minutes, il avait «fermé» parce qu'il ne restait plus une goutte. On apprend que plus loin, quelqu'un venait d'installer une «table» au beau milieu de la chaussée.

 

En fait, c'était des caisses de vin et de bière déposées à même le bitume : vite liquidé. Ailleurs, une… promesse d'ouverture dans une heure, annoncée par un gérant à partir d'une fenêtre barreaudée, provoque une grosse bousculade. Un «sage» parmi la foule tente de raisonner la foule : on fait la chaîne et on attend, ya l'khaoaua !

 

Une bagarre éclate et personne n'y fait attention. Jusqu'à nouvel ordre, il n'y avait pas de vin mais un jeune homme, en piteux état, fait la manche pour s'en payer une. Très optimiste, celui-là. Un camion de police passe, mais il file tout droit vers le port. Les assoiffés veulent du vin, pas de la sécurité. On les laisse alors entre eux. Ce n'est plus une scène de fin du monde, c'est la fin du monde, puisqu'il faut rentrer à la maison avant l'arrivée de la mort.

 

Le Temps d’Algérie, 3 août 2011.  laouarisliman@gmail.com

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