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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

la liberté politique, oui, mais pas dans la soumission et la misère

DR-Journaliste et écrivain, Hocine Belalloufi, ancien rédacteur en chef

d’Alger Républicain collabore actuellement à l’hebdomadaire en ligne

La Nation.

 

Il écrit cette semaine: « On cherche dores et déjà à nous

polariser sur un débat pour ou contre Bouteflika afin de

mieux faire passer l’essentiel qui est le maintien de

l’inamovible régime autoritaire ».

 

 

 

Par Hocine Belalloufi

 

 

   

 

 

A une année de la prochaine présidentielle de 2014, on cherche de toute évidence à focaliser l’attention générale sur la question d’un éventuel quatrième mandat présidentiel d’Abdelaziz Bouteflika. Les partisans de cette option sont à la manœuvre : rumeurs, opération marketing au stade du 5 juillet, déclarations de soutien de diverses personnalités… En face, les adversaires du quatrième mandat montent au créneau pour appeler à sauver la république en danger. Il s’agit d’empêcher à tout prix une telle perspective et de dire non à la manipulation du résultat de la prochaine présidentielle.


Et les commentateurs de commenter. Pour certains, les enquêtes du DRS démontrent la volonté inébranlable de Bouteflika de terrasser l’hydre de la corruption qui saigne le pays. La révision constitutionnelle vise, selon ces mêmes commentateurs, à concrétiser les promesses de démocratisation faites par le président en 2011. En symbiose totale, le président de la République et le premier responsable du DRS seraient à la recherche du lièvre idéal afin de crédibiliser et de légitimer la future réélection auprès des « amis occidentaux de l’Algérie ». Quelques noms circulent déjà : Benbitour, Benflis… D’autres devraient suivre.


Pour d’autres commentateurs en revanche, les affaires de corruption déterrées par le DRS ont pour but de dissuader le locataire du palais d’El Mouradia de se représenter. L’armée ne voudrait plus « de Bouteflika et de son clan ». Voilà pourquoi les hommes du président (Khelil, Bedjaoui, Medelci…) seraient particulièrement ciblés par les révélations de la presse. La révision constitutionnelle n’aurait pas d’autre but que de paver le chemin au quatrième mandat ou à la succession de Bouteflika si ce dernier décidait finalement de ne pas y aller.
Impensable hier, possible aujourd’hui et peut-être probable voire incontournable demain, un quatrième mandat présidentiel de Bouteflika ne relève pas de la politique-fiction. Une telle option, qui n’a rien d’obligatoire, ne peut être écartée. Nombre de thuriféraires à l’appétit insatiable sont prêts à se mobiliser corps et âmes pour permettre à l’Algérie de jouir de l’immense privilège de disposer d’un homme providentiel de la trempe de l’actuel titulaire de la charge. A l’inverse, la perspective que le président rempile mobilisera certainement des personnalités, des partis et autres mouvements qui s’indigneront, sincèrement ou pas c’est selon, d’une telle «monstruosité».


Pourtant, la perspective qui agite ces deux camps opposés ne constitue rien d’autre qu’un leurre. Une telle affirmation ne signifie bien évidemment pas que l’éventuelle réélection du président ne présente aucun enjeu et qu’elle n’aurait pas de conséquences politiques. Mais il s’agit d’un leurre dans la mesure où elle occulte la véritable question de fond qui est celle du énième mandat du régime, avec ou sans Bouteflika. On cherche dores et déjà à nous polariser sur un débat pour ou contre Bouteflika afin de mieux faire passer l’essentiel qui est le maintien de l’inamovible régime autoritaire.


Que certaines coteries au sein du régime ne veuillent plus entendre parler de «l’homme du consensus» peut aisément se comprendre. Que ces écuries tentent de placer leur poulain en lieu et place de l’actuel président est de bonne guerre. Que les appétits s’aiguisent à l’approche du grand festin de 2014, qui ne peut le saisir ? Que certaines forces sociales néolibérales et compradores qui craignent particulièrement le verdict des urnes militent pour placer un homme qui déverrouille le «système de l’intérieur» s’avère évident. Mais en quoi le fait de remplacer X par Y – quelles que soient l’identité et les qualités de ce dernier – devrait-il changer fondamentalement la nature autoritaire du régime, modifier les règles du jeu politique particulièrement antidémocratiques et améliorer le triste sort de la majorité du peuple ?


