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Publié par Saoudi Abdelaziz

Réduire le pouvoir d’achat par l’inflation reste un mode de gestion aléatoire. Encore faudrait-il que ce soit un choix délibéré, et non subi.


L’opération a été aussi discrète qu’efficace. En quelques semaines, le dinar algérien a perdu près de dix pour cent de sa valeur par rapport à l’euro, au moment même où la monnaie européenne cédait à son tour face au dollar et aux autres grandes monnaies. Pour les économistes, il s’agit d’une dépréciation significative du dinar, voulue par le gouvernement algérien. Car c’est désormais l’Exécutif qui fixe la parité du dinar, depuis la révision de la Loi sur la monnaie et le crédit, qui a entamé, à la fois, la crédibilité et l’autonomie de la Banque Centrale.

Comme toute opération monétaire, le choix d’une dévaluation a ses motivations, ses aspects positifs et son revers. Pour un gouvernement qui a échoué à maitriser le boom des importations, elle peut constituer un ultime recours. Car depuis des années, le gouvernement assiste, impuissant, à une augmentation régulière des importations, qui ont dépassé le cap des 56 milliards en 2011, entre biens et services.

Comme, en parallèle, le gouvernement a décidé de dépenser toujours plus pour acheter la paix sociale, son choix le plus constant est d’encourager la disponibilité des produits, de tous les produits, pour éviter la moindre tension et prévenir ainsi les traditionnelles pénuries. C’est un choix qui encourage fortement le recours aux importations, aux détriments d’une maitrise saine de l’économie.

 

Mais quand le politique fait ces choix, l’économiste est contraint de trouver des acrobaties pour amortir le choc. Un des mécanismes les plus courants en pareille situation est de tenter de récupérer une partie de l’argent distribué sous forme de taxes. La baisse du dinar face aux devises fortes provoque mécaniquement une augmentation des coûts, et donc des taxes. Et comme il s‘agit de taxes douanières prélevées à la source, le gouvernement est encouragé à y recourir, car elles sont, avec les taxes sur salaires, les plus faciles à collecter.

Revers de la médaille, ce choix de la dépréciation provoque une inflation importante. Une inflation en partie importée, car liée aux prix des produits en provenance de l’étranger. Malgré la hantise qu’elle constitue pour tout gestionnaire, l’inflation apparait presque comme un moindre mal, face au rythme démentiel de l’augmentation du volume global des importations.

Mais dans le cas algérien, la situation est aggravée par une inflation née, elle, de l’injection massive d’argent sur le marché de la consommation, sans qu’il y ait d’effort parallèle en matière de production. Les augmentations démesurées de salaires, consenties pour éviter une explosion sociale et une éventuelle contamination du « printemps arabe »,  ont provoqué une énorme pression sur le marché de la consommation. La viande nettement au-dessus de mille dinars en constitue un des exemples les plus spectaculaires.

Plus aucun secteur n’est désormais épargné. En attendant des chiffres fiables des institutions spécialisées, il est probable que l’inflation, entre l’été 2011 et l’été 2012, frôlera ou atteindra les deux chiffres. Seul le maintien de certaines subventions (pain, lait, etc.) et les prix administrés d’autres produits (électricité, eau, gaz, carburants), permet de contenir l’inflation dans des limites contrôlables. Mais le dérapage parait désormais inévitable, tant la pression est devenue forte. D’ores et déjà, certains produits, traditionnels placements pour de nombreux foyers, sont hors de prix, comme le logement.

Ce résultat était attendu. Il s’est produit avec un peu de retard, le gouvernement ayant réussi à étaler dans le temps ces injections massives de revenus pour atténuer leur effet sur l’économie. Mais il était inévitable, car les Algériens ont deux motifs supplémentaires de multiplier les achats. Le premier est lié à un effet de rattrapage. Le second est lié au manque de débouchés pour les familles à revenu moyen ou élevé : où placer leurs économies ? A l’exception de l’immobilier, aucune formule d’épargne intéressante n’est proposée. Même les banques étrangères, supposées apporter leur savoir faire en ce domaine, n’ont pas réussi à surmonter le peu d’attractivité du marché algérien. Ce qui aggrave la frénésie de la consommation, car on sait qu’une somme non utilisée perdra de sa valeur très rapidement.

Autre effet pervers de cette inflation galopante, la distorsion des prix dans le pays, déjà problématique, a atteint un seuil caricatural. Le kilo de viande, qui valait déjà 100 baguettes de pain il y a six mois, en vaut désormais 150. Le même kilo de viande vaut cinquante litres d’essence ou de lait. Ce grand écart contribue évidemment à tuer le tissu économique.

C’est le prix à payer pour ce mode de gestion. Avec toutefois une réserve : on ne sait si la gestion par l’inflation est un choix du gouvernement, même si c’est le pire des choix, ou si le gouvernement tente seulement d’amortir le choc, en subissant des évènements sur lesquels il n’a aucune emprise.

 

Abed Charef, 24 janvier 2012. La Nation.info

 

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