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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

« Le but de ces cercles du pouvoir qui ont aujourd'hui la mainmise totale sur la direction du parti est d'affaiblir le FFS, de le couper de ses racines sociales pour mieux l'inscrire dans les stratégies claniques » affirme Samir Bouakouir, dans sa dernière interview. Texte intégral.

 

 

 

Samir Bouakouir : « Le FFS est dirigé par certains cercles du pouvoir »

 

Samir Bouakouir, candidat FFS pour la Zone 1 en France lors des élections législatives du 10 mai, réclame une conférence des cadres du parti, aux fins de le réunifier. Dans cet entretien, il ménage Aït Ahmed et charge la direction du FFS.

 

Comment expliquez‑vous le silence de la direction du FFS sur les dépassements constatés pendant la campagne électorale et que vous avez, vous‑même, dénoncés ?

 

Le FFS a toujours été intransigeant lorsqu'il s'agissait de dénoncer des violations des libertés fondamentales et des droits de l'Homme. Ce silence a troublé beaucoup de militants et bon nombre d'observateurs. Je pense que ce qui s'est passé après les élections met en lumière une dérive politique que j'ai eu l'occasion de dénoncer. La dérive de certains éléments qui ont pris en otage la direction et qui ont inscrit l'appareil du parti dans une stratégie dont on ne connaît ni les tenants ni les aboutissants. C'est pour ça que j'ai réclamé un débat public à l'intérieur du parti car il faut discuter de l'avenir du FFS et de sa stratégie.

Je refuse, comme beaucoup d'autres militants, qu'il y ait des accords, des conciliabules ou des tractations dans le dos de la base militante et des citoyens algériens. Aujourd'hui, je m'interroge, comme tout militant : y a‑t‑il un changement de cap au FFS ? Croit‑on que le changement ne peut venir de la société ? Si c'est le cas, il faut le dire clairement. Personnellement, je considère que le changement démocratique en Algérie ne peut pas venir du système.

 

 

Croyez‑vous vraiment qu'il y a eu des tractations entre la direction de votre parti et le pouvoir ?

 

Par le fait de ne pas se prononcer publiquement et de n'avoir pas dénoncé le coup de force électoral du pouvoir, les déclarations post‑électorales jettent la suspicion sur ces éléments de la direction. Ces derniers ont, de mon point de vue, perdu toute autonomie de décision. Aujourd'hui, le FFS est géré à l'extérieur par certains cercles du pouvoir. Dans quelle perspective ? Dans quel but ? Toute la question est là. J'appelle à un débat public. Les militants n'acceptent pas d'être mis à l'écart de ces tractations secrètes.

 

 

Quel serait l'objectif de ces éléments ?

 

Je ne sais pas. Une chose est sûre. La compromission avec certains cercles du pouvoir. Quelle en est la finalité ? Je m'interroge. J'appelle à un débat public pour sortir de l'omerta qui est l'une des constantes du système. Et cette direction reproduit exactement les pratiques du système. Cela est inacceptable pour les militants et les cadres du FFS. Le parti s'est construit sur des idéaux et des valeurs. Il y a eu cinq cents martyrs qui sont morts pour le FFS et on n'a pas le droit d'agir de la sorte et de souiller la mémoire de ceux qui se sont battus pendant des décennies, presque cinquante ans, pour la démocratie.

 

 

Vous avez écrit, il y a quelques jours, que le pouvoir vise à détruire la crédibilité du FFS…

 

Le but de ces cercles du pouvoir qui ont aujourd'hui la mainmise totale sur la direction du parti est d'affaiblir le FFS, de le couper de ses racines sociales pour mieux l'inscrire dans les stratégies claniques.

 

 

Quelles sont ces stratégies ?

