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Publié par Saoudi Abdelaziz

Crise des dettes souveraines et nouveaux traités européens

 

Par Christophe Ventura

 

(…) Comme le décrivait déjà Karl Marx dans son chapitre du Capital (livre I) intitulé « Genèse du capitaliste industriel », « la dette publique opère comme un des agents les plus énergiques de l’accumulation primitive. Par un coup de baguette, elle dote l’argent improductif de la vertu reproductive et le convertit ainsi en capital, sans qu’il ait pour cela à subir les risques, les troubles inséparables de son emploi industriel et même de l’usure privée. Les créditeurs publics, à vrai dire, ne donnent rien, car leur principal, métamorphosé en effets publics d’un transfert facile, continue à fonctionner entre leurs mains comme autant de numéraire. Mais, à part la classe de rentiers oisifs ainsi créée, à part la fortune improvisée des financiers intermédiaires entre le gouvernement et la nation - de même que celle des traitants, marchands, manufacturiers particuliers, auxquels une bonne partie de tout emprunt rend le service d’un capital tombé du ciel - la dette publique a donné le branle aux sociétés par actions, au commerce de toute sorte de papiers négociables, aux opérations aléatoires, à l’agiotage, en somme, aux jeux de bourse et à la bancocratie moderne. »

 

Au fond, l’objectif et les mécanismes ont peu évolué. Gouvernements et principaux partis de l’oligarchie (qu’ils soient aujourd’hui conservateurs ou sociaux-démocrates) agissent pour faciliter cette « aliénation de l’Etat » aux intérêts de la rente à laquelle ils sont d’ailleurs souvent directement associés : la classe des gouvernants transite de l’Etat au secteur privé, de l’industrie à la haute finance, de la banque à la direction d’un pays, etc. Plus qu’une stratégie planifiée et conspiratrice, la prédation de l’Etat et de ses richesses publiques est le fruit d’une action menée par les différentes fractions - parfois concurrentes - de la classe dirigeante pour laquelle il n’existe pas d’autre mouvement du réel que celui du capital, de sa logique et de ses intérêts.

 

Pour cette oligarchie, la reproduction de ce capital est, en toute circonstance, l’ultime raison d’Etat. Elle est nécessaire au maintien du monde tel qu’il est. Et, pour ce faire, la vampirisation des finances publiques doit s’accompagner d’une politique visant à organiser, toujours et encore, l’extension des secteurs économiques et sociaux dans lesquels la logique de marché, du capital et de l’accumulation peut être instillée. Le moyen : lever tous les obstacles pouvant se dresser contre elle (droits sociaux, salariaux et syndicaux). D’où également la nécessité, sur le plan politique, de contourner la souveraineté populaire autant que de besoin lorsque les intérêts supérieurs du capital sont en jeu ou en danger. C’est ici toute l’histoire de la construction européenne et particulièrement celle qui, aujourd’hui, est à l’œuvre avec les deux nouveaux traités en cours de ratification (…).

 

 

Christophe Ventura, 18 avril 2012. TEXTE INTEGRAL :   Mémoire des Luttes

 

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