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Publié par Saoudi Abdelaziz

Par Chiricahua

 

 

Depuis la proclamation des listes de cooptés, le concert des pleureuses collabos retentit dans les cieux. De quoi s'agit-il donc ? Des individus ont été choisis par le makhzen pour siéger dans une institution à lui, une institution qui se fait passer pour un parlement mais qui n'a d'autre pouvoir que celui de distribuer des primes faramineuses à ses membres. Qu'y a-t-il de nouveau ou de scandaleux à cela ? Ceux qui protestent mezza voce comme Bouguerra, ou qui vocifèrent comme Djaballah ou Louisa ignoraient donc ce que sait de science sûre tout Algérien normalement constitué ? Ceux qui se réfugient derrière des formules alambiquées (style FFS : « une sophistication du dispositif mis en œuvre par le pouvoir pour neutraliser, détourner et engranger à son profit le vote des Algériens» : Eh camarades socialistes ! Parlez avec la bouche qu'on comprenne !) croient-ils qu'ils pourront voiler le soleil de leur collaboration avec le tamis des mots ?

 

 

Il n'y a pas d'élections en Algérie : il n'y a qu'un système bien rodé de distribution de quotas à ceux qui font allégeance au pouvoir afin de les admettre -temporairement- au buffet froid de la prédation. Tous ceux qui participent à ce jeu le savent pertinemment et les cris d'orfraie hypocrites ou les déclarations ampoulées n'y pourront rien changer. Le bon peuple de ce pays, lui, s'est replié depuis des temps immémoriaux dans le silence et le mépris. Car il a vu, lui, les soi-disant révolutionnaires allumer la mèche de l'insurrection et aller se planquer derrière des frontières sûres, le laissant seul et sans défense face à l'armada coloniale. Il a vu, lui, comment les ouvriers de la onzième heure, ceux qui n'ont pas tiré une seule cartouche contre les forces armées ennemies, se sont emparés du pouvoir qu'ils ne cessent de pratiquer à la manière des despotes asiatiques qu'ils sont dans leur essence. Il les a vus se remplir les poches en pillant (El khatfa ! El khatfa !) le pays et ses ressources et se transformer en une nouvelle classe possédante, sans passé et sans culture, sans éthique et sans religion. Une sorte de colons, étrangers au pays, mais vivants évidemment sur le pays. Tout cela que le peuple sait, ceux qui se prétendent sa « classe » politique l'ignoreraient-ils ? Cette attitude digne et fière d'un peuple qui a tourné le dos à des potentats sans foi ni loi n'inspire-t-elle donc rien à cette « classe » politique ? S'il en est ainsi -et il en est bien ainsi- maudits soient ces partis préfabriqués qui pullulent de policiers déguisés en militants ! La lutte politique doit commencer par dévoiler leur véritable nature : Lénine a écrit un article célèbre sur « Ce que sont les amis du peuple... » par quoi il expliquait qu'il fallait lutter non seulement contre le pouvoir tsariste mais également contre les partis qui prétendent lutter contre lui mais qui, en réalité, trompent le peuple en obscurcissant les enjeux réels à ses yeux.

 

 

Cela dit, rappelons un événement qui aurait dû inspirer tant les pleureuses que les analystes qui s'échinent à tracer des plans sur la comète. En 2004, « l'élection » présidentielle avait été dramatisée à outrance, comme ces dernières « législatives » le furent à leur tour. Les missi dominici des services soufflèrent dans le tuyau des oreilles naïves ou complaisantes que l'armée avait fait son choix et qu'il se portait sur Ali Benflis. Tout le monde -presse autoproclamée « démocratique » au premier chef- se répandit en articles ou analyses sur le sort funeste désormais réservé à Bouteflika. Ce dernier put alors faire le tri entre le bon grain et l'ivraie, car de nombreux cadres se démasquèrent en apportant leur soutien à Benflis. Mais ce fut Bouteflika qui fut choisi. La presse soi-disant démocratique hurla à la fraude et demanda à l'armée d'intervenir pour chasser l'usurpateur et installer Benflis. Ce faisant, elle se discréditait -si tant est qu'il lui restait quelque crédit.

 

 

Lors des dernières « élections », tout a été fait pareillement pour faire croire que le pays et le pouvoir consentaient à une assemblée dominée par les islamistes. Il y avait d'abord tout l'environnement nouveau issu des insurrections arabes avec la montée de l'islamisme dans tous les pays voisins. Il y a aussi que Bouteflika paya de sa personne -lui qui ne bouge plus de chez lui-, y alla de plusieurs discours alarmistes et, cerise sur le gâteau, annonça que la «génération de novembre» était arrivée au bout du rouleau et qu'il était temps pour elle de passer la main. Diable ! Si le Président le dit ! Il y a également le «porte-voix» autorisé de la SM -M.C. Mesbah- qui répétait à l'envi qu'il n'était pas indiqué d'organiser des élections, laissant entendre par là que la SM n'était pas d'accord avec le Président. Dans ce climat, gageons que les partis islamistes agréés se sont empressés de se distribuer les postes ministériels. Ce qu'ils reçurent dans les gencives, c'est une majorité absolue d'agents FLN/RND pour la future « assemblée ». Adieu veau, vache, cochon, couvée ! Ils en ont été tellement estourbis qu'ils ont mis 48 heures avant de réagir pour ne rien dire. Et que pourraient-ils dire eux qui se sont compromis avec le pouvoir dans des proportions telles que leur avenir politique a paru suffisamment forclos pour que ce même pouvoir les jette au tombereau à ordures après les avoir pressurés ?

 

 

D'aucuns seront tentés par la lecture suivante : le Président voulait sincèrement promouvoir une majorité islamiste mais l'armée et/ou la SM l'en ont empêché. Le précédent de 2004 devrait invalider cette interprétation des faits. Quelles que soient, en effet, les contradictions -réelles, cela va sans dire- entre les différents cercles de pouvoir, ces derniers savent que leurs intérêts de caste sont désormais inextricablement liés -c'est même pour cela qu'ils ont inventé la notion de « famille révolutionnaire »- et qu'ils ne sont pas stupides pour les mettre en danger. D'autre part, il ne faut pas oublier que Bouteflika est un homme aux capacités manoeuvrières redoutables : Benbella en sait quelque chose qui l'avait congédié et qui reçut en retour le 19 juin, dont Bouteflika fut l'âme. Enfin, l'adage dit : « Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es. » Lors des élections présidentielles de Côte-d'Ivoire qui donnèrent Alassane Ouattara vainqueur -ce que refusa de reconnaître Laurent Gbagbo-, une très grave crise politique s'était ensuivie. Le monde entier condamna l'attitude de Gbagbo. Pas Bouteflika. Interrogé par les médias allemands sur le sujet, il avait répondu : « Gbagbo est mon ami. »

 

 

Laurent Gbagbo était connu sous le sobriquet de « boulanger » d'Abidjan, vue sa capacité à rouler tous ses adversaires dans la farine. Il est temps qu'Alger découvre son boulanger

 

Chiricahua, 14 mai 2012. l’Epître de la colère(4)

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