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Publié par Saoudi Abdelaziz

Faisons un peu de people. Les noms cités dans cette chronique de Marc Roche sont inconnus du commun des mortel, c'est-à-dire vous et moi. Ainsi nous apprenons que Lloyd Blankfein, le patron de Goldman Sachs, ce puissant fonds de pension -dont des employés sont aujourd’hui premiers ministres en Italie et en Grèce ou président de la Banque centrale européenne-, a affirmé "faire le travail de Dieu". Marc Roche nous rapporte quelques indiscrétions sur le fonctionnement de ce temple de la finance. « Si l'enseigne demeure nimbée de mystère, l'omerta prévalant traditionnellement en son sein fait eau de toute part ».

 Godman Sachs transige pour sauver son patron

  Par Marc Roche

 Quand c'est fini, ça recommence ! A peine la controverse planétaire provoquée par les attaques d'un ancien trader de Goldman Sachs, Greg Smith, l'accusant de mépriser l'éthique la plus élémentaire de la vie des affaires s'est-elle apaisée, voilà qu'un fonds de retraite de la fonction publique américaine, l'AFSCME, contraint la célèbre banque d'affaires new-yorkaise à modifier la structure de son conseil d'administration.

 

Alors que le fonds de pension souhaitait présenter une motion à la prochaine assemblée générale demandant la séparation des rôles de président et de directeur général occupés par Lloyd Blankfein depuis 2006, Goldman Sachs a préféré s'épargner un vote des actionnaires sur le sujet et trouver un compromis.

 Mercredi 28 mars, la banque d'affaires a annoncé la désignation d'un administrateur indépendant supplémentaire qui présidera le conseil en l'absence de M. Blankfein et aura la responsabilité d'évaluer le PDG chaque année

 Comment expliquer la célérité avec laquelle Goldman Sachs a tendu la main à un fonds de pension roquet qui mordillait furieusement ses talons ?

 Adieu, l'arrogance d'un Lloyd Blankfein qui affirmait - avec humour, dira-t-il plus tard - "faire le travail de Dieu". Fini, la morgue victorieuse de ces "moines-soldats", comme on appelle les banquiers de Goldman Sachs, qui écrasaient tout sur leur passage.

 Aujourd'hui, le temple et ses fidèles - au sein de la banque, on ne parle pas de job mais de mission - sont plus que jamais vulnérables.

 A l'évidence, l'AFSCME a profité du retentissement médiatique de la tribune libre publiée le 14 mars par Greg Smith dans le New York Times pour passer à l'offensive. A écouter M. Smith, ex-vendeur de produits dérivés, le culte de la victoire à tout prix a conduit l'institution à faire passer ses intérêts avant ceux de ses clients.

 Il faut dire que la banque reste percluse de conflits d'intérêts. Par exemple, en 2011, El Paso, groupe de production et de transport de gaz naturel, accepte de fusionner avec Kinder Morgan, entreprise de pipelines et de stockage. Or Goldman Sachs était la banque-conseil du premier et détenait dans le plus grand secret une partie du capital du second.

 Plusieurs affaires récentes confirment l'affaiblissement d'un empire qui a perdu son lustre d'antan.

 Ainsi, lors de l'augmentation du capital de la banque italienne Unicredit, Bank of America avait été préférée à Goldman Sachs pour être l'établissement chef de file sur la transaction.

 RÉBELLION

 Furieuse de cette mise sur la touche, cette dernière avait organisé une rébellion avec les autres banques américaines participant à l'opération pour reprendre les choses en main. Refusant d'obtempérer, Unicredit avait immédiatement remplacé Goldman Sachs par deux banques françaises qui ont conclu la transaction avec succès à la fin janvier.

 Si l'enseigne demeure nimbée de mystère, l'omerta prévalant traditionnellement en son sein fait eau de toute part. D'autant que modèle de collégialité, la compagnie est actuellement minée par les luttes internes, alors que la bataille pour la succession de M. Blankfein a commencé.

 Les candidats s'activent, à l'instar de John Weinberg, le vice-président, de Michael Evans, chargé des marchés émergents, ou de David Viniar, le directeur financier.

 Sans oublier les deux plus proches lieutenants de "Lloyd", son numéro deux et homme lige, Gary Cohn, et Michael Sherwood, le coresponsable du trading. En effet, certains doutent aujourd'hui de la capacité du PDG à définir un cap, alors que les fusions-acquisitions végètent, que le trading, la grande spécialité maison, régresse en raison de l'interdiction désormais faite aux banques américaines de spéculer sur les fonds propres et que la concurrence fait rage dans le secteur de la gestion de patrimoine.

 A 57 ans, M. Blankfein se cherche et ça se voit. Les mauvais résultats 2011, le départ de plusieurs grosses pointures et la baisse des bonus l'ont visiblement déstabilisé.

 Mais à court terme, malgré l'affaire AFSCME, M. Blankfein n'apparaît pas menacé. Le PDG peut compter sur le soutien du Management Committee, le saint des saints, et d'une majorité des clients. "Les gens de Goldman ne sont pas des enfants de choeur, mais ils savent que leur avenir dépend du maintien de la confiance des clients", assure Brad Hintz, analyste new-yorkais du secteur bancaire.

 Et maintenant ? Dans la foulée de la concession faite au fonds de retraite AFSCME, M. Blankfein songerait à se séparer de la direction générale de la banque, qui pourrait être confiée à Gary Cohn.

 

Marc Roche, 29 mars 2012. Le Monde.fr

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