 

Nul ne le sait parce que c'est maintenu dans le secret. La direction refuse de s'exprimer sur ces stratégies. On parle en ce moment de tractations par rapport au gouvernement. Mais il n'y a aucune réaction du parti. Aucun démenti. Tout cela est de nature à jeter le discrédit sur le FFS. Plus que cela, le coup de force électoral est en train de se décliner à l'intérieur du parti. Il y a un coup de force aujourd'hui contre ses instances légitimes, à savoir le Conseil national et les conseils fédéraux. La direction a mis en place des commissions administratives chargées de diriger les fédérations. Cela veut dire que cette direction est hors‑la‑loi. C'est qu'elle viole, elle‑même, les statuts et tente de disqualifier les instances légitimes du parti. C'est une situation qui n'est pas acceptable et je comprends que les militants réagissent en tenant des conseils fédéraux.

 

 

Et Hocine Aït Ahmed dans tout cela ?

 

J'ai beaucoup d'affection pour lui. Et j'ai du mal à croire qu'il ait été embarqué dans ce type de compromissions. Aït Ahmed est un vieux militant de la cause nationale. Quelqu'un qui a refusé de marchander l'éthique politique. Je ne pense pas un instant qu'il puisse le faire au crépuscule de sa vie. J'espère aussi qu'il ne laissera pas le parti se décrédibiliser à ce point‑là. J'attends une réaction forte de Hocine Aït Ahmed. J'ai appelé à une conférence des cadres parce qu'il est important d'unifier le parti. Nous sommes dans une conjoncture vraiment difficile. Les ingrédients d'une future explosion sociale sont là. Je souhaite que le FFS se rassemble pour défendre l'autonomie de décision du parti. C'est à dire la construction d'une alternative démocratique à partir de la société et non pas à partir des appareils du système.

 

 

Ne pensez‑vous pas que les ingrédients d'une implosion du FFS sont là aussi ?

 

Certains éléments de la direction prennent en otage le parti au service de certains cercles du pouvoir qui mettent en danger le FFS. L'explosion du FFS peut avoir lieu quand on met de côté les instances légitimes du parti. Moi, je suis pour le rassemblement. L'appel est lancé par des militants aussi. Je pense qu'il doit être entendu par le président du parti.

 

 

Vous parlez de certains éléments de la direction. Qui dirige le FFS, réellement, aujourd'hui?

 

La direction a perdu toute autonomie de décision. Le FFS est dirigé de l'extérieur, par certains cercles du pouvoir.

 

 

Selon vous, quelle est la démarche à suivre pour sauver le parti ?

 

Il faut isoler ces éléments minoritaires et que tout le monde connaît, aller vers le rassemblement et puis préserver la ligne politique du parti. Il y a un vrai problème de fonctionnement démocratique au FFS et il ne date pas d'aujourd'hui. Mais le problème est aussi politique. Il s'agit de préserver l'autonomie de prise de décision du FFS.

 

Avez‑vous obtenu une réponse concernant l'organisation de la conférence nationale des cadres du parti ?

 

Je n'ai toujours pas eu de réponse. Je vous invite à poser la question à la direction du FFS.

 

 

Considérez‑vous la dernière lettre envoyée par Aït Ahmed aux militants comme étant une réponse à votre proposition ?

 

Non. Mais je suis triste de voir comment ce courrier a été exploité. D'abord en le rendant public. Il y a eu des crises au sein du parti mais les formes ont toujours été respectées, même si on ne pouvait pas partager l'éviction de cadres de valeur. Mais appeler à une purge et à un lynchage est digne des partis staliniens. Ça porte atteinte à l'image du parti. Je rappelle que le FFS est membre de l'Internationale socialiste. Donc proche du Parti socialiste (PS) français. Lors du référendum sur la constitution européenne, quelqu'un comme Laurent Fabius a pris une position différente de celle de son parti. Cela n'a pas poussé la direction du PS à l'exclure. Est‑ce qu'on n'est pas capable de construire un parti démocratique ? De donner l'exemple d'un fonctionnement démocratique ? La réaction de la direction du FFS et ses menaces à l'encontre des cadres et des militants est un signe de faiblesse politique qui masque une véritable compromission. J'appelle à la raison. Il est temps de restituer le FFS aux militants. On n'a pas le droit de sacrifier les idéaux du FFS.

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