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Publié par Saoudi Abdelaziz

Novembre 1962: interdiction du Parti communiste algérien.Témoignage d'un jeune adhérent

Par Saoudi Abdelaziz

Le 30 novembre 1962, Ben Bella dissout par décret le Parti communiste algérien. A l’annonce de cette nouvelle, ma première réflexion a été prosaïque : que faire des dizaines d’exemplaires encore invendus de « Liberté », l’organe central du Parti. Allaient-ils me rester sur les bras ? Il ne fallait pas trop réfléchir. Pour écouler le stock, un seul itinéraire rapide : de la grande Poste à la Place du Gouvernement. De terrasse en terrasse de café j’ai épuisé mon stock, parfois en faisant jouer le scoop : « lisez le journal du parti dissous ».

 Je venais d’avoir dix huit ans, quatre semaines auparavant. Il y avait une vraie griserie à vendre illégalement la presse de mon parti désormais interdit. Cette griserie de la clandestinité, j’aurais à l’éprouver pendant les vingt années qui suivront.

J’avais adhéré au PCA quelques mois plus tôt après avoir écouté Bachir Hadj Ali défendre la Révolution cubaine au cinéma Dounyazad, rue Abane-Ramdane. C’était pendant la « crise des fusées».

Avant cette adhésion, j’étais un peu déboussolé, en rupture de ban du FLN, dont j’avais été un fervent militant de la section universitaire, d’abord à l’internat du lycée Bugeaud (Emir-Abdelkader après l'indépendance) à partir de l’automne 1960, puis après le cessez le feu  à la Casbah où, parmi nos tâches, nous avions encadré et scolarisé les enfants et les jeunes dans les écoles désaffectées pour les mettre à l’abri des exactions meurtrières et aveugles de l’OAS. J’étais l’animateur du groupe de la Haute Casbah avec feu Boulamnakhar, futur officier de l’ANP s’occupant des radars et Merabet qui deviendra le médecin du Mouloudia d’Alger dans les années 80. Notre organisation était dirigée par El-Hadi Flici qui sera assassiné dans son cabinet de la Casbah, au début des années 90, dans le prolongement de l’assassinat du Président Boudiaf qu'il soutenait activement.

La désaffection à l’égard du FLN a commencé avant la proclamation de l’Indépendance. A cause de ma curiosité. En juin 1962, J’écoutais, mine de rien, les conciliabules de hauts responsables qui aimaient se retrouver au café de la rue Boutin, non loin du dortoir de la rue du Diwan où j’étais hébergé par l’organisation. Un parent Jijélien membre des groupes de choc de la Zone autonome m’avait aussi tuyauté sur les conflits entre les chefs. Il y avait eu des fusillades, auxquelles il avait participé.

Après l’intense émerveillement des fêtes de l’indépendance, retour à Jijel. Toujours mû par l’instinct du direct, j’ai assisté à d’El Kennar au passage des tanks de l’Etat-major venus contrôler le Nord Constantinois. J’ai assisté, sans trop comprendre, aux âpres tractations à l’intérieur de la wilaya 2, accroché à la jeep de Si Tahar El Annabi, le mari d’une de mes tantes maquisarde de Bazoul (qu’il avait épousé au maquis). C’était un des adjoints de Salah Boubnider, le chef de la wilaya 2.

Autant dire que deux mois plus tard, de retour à Alger, les paroles claires, rationnelles et lyriques de Bachir Hadj Ali au Dounyazad ne tomberont pas dans l’oreille d’un sourd, chez un jeune nationaliste déçu, orphelin du nedham perdu.

 D’autant plus que, dès l’automne 1960, le communisme je le connaissais déjà et le respectais, en la personne de l’oncle « Mesghich » Abdelaziz, mon correspondant d’internat. C’est pendant le ramadhan de cet automne, impasse du Darfour dans la Haute Casbah, que ce Jijélien communiste « dans le sang », m’a parlé de ses convictions après m’avoir fait écouter « Radio Prague-Tchécoslovaquie » qui donnait son journal en français à 19h30, au moment de la chorba. Avec toujours notre lutte de libération à la une. Après une musique de générique que je sais encore fredonner aujourd’hui, sans hésitation.

J’étais à la prison des « quatre hectares » d’El Harrach, lorsqu’a été engagée une discussion historique entre les membres de l’ORP qui s’étaient opposés au coup d’état du 19 juin 1965. Les détenus d’El Harrach avaient été associés à ce débat qui a conduit à la création, en janvier 1966, du Parti de l’avant-garde socialiste, qui continuera dans des conditions nouvelles les missions du Parti communiste algérien.

 30 ans après la dissolution du PCA, en 1992, un congrès du PAGS décide de son autodissolution (sic), couronnant une opération préparée de longue date par les services de sécurité, impliquant notamment Francis et d’autres infiltrés dans les structures de direction.

Saoudi Abdelaziz. Première mise en ligne, le 10 novembre 2011

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Tahar 25/11/2015 04:10

Merci beaucoup.
Et prière d'elaborer encore plus sur cette période féconde du pays et du mouvement social.
Tellement de témoins actifs sont déjà partis !

mohammed chouieb 22/11/2015 16:54

Merci Saoudi pour ce témoignage qui nous conforte dans notre conviction que notre pays est un pays de braves, malgré les vicissitudes de la vie et de l'histoire!