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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

"Le soutien d’une partie de l’extrême gauche (Front Populaire) complique davantage encore la détermination de ce qui fait l’essence de Tamarrod, un mouvement fait à la fois de déçus du scrutin de 2012, de nostalgiques, d’opportunistes, mais aussi d’anti islamistes épidermiques tentés de fermer les yeux sur un coup de force immoral au regard de l’éthique démocratique (recours à l’armée, alliances contre-nature, président Morsi fraîchement élu, etc.)".

 

 

 

 

 

 

 

 

Nidaa Tounes en a rêvé, l’Egypte l’a fait

 

 

Seif Soudani

 

Par Seif Soudani, 7 juillet 2013, Nawaat.org

 

 

 

 

 

 

Complexes, les récents évènements en Egypte restent pourtant simples à bien des égards. S’agissant des deux processus révolutionnaires respectifs en Tunisie et en Egypte, un élément de taille biaise la donne dans ce dernier pays : la révolution du 25 février ne s’est jamais réellement affranchie de ce péché originel qu’est une armée toujours aussi hégémonique. Un vieux contentieux jamais vraiment réglé l’oppose inlassablement aux Frères.

 

Les tenants du récit officiel de la « révolte populaire » du 3 juillet omettent de s’attarder sur le rôle littéralement providentiel de l’armée. Coup d’Etat post-moderne, « révolution assistée », encadrée, ou manipulée ? La nature réelle de cet ovni hybride tient en grande partie à la personnalité même du général al Sissi.

 

Tel un dramaturge omnipotent assénant un deus ex machina, ce sont ses hélicoptères de guerre qui ont largué à grands renfort d’effets spéciaux de laser verdoyant ces drapeaux « tombés du ciel » sur une foule certes hétéroclite. On en verserait presque une larme tant ce méga show fait appel aux ressorts habituels mais encore efficaces du nationalisme le plus convenu.

 

Le conte de l’armée se rangeant aux côtés du peuple serait idyllique si ce n’était le long historique des armées en la matière, des bruits de bottes qui ne se sont jamais avérés très democracy-friendly.

 

Nous pourrions nuancer en insistant sur le fait que l’armée a mis en place un civil pour assurer l’intérim. Mais quand le voile tombe sur l’épilogue, c’est bien Abdelfettah al Sissi qui prend la parole debout, entouré notamment d’hommes de religion assis, pour orchestrer une partition elle aussi bien réglée. Pour la révolution sans représentants des cultes, il faudra repasser.

 

Et si vous aviez quelques doutes quant au caractère contre-révolutionnaire de l’opération, les arrestations massives conformément au bon vieux principe du délit d’appartenance, sont immédiatement là pour sceller le retour à la case départ, tout comme la censure de chaines religieuses mais aussi d’al Jazeera Direct.

 

Le génie inconscient du peuple tunisien aura probablement été de « déposer » un chef d’état-major des armées dont on découvrait quelques jours avant les évènements en Egypte qu’il ne se contentait plus non plus de sa mission de militaire. De quoi garantir qu’en Tunisie, les Frères ne renoueront pas de sitôt avec un statut qu’ils affectionnent : celui de victime

 

 

 

 

Vers une « révolution bourgeoise » ?

 

 

La personnalité du « centriste intéressé » al Baradei donne aussi à voir quelques similitudes avec l’expérience tunisienne qui là aussi a un train d’avance. Après avoir lui aussi accouru pour contribuer au premier gouvernement de transition de Mohamed Ghannouchi, Ahmed Néjib Chebbi défend aujourd’hui l’actuel projet de Constitution.

Pour trouver dans l’échiquier politique tunisien ceux qui sont les plus enthousiasmés par le mouvement Tamarrod égyptien, il faut se tourner d’abord vers tout ce qui se trouve à droite de l’ex PDP : Nidaa Tounes et l’ex Afek Tounes. C’est là un enseignement important sur les orientations idéologiques d’un mouvement qui se dit apolitique.

L’une des interrogations persistantes autour de « Tamarrod » est en effet celle de savoir si le dénominateur commun de ses partisans c’est être anti islam politique, ou bien plus largement anti révolution elle-même, une révolution coupable d’avoir bénéficié aux Frères.

Le soutien d’une partie de l’extrême gauche (Front Populaire) complique davantage encore la détermination de ce qui fait l’essence de Tamarrod, un mouvement fait à la fois de déçus du scrutin de 2012, de nostalgiques, d’opportunistes, mais aussi d’anti islamistes épidermiques tentés de fermer les yeux sur un coup de force immoral au regard de l’éthique démocratique (recours à l’armée, alliances contre-nature, président Morsi fraîchement élu, etc.).

 

 

 

 

 

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