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Publié par Saoudi Abdelaziz

Il ne faut pas se leurrer. Le veto de la Chine et de la Russie contre une résolution condamnant la terrible répression menée par le régime syrien contre la contestation populaire n'a rien de surprenant. Ni d'ailleurs l'abstention de l'Inde et de l'Afrique du Sud. Ni le discours «indigné» des Occidentaux. Pas plus que nous n'avons été surpris de la promesse du veto des Américains contre les Palestiniens et du refus de pays occidentaux d'accepter un Etat palestinien.

 

Le bal des hypocrites peut continuer et il ne leurre que ceux qui le veulent bien. Le Conseil de sécurité n'est pas une enceinte démocratique où l'on défend la démocratie et les droits de l'homme. Qu'on se le dise. C'est un espace qui exprime le rapport de force du moment et ses fluctuations. Et où des Etats manœuvrent, comptent les coups et réagissent. Les Américains se moquent parfaitement des droits des Palestiniens. Ils ont déjà usé plusieurs fois de leur droit de veto contre eux et ils ont annoncé qu'ils le feront encore. Pour les Américains, les Palestiniens n'ont pas droit à la liberté. Et ils se moquent – nous le pensons tous au fond – totalement des droits des Syriens mais ils n'aiment pas le régime en place. Un régime qu'ils ne veulent d'ailleurs pas détruire, contrairement aux apparences, mais affaiblir et neutraliser.

 

Haussons donc les épaules sur la colère cinématographique de la représentante américaine au Conseil de sécurité. Les Russes et les Chinois se moquent des libertés des Syriens, eux aussi. C'est indéniable. Leurs discours réitérés sur le soutien aux peuples est creux. Ce qui leur importe en Syrie, c'est de ne pas perdre des positions. Et de sauver la face. De montrer qu'ils ont encore du poids et qu'on ne fait rien sans eux. Ils signifient qu'ils ne laisseront pas les Occidentaux les «rouler» comme ils l'ont fait pour la Libye. En acceptant de laisser passer une résolution léonine sur la Libye, ils avaient permis aux Occidentaux de faire ce que bon leur semble. Et de faire une démonstration de puissance à leur détriment. Car, une fois la résolution 1973 adoptée, la gestion de l'affaire libyenne a réduit la Russie et la Chine, ainsi que des pays comme l'Afrique du Sud, au rang de spectateurs impuissants.

 

En opposant leur veto à la résolution sur la Syrie, ils ont signifié qu'on ne les y reprendra pas. Washington, comme Paris ou Londres, savait que le précédent libyen laisserait des traces profondes sur le fonctionnement du Conseil de sécurité. Et que la méfiance restera de mise, même s'ils jurent, la main sur le cœur, qu'ils ne cherchent pas à intervenir militairement en Syrie. Le jeu des puissances peut instrumentaliser les mouvements des peuples, il n'est pas à leur service et il ne cherche pas des objectifs moraux. Toute autre assertion n'est qu'hypocrisie.

 

Les Syriens, comme les Palestiniens, sont bien seuls face aux régimes qui les oppriment. Ceux qui mènent le combat pour la liberté et pour les droits peuvent, bien entendu, saisir des opportunités dans le jeu des puissances. Mais ils se tromperaient s'ils fondaient leur stratégie sur ce jeu-là. Ils doivent compter sur eux-mêmes, sur leur capacité à rassembler et sur le soutien des autres sociétés. Les puissances sont des monstres froids. Que cela s'exprime par un veto américain ou russe.

 

K. Selim. 8 octobre 2011. Editorial du Quotidien d’Oran  …

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