Pour les Algériens partisans de la libre souveraineté populaire, de la préservation de la souveraineté nationale et d’une politique de justice sociale, le véritable problème n’est pas Bouteflika, mais le régime qui peut utiliser l’actuel président ou choisir au contraire de ramener un clone plus ou moins en phase avec la nouvelle époque. Quelqu’un de neuf, de plus présentable politiquement et en terme d’image, une personne plus jeune dont «j’nanou metabetch».


La focalisation du débat sur la personne de Bouteflika et la personnalité du prochain président masque ainsi l’essentiel qui est de savoir si le peuple algérien sera enfin à même d’exprimer librement son choix souverain.


Le véritable enjeu politique auquel l’Algérie est confrontée aujourd’hui n’est pas celle du changement de président mais du changement de régime. Faut-il accorder un nouveau mandat à l’actuel régime ? Telle est la question centrale. Il s’avère hautement improbable qu’une réponse consensuelle et rassembleuse émerge d’ici 2014. Il n’existe pas de miracle en politique. Il n’y aura donc pas, sauf accélération dont l’histoire a le secret, d’alternative politique crédible d’ici douze mois.


Mais cela ne doit absolument pas empêcher de commencer à se poser cette question centrale au lieu de se concentrer sur celle de savoir qui occupera le fauteuil présidentiel au sein de l’actuel régime. Cette question centrale se décline sous la forme de plusieurs autres.


Par quel type de régime remplacer l’actuel ? Telle est la première question fondamentale qui se pose. Et cette question n’est pas prioritairement ni même principalement d’ordre institutionnel. Elle est avant tout politique. Quelle politique alternative à celle qui est menée actuellement peut-elle être proposée ? Quel est, en effet, l’intérêt de notre peuple, c’est-à-dire de la majorité dominée de l’actuelle nation algérienne, qu’Ahmed Benbitour, ou un autre, mène, à la tête de l’actuel régime, la même politique antinationale et antisociale que celle que poursuit, depuis 15 années bientôt, M. Bouteflika ?


La seconde question fondamentale est celle des modalités du changement de régime. Revient-il à des « experts en droit constitutionnel » de se substituer au seul constituant légitime, le peuple ? Contrairement à ce qu’affirment tous ceux qui entendent déposséder ce dernier de ses prérogatives, les choix constitutionnels ne relèvent pas de la compétence juridique de quelques spécialistes, mais du choix politique souverain de la population. Il revient à cette dernière de décider si elle maintient ou pas la fonction présidentielle, la seconde chambre du Parlement et toutes les institutions. Désire-t-elle conserver l’actuelle architecture institutionnelle en l’ajustant quelque peu ou préfère-t-il aller vers une seconde république par le biais de l’élection d’une assemblée constituante ? Le peuple peut-il faire confiance aux actuels gouvernants pour organiser une compétition et des scrutins électoraux (constituante, présidentielle, législatives…) propres et honnêtes ?


La troisième question renvoie à la force politique porteuse du changement. Les partis peuvent-ils continuer à s’ignorer les uns les autres, à s’éparpiller et à refuser toute démarche rassembleuse ? Ont-ils la naïveté de penser qu’ils peuvent modifier la face politique du pays sans alliance ? Pensent-ils pouvoir agir seuls et réussir à redonner la parole au peuple ? Pensent-ils, à l’inverse, y arriver en passant des alliances sans principe, des alliances de circonstances ? Peuvent-ils continuer à entretenir le flou sur le contenu économique et social de leur projet ? Enfin, peuvent-elles s’épargner le nécessaire et incontournable travail d’implantation dans la population afin de devenir l’expression politique de forces sociales effectives, identifiables et aux intérêts clairement assumés ?


C’est à ces questions fondamentales et sans doute à bien d’autres que les partis politiques qui se réclament de la démocratie, de la souveraineté nationale et de la justice sociale doivent impérativement répondre afin d’opérer une jonction en profondeur avec la grande masse de notre peuple et modifier ainsi substantiellement le rapport de force politique. Il sera toujours temps, par la suite, d’inscrire la résistance tactique à un éventuel quatrième mandat de Bouteflika dans la démarche stratégique de résistance à un énième mandat du régime.

 

 

 

Hocine Belalloufi, 10 avril 2013. La Nation.info

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