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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

J’avais raté ce reportage de Delphine Minoui intitué  « Égypte: le vote qui conforte les partisans de l'ancien régime ». Je ne résiste pas au plaisir de le mettre en ligne.

 

 

 

La grosse dame aux fausses lunettes Yves Saint Laurent a mis ses souliers vernis réservés aux fêtes de mariage. «Ceux qui votent non à la Constitution sont des terroristes!», s'époumone-t-elle, en glissant fièrement son bulletin dans l'urne. Ce mardi matin, pour soutenir le référendum organisé par le chef des armées en faveur d'une nouvelle Constitution, Amina Adly Kasseb est une des premières à avoir trottiné jusqu'au lycée Abbas al-Akkad du Caire, transformé en bureau de vote. Dehors, des soldats en uniforme montent la garde, l'œil alerte, sous une farandole d'hélicoptères qui rasent le ciel. L'établissement scolaire a été placé sous protection renforcée: il se trouve en plein cœur de Nasr City, non loin de la mosquée Rabaa al-Adawiya, où les Frères musulmans ont tenu cet été leur sit-in avant d'en être violemment chassés par l'armée.

 

 

«On finira par avoir leur peau!», insiste l'Égyptienne, sur un ton vengeur. En ajoutant: «Ils avaient déployé leurs tentes jusque sous nos fenêtres. Ça puait. On ne pouvait plus respirer. En plus, ils nous regardaient bizarrement. Je n'osais plus sortir de chez moi.» A-t-elle vu des armes circuler? A-t-elle été personnellement menacée? «Non, mais à la télévision, on les a vus tirer sur les soldats, on a vu les cadavres de leurs victimes», poursuit-elle, en reprenant maladroitement les informations véhiculées par la télévision égyptienne. En fait, la revanche d'Amina a des origines bien plus profondes - et plus inquiétantes pour l'avenir de la démocratie en Égypte. Cette femme de 63 ans n'a pas manifesté, le 25 janvier 2011, contre Moubarak, «un homme respectable», insiste-t-elle. Pour cette «feloul» («résidu» de l'ex-régime, selon le jargon des activistes égyptiens), sortie du bois au début de l'été, la «vraie révolution» n'a qu'une date: le 30 juin, jour des manifestations anti-Morsi, à l'origine de son éviction par l'armée. Et du retour d'un État policier.

 

 

Imbaba, quelques heures plus tard. Au petit matin, juste avant l'ouverture des bureaux de vote, un attentat - non revendiqué - y a pulvérisé la façade du tribunal de l'avenue Soudan sans faire de victime. Dans ce quartier populaire du Caire, une petite foule en émoi piétine le trottoir qui longe le bureau de vote le plus proche. «Rien, pas même la mort, ne m'empêchera de voter!», martèle Abdel Aziz, la trentaine, un pin's du général Sissi sur sa veste. «Oui! Oui! Oui!», répondent à l'unisson les quelque vingt personnes qui font la queue. On est loin des débats animés qu'avaient connus les électeurs, lors du précédent référendum. Comme si la peur avait cousu les lèvres de ceux qui osent penser différemment.

 

 

C'est qu'à la veille du scrutin, la répression est montée d'un cran, s'attaquant non seulement aux proches de la Confrérie, mais également aux militants laïcs anti-armée, parmi lesquels de jeunes révolutionnaires de la première heure. Selon l'organisation Human Rights Watch, sept activistes ont été arrêtés pour avoir fait campagne en faveur du non. Signe d'une ambiance particulièrement électrique, de nombreux pro-Frères ont bataillé toute la journée avec les forces de l'ordre en marge des bureaux de vote. En début de soirée, le bilan s'élevait à huit morts.

 

 

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Ouas Ziani 27/01/2014 13:10

Les Fouloul....de l'Egypte Moderne; Cette femelle confirme que ce ne sont pas les Francis Arabes Modernes qui manquent dans notre région. Une chose est sûre, De Gaulle nous a berné avec cette
appellation de monde arabe, c'était peut être un lapsus. Et s'il voulait dire le monde pied-noir ? Avec cette inflation d'OAS, ce ne serait pas un abus de langage.