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Publié par Saoudi Abdelaziz

A l’époque, l’objectif de la publication du cahier était l’abolition de la torture et le jugement des tortionnaires. Les victimes qui ont eu le courage de se libérer de leur peur ont réussi à «dénoncer à l’époque les mensonges officiels, le silence et l’oubli qu’on a voulu imposer ». Elles ont en commun la jeunesse, mais elles viennent de toutes les couches sociales.

 

Menad Hamid, 25 ans, épicier à Boufarik, raconte : « J’ai été arrêté le 9 octobre 1988 par la Gendarmerie nationale. Ils m’ont confisqué l’équivalent de 7 millions de centimes de marchandise non facturée. Pour eux, il s’agit de marchandise volée de l’Onaco lors des évènements (…) Le capitaine de gendarmerie n’a pas attendu d’être au poste pour commencer à me porter des coups. Dès que je suis arrivé, six ou sept gendarmes se jetèrent sur moi, me mirent par terre et m’assenèrent de violents coups de pied sur toutes les parties du corps,, y compris à la tête. Ils m’ont sodomisé à l’aide d’une bouteille et ont introduit dans mon anus tout ensanglanté de la harissa, ils m’en ont fait manger 500 g, m’ont suspendu avec des chaînes et donné des coups avec un manche de pioche. Ils m’ont déplacé la mâchoire et simulé une exécution par l’adjudant chef Madjid (…). Pour n’avoir pas confirmé les dires du rapport de gendarmerie devant le juge d’instruction, j’ai été de nouveau torturé (…) »

 

Sellam Mohamed, arrêté le 28 octobre à la cité du Vieux stade à Staouéli. Des gendarmes ont pénétré dans son domicile sans mandat et armes au poing. « A la brigade de gendarmerie de Zéralda, on m’assena un coup de cross à la joue. Le sergent-chef en personne m’a arraché les moustaches et m’a forcé à les manger. Je ne savais plus si j’était une bête ou un être humain… »

 

Hacène Benazouz, 35 ans, directeur du dépôt de l’Onamo, a été arrêté par la police le 4 octobre à la sortie de son travail, rue Didouche Mourad, par deux individus, pour soi-disant une vérification de papiers. Embarqué dans une 504 blanche, il a vécu une véritable descente aux enfers. « A l’arrivée, ils m’ont mis une cagoule (…) on m’accusa d’être responsable du PAGS. On me fit croire qu’ils sont passés à la torture physique. Ils ont utilisé de l’électricité en plaçant des électrodes sur une oreille et son mon sein droit. Pendant trois trois jours, des cris inhumains provenaient à mes oreilles »

Chaba Mohamed Lamine, maître-assistant à l’école polytechnique d’El Harrach, a été arrêté durant la nuit du 4 octobre et ne fut relâché que le 12 octobre au soir pour s’être solidarisé avec son collègue Kateb Kamel, arrêté par la police. « Le premier qui m’a interrogé s’est présenté de la DGSPS (…) ils m’ont mis tout nu et m’ont attaché les mains derrière le dos avec des menottes, sur un sommier métallique, ils me branchaient des pincettes aux oreilles, après à chaque fois au sein gauche et au sexe, versaient de l’eau sur mon corps, me mettaient de l’eau sur mon corps, me mettaient un chiffon des fois imbibé d’eau, des fois d’urine dans la bouche et le poussaient avec un bâton, tout en actionnant l’électricité », il y avait quelqu’un derrière mis qui donnait des coups de bâton au sommier. C’était une résonance atroce, laquelle résonance bourdonnera encore dans ma tête quelques jours après ma sortie… »

 

Résonances atroces

 

Yahi Achour, 21 ans étudiant, a raconté qu’il a été arrêté le 11 octobre par quatre policiers de Réghaïa qui l’ont embarqué à bord d’une ambulance du secteur sanitaire. « On m’a conduit au commissariat central de Réghaïa. La cellule était pleine de jeunes (…) ils me firent monter chez le commissaire, qui me questionna sur de prétendus tracts du PAGS appelant les travailleurs à sortir manifester dans la rue et que j’aurais distribués. Et c’est là qu’a commencé la torture, avec différentes formes et usages : coups de poing, coups de pied, bastonnades, chiffon mouillé sur le visage (…) Les tortionnaires au nombre d’une dizaine se relayaient sur moi. Le lendemain, ils me conduisirent avec d’autres jeunes au commissariat de Boudouaou où j’ai passé trois jours. Nous étions 15 dans une cellule de 5 ou 6 mètres carrés… »

 

Le témoignages d’un adolescent de 17 ans, chômeur, était troublant : « J’ai été té arrêté par Griche Mohamed dit Kaci Saïd, policier de Staouéli, qui ma embarqué dans une 204. Arrivé au commissariat, il m’ frappé avec sa matraque et m’a dit que j’étais un repris de justice (…) Lors de l’interrogatoire, j’ai fini par avouer avoir pris les parasols. Le brigadier de police m’a mis son revolver dans la bouche et le policier me tapais dessus en me demandant de parler. J’ai refusé. Le policier Griche a ramené une bouteille et m’a fait asseoir dessus et il me tapait dessus avec la matraque et à coups de pied. Puis il m’a remis en cellule… » Le même policier infime est cité dans le témoignage n°23 : « On ma mis un chiffon sur le visage, on m’a bouché un nez et fait boire de l’eau mélangée à du crésyl contenue dans une bouteille à moitié enfoncée dans ma bouche ; et tout cela durant une vingtaine de minutes (…) On ma attaché avec du câble électrique par les pieds, la tête balançant dans le vide (...) Ensuite on m’a ramené un jeune garçon de seize ans entouré de trois policiers ? Ils l’on sodomisé après l’avoir menacé de lui faire comme moi. Un policier qui venait de rentrer dans la salle ayant pris connaissance de ce qu’on a fait à l’adolescent a remis sa carte de police, son pistolet et a déposé sa démission sur place en signe de protestation. »

 

Ce n’est là qu’une intime partie des récits de l’horreur contenus dans le cahier d’octobre 88. Les témoignages attestent que la répression a été préméditée. Des universitaires, est-il écrit dans le cahier, ont été arbitrairement arrêtés et torturés durant la nuit du 3 au 4 octobre alors que mes émeutes populaires n’ont commencé que le 5. « L’ampleur, la similitude des procédés, la dissémination de lieux de torture sur quasiment l’ensemble du territoire national apportent des preuves irréfutables sur le fait la torture a été programmée et institutionnalisée (…) Le tortionnaire, qu’il agisse sur ordre ou sur protection éclairée ou implicite, se considère, à l’instant même où il opère, mandaté, c’est-à-dire commis de l’Etat (…) C’est donc contre un système de résolution des problèmes politiques par la terreur que s’élèvent ces témoignages».

 

Dix ans après, que sont devenus ces tortionnaires qui, il faut le rappeler, n’ont jamais été inquiétés ? Ce qu’ils ont commis au nom des institutions de la République restera à jamais gravé dans la mémoire des victimes tant que justice ne sera faite.

 

Salima Tlemçani, 5 octobre 2008. El Watan,

 

Texte intégral en PDF du CAHIER NOIR D’OCTOBRE

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