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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

 

"Nous souhaitons faire de la France le premier partenaire de l'Algérie"
© Assiya Hamza

 

On peut lire ce matin dans le journal Liberté : « Le Premier ministre a reçu, mercredi dans l’après-midi, des représentants du Forum des chefs d’entreprise. L’information nous a été confirmée pas le président de cette organisation patronale, qualifiant la rencontre de “très conviviale, empreinte d’une volonté de dialogue et de concertation”.

Entre gens de bonne compagnie, on sait écouter : le patron des patrons, et néanmoins ancien ministre, a présenté à Sellal « les contraintes rencontrées par les chefs d’entreprise ». Venant d’une planète obscure pour  présenter leurs contraintes à la solta, les chômeurs de Lagouat et de Ouargla ont été reçus à coup de de matraque et jeté en cellules. Kamal Daoud explique pourquoi.

Répression de Ouargla : le Mjic condamne

 

Le chômeur absolu n'est le neveu de personne

 

 

Par Kamel Daoud

 

 

 

C'est le nouvel ennemi : le chômeur. Encerclé à Alger, expulsé s'il est Maghrébin activiste, capturé et jugé à Ouargla. C'est donc la nouvelle ligne de confrontation. L'un a tout. L'autre n'a rien et cela le rend indépendant, incontrôlable, impossible à formater parce qu'il est hors du seul lien qui lie le régime à ses Algériens : le salaire, alias la rente, prénom du pétrole quand il est bien raffiné. Le chômeur étant libre, sa liberté est devenue aussi insupportable. Il menace par son statut car il n'a pas de parenté, ni de cordes. Mais pourquoi le régime ne l'intègre pas tout simplement ? Parce que le chômeur est d'une double nature : il y a le chômeur assis. Celui qui n'a pas de conviction militante. Celui qui n'a pas fait le lien entre sa condition et le fonctionnement général du politique. Celui qui ne réclame pas mais qui attend doucement ou violement. Celui-là est favori. A la limite, il coupe une route mais ne veut pas réveiller tout un peuple. On lui donne et il peut ne pas rembourser les banques ni payer les impôts. Il est alors associé, et pas seulement recruté. C'est un poids mort. «Je veux seulement un logement, je ne suis pas Bouazizi» a crié un jour un immolé à Alger. L'immolé avait compris la fine distinction à proclamer pour que son acte passe dans la comptabilité de l'acte isolé et bénéficie d'un traitement isolé et ne soit pas politiquement dangereux pour lui.


L'autre chômeur est celui déjà irrécupérable : il a fait la jonction entre sa condition et le dossier Khellil. Il est conscient, désaliéné selon le langage périmé de la gauche. Il a compris et maintenant ne veut pas un salaire mais un Etat. Il est réveillé et ne veut pas dormir. Alors il encercle celui qui encercle son puits. Un chômeur nu, glissant entre les doigts, insaisissable, est plus menaçant qu'un haut corrompu (on dit d'ailleurs «le neveu de Bejaoui», alors qu'un chômeur n'est le neveu de personne). Si le neveu de Bejaoui, aujourd'hui cité dans les journaux comme un intermédiaire pour de lourds dossiers de corruption, était un chômeur a Ouargla, il aurait peut-être été fiché, traqué, surveillé, arrêté et inculpé souvent. A Zéro dinar, il est une inquiétude. A 200 millions de dollars, il est une norme. C'est ce qui explique un peu ce paradoxe algérien : le régime chez nous est doté d'une formidable capacité d'intuition sur les essences et les raisons. Il devine très vite l'intention profonde. Né au maquis, il ne croit pas aux pensées mais aux arrière-pensées. Un corrompu est toujours un client, un chômeur militant est essentiellement un dissident. D'où cette étrange guerre algérienne : on ne pourchasse pas les corrompus, mais ceux qu'on n'arrive pas à corrompre parce que c'est trop tard.

 

Kamal Daoud, 23 février 2013. Le Quotidien d’Oran
 
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