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Publié par Saoudi Abdelaziz

Sadek HadjerèsDR

 

 

Débat Syrie – Algérie dans « La Nation-infos »

 

Par Sadek Hadjerès

 

Les débats autour des évolutions tragiques en Syrie ont nécessairement des résonances et des connotations algériennes, directes ou indirectes. Et comme partout ailleurs dans le monde, ces évènements ont suscité des questionnements légitimes au sein des gauches démocratiques et radicales.

 

La contribution de Hocine Bellaloufi dans la « Nation en ligne » de cette semaine me paraît un effort d’évaluation concrète. Son mérite est de ne pas rester prisonnière des seuls a-priori subjectifs ou idéologiques y compris les plus valables. Une approche qui, prenant en compte les rapports de force en évolution et les réalités de terrain, doit selon l’auteur servir à terme et en profondeur les intérêts du changement démocratique, dans une scène nationale et internationale marquée par la complexité des enjeux économiques et stratégiques.

 

Une complexité que les hégémonismes rivaux aggravent au détriment des aspirations nationales et populaires à la paix, à la liberté, à la justice sociale. Il ne faut pas s’étonner si dans les luttes pour la conquête et la préservation des indépendances nationales, les défenseurs conséquents du contenu et des voies démocratiques, payent le prix le plus élevé et le plus ingrat pour leurs efforts autonomes d’union et de rassemblements dans l’action, en proie aux tirs croisés hégémonistes. Ce fur le cas à toutes les étapes de l’Histoire de l’Algérie ainsi que du monde arabe et islamique depuis les années 20 du siècle dernier.

 

Les préoccupations exprimées dans la contribution de Hocine Bellaloufi ou dans l’éditorial de Salima Ghezali me paraissent complémentaires et non opposables. Cette complémentarité mérite d’être étayée sur les expériences vécues par nos peuples, même si de nombreux faits et zones d’ombre restent encore à éclairer dans l’opinion qui a néanmoins fait reculer nombre de réactions subjectives initiales suscitées par les propagandes hégémonistes.

 

L’un des enseignements majeurs à tirer d’une comparaison entre les processus qui se sont déroulés en Syrie et en Algérie durant les décennies écoulées, malgré des différences importantes dans les contenus et les contextes, c’est à mon avis le point commun suivant : dans les deux cas c’est les pressions et les chantages à l’alignement inconditionnel qu’exercent sur les forces démocratiques et de progrès social les groupes d’intérêt hégémonistes qui cherchent à préserver ou conquérir leur suprématie en s’affrontant les armes à la main. Dans les deux cas, le piège aggravé par la complexité des situations consiste, y compris à l’échelle internationale, à croire que la contradiction se réduit à l’affrontement entre pouvoirs en place et les autres forces d’opposition. Le problème est plus profond et lié, à l’interne comme à l’externe, aux intérêts économiques et géostratégiques des uns et des autres.

 

Le clivage fondamental et déterminant pour l’avenir des peuples concernés est celui qui oppose les partisans d’issues et solutions politiques, pacifiques et négociées, aux va-t-en guerre locaux, régionaux et internationaux qui prétendent réaliser leurs projets par la violence armée, le rejet proclamé de tout compromis négocié et la mise en œuvre par voie médiatique de tous les moyens de division claniques, ethniques et idéologiques. C’est ce clivage fondamental qui distingue à l’échelle internationale les fermes positions de principe de la Russie, Chine, BRICS et nombre d’autres Etats du Tiers Monde, de la vaste conspirations des « Amis de la Syrie » occidentaux, coalisés sous le parapluie de l’OTAN pour une issue guerrière sans merci semblable à celles qu’ils ont cru avoir réussi au Kosovo, en Irak, Afghanistan, Côte d’Ivoire, Libye, en attendant de nouvelles aventures d’apprentis-sorciers au Sahel africain.

 

La voie la plus valable pour le présent et l’avenir des forces démocratiques et de progrès confrontées à des dramatiques imbroglios, passe par une autonomie de pensée et d’action dans des formes appropriées à réinventer et réadapter en permanence. L’un des exemples emblématiques de ces efforts d’autonomie liés à l’intérêt national, coûteux en tensions et sacrifices, est celui réalisé par le PCA durant la guerre de libération, dans un contexte particulier caractérisé par les pressions insoutenables exercées sur l’ensemble des acteurs et la population par les différents protagonistes armés.

 

Le fil conducteur des efforts à venir ce ne sera pas une mince affaire de s’y tenir reste à mon avis le même que par le passé : les axes de la libération de l’oppression et de l’exploitation quelles qu’en soient les formes et les étapes, sont inséparables. Le succès dépend du degré et de la façon avec lesquels les acteurs progressistes parviennent à articuler positivement les composantes du trépied imposé par les réalités : les intérêts de la lutte anti-impérialiste, les aspirations démocratiques et des besoins concrets de justice sociale. Qu’une des composantes vienne à manquer ou à faiblir, c’est l’avenir dans son ensemble qui est compromis, souvent gravement et pour longtemps. Que ces composantes interagissent dans un climat plus ouvert aux solutions et à la culture du débat, et les chances de meilleures issues pour les peuples, les sociétés et les Etats s’en trouvent renforcées.

 

Les patriotes conséquents, le mouvement ouvrier syndical et politique, les culturalistes mus par de sincères aspirations démocratiques et le respect des droits humains, savent à quel point cette triple exigence est plus facile à exprimer qu’à mettre en œuvre. Raison de plus…

 

Sadek Hadjerès, 28 juillet 2012. Publié le 31 juillet 2012 par socialalgerie.net

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