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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

Comment sont organisés, comme une autre face des exactions de la Police, les mécanismes occultes de violence par lesquelles l’Egypte est détournée du dialogue national. On en découvre une facette dans ce reportage d’Helène sallon, l’envoyée spéciale du journal Le Monde au Caire. Elle écrit : « Les Black bloc sont devenus la bête noire des autorités égyptiennes. Leurs codes et modes d'action directe alimentent les craintes de voir le pays sombrer davantage dans la violence ».

 

Des membres du Black bloc réunis sous une tente, place Tahrir au Caire, le 1er février. 

Sous une tente, place Tahrir , le 1er février.| Magali Corouge pour "Le Monde"

 

Les "Black bloc", nouveau visage de la contestation égyptienne

 

 

Par Hélène Sallon - Le Caire, envoyée spéciale

 

 

Sous une tente aux allures de campement militaire, une quinzaine de jeunes hommes reçoivent cagoulés et masqués. Droits dans leurs baskets, ils écoutent dans un silence monacal les ordres donnés par le chef de bande. Bottes et treillis, c'est lui qui attribue les missions aux membres de ce groupuscule, devenu en une semaine aussi célèbre pour la mise en scène que pour le secret dont il entoure ses actions.

 

"Tout a commencé le 19 novembre pendant les manifestations rue Mahmoud-Salem, au Caire. Beaucoup de nos amis ont été tués. Les officiers de policeet les militaires portaient des masques. On s'est dit qu'on allait faire pareil", indique, vendredi 1er février, leur porte-parole. Après quelques recherches sur Internet, ils se choisissent pour modèle les "Black bloc", des groupes radicaux européens. Ils sont étudiants, employés ou chômeurs, ont de 20 à 30 ans, et appartiennent à une "génération issue du sang des martyrs", comme le proclame leur vidéo sur YouTube.

 

 

LA BÊTE NOIRE DES AUTORITÉS ÉGYPTIENNES

 

 

Après avoir fait une entrée remarquée lors de la manifestation du deuxième anniversaire de la révolution, le 25 janvier, les Black bloc sont devenus la bête noire des autorités égyptiennes. Leurs codes et modes d'action directe alimentent les craintes de voir le pays sombrer davantage dans la violence.

 

"L'action défensive est privilégiée. Une infime partie d'actions offensives est menée en réaction à des attaques, assure le porte-parole. Notre but est de protéger les bâtiments publics, les manifestants et les femmes victimes de harcèlement sexuel." Ils auraient assuré la protection de l'hôtel Semiramis, attaqué mardi soir par des jeunes casseurs, selon les témoignages de clients.

 

La discrétion entretenue par ses membres et les mesures de sécurité dont ils accompagnent toute prise de contact extérieure, ne font qu'alimenter rumeurs et fantasmes. Les Black bloc ont gagné la réputation de "casseurs de flics". Armés de bâtons et de cocktails Molotov, ils sont de tous les affrontements. Ils assurent que leur "vengeance" serait de voir "les policiers qui ont été jugés pour avoir tué des manifestants et qui ont tous été acquittés, rejugés. On a leur nom. On les a donnés au procureur général." Place Tahrir, on les dit armés pour intervenir sur des actions éclair contre les forces de l'ordre.

 

 

"ILS ONT VOLÉ NOTRE RÉVOLUTION"

 

 

Mais leur véritable ennemi, assurent-ils, ce sont les Frères. "Depuis le premier jour, ils ont volé notre révolution", dit le jeune homme. Ils tiennent à l'œil ces milices, lourdement armées, qui viennent parfois attaquer les manifestants. "S'ils nous attaquent, on réagit. On n'a pas les armes, mais on a la foi. On continuera jusqu'à la victoire : que le président Morsi et le régime partent. Après, ça nous est égal qui sera président, du moment qu'il s'occupe du pays."

 

Bien que minoritaire, cette formede contestation inédite en Egyptecommence à faire des émules. Ce qui n'a pas tardé à inquiéter les autorités. Le procureur général, Talaat Ibrahim Abdallah, a ordonné mardi l'arrestation de toute personne soupçonnée d'appartenir au groupe. Une enquête a été ouverte après le dépôt d'une plainte les accusant d'avoir mis le feu à des locaux appartenant aux Frères musulmans. Ce dont ils se défendent. Une vingtaine de membres présumés ont été arrêtés depuis. "Groupe terroriste", "sabotage, émeute et intimidation", "financements occultes", "lien avec Israël" : les autorités disent détenir de nombreux éléments à charge.

 

Depuis, les Black bloc se sont faits très discrets, voire quasiment invisibles. Vendredi, les spéculations étaient ouvertes sur leur participation aux manifestations. En signe de soutien, des centaines de manifestants avaient décidé de défiler cagoulés.

 

 

Hélène Sallon - Le Caire, envoyée spéciale, 2 février 2013. Le Monde.fr

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