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Publié par Saoudi Abdelaziz

« Mais si le pouvoir est en crise, le militantisme l'est également. Dans le discours «politique» et «journalistique» ambiant, on s'adresse au pouvoir, on l'admoneste comme pour le supplier d'appliquer nos «idées», voire de nous mettre au pouvoir. On ne parle pas aux Algériens et on ne cherche pas à les entendre ». Dure constat de K. Selim dans son éditorial d’aujourd’hui du Quotidien d’oran

 

 

 

 

 

                                                 TROPISMES PERSISTANTS

 

par K. Selim

 Deux rencontres internationales à Alger sur les révoltes arabes en moins d'une semaine, cela fait beaucoup, même si cela est indéniablement utile. Beaucoup de ces observateurs viennent d'ailleurs en Algérie en espérant avoir des réponses aux raisons qui font que l'Algérie paraît en «marge» du mouvement. Question légitime, bien sûr, dont la réponse ne paraît compliquée que si l'on cède à l'idée que les mouvements se reproduisent à l'identique.

 Car la société algérienne est en «mouvement» constant depuis plus de deux décennies, alors que le régime est, malgré des changements de constitution et de président, remarquablement immobile. De nombreux Algériens ont été enthousiastes pour le mouvement de révolte des sociétés arabes, avant d'être refroidis par le cas libyen. Et on peut constater chez beaucoup d'Algériens la persistance d'une réticence encore forte à l'égard du CNT libyen, alors même que le pouvoir algérien l'a déjà reconnu de facto et affiche son embarras pour les propos de la fille de Kadhafi tenus à partir de son refuge en Algérie.

 La prise de distance de l'opinion algérienne à l'égard de la «révolution libyenne» est intervenue au moment de l'intrusion occidentale. Elle n'est pas, comme certains l'ont un peu trop facilement décidé, un effet de la propagande du régime. En réalité, le régime algérien n'a pas de vision particulière et gère à vue. Le peu d'enthousiasme de la majorité des Algériens pour des Occidentaux «libérateurs» n'est pas dépendant de la politique du gouvernement algérien. Il tient - et c'est sans doute cela qui semble gêner chez certains membres de nos «élites» - à la permanence d'un fort sentiment anticolonial. Et ce sentiment n'est pas une réaction «arriérée», comme certains ont pu l'affirmer. Il signifie tout simplement que l'amnésie historique n'a pas fait son œuvre et n'a pas été «accomplie» en Algérie malgré une instrumentalisation désastreuse de l'histoire par le régime.

 Le rejet de l'intrusion militaire occidentale s'est fait sur la base d'une mémoire historique qui semble
et c'est pour certains une bonne surprise, pour d'autres le contraire avoir résisté aux vicissitudes de l'exercice du pouvoir au nom de la légitimité h
istorique. Autant les sorties tunisienne ou égyptienne - toutes deux en transition incertaine aujourd'hui - ont suscité l'adhésion, autant le cas libyen a suscité du rejet.

 Outre ce réveil de la mémoire historique, le basculement dans la violence et la guerre a rappelé à beaucoup d'Algériens que leurs tentatives de changer le cours des choses ont été très coûteuses. Le régime joue clairement sur ce registre en accentuant des appréhensions qui sont réelles. Les Algériens veulent le changement. C'est indéniable. Encore faut-il définir ce changement. Et là, on peut constater que les débats, quand ils ont lieu, se déroulent dans des cercles restreints et ne touchent pas les citoyens. Et il est clair que le pouvoir, en maintenant les médias audiovisuels verrouillés, n'entend pas laisser se faire un débat sur la nature du changement à faire et les moyens de le faire. Ceux qui se pensent comme faisant partie de l'élite et les militants du changement ne peuvent s'attendre à ce que le pouvoir leur fasse le cadeau d'une ouverture des médias dans un contexte où il paraît aphone et sans idées.

 Mais si le pouvoir est en crise, le militantisme l'est également. Dans le discours «politique» et «journalistique» ambiant, on s'adresse au pouvoir, on l'admoneste
comme pour le supplier d'appliquer nos «idées», voire de nous mettre au pouvoir. On ne parle pas aux Algériens et on ne cherche pas à les entendre.

 Ce tropisme en direction du pouvoir traduit, au fond, la persistance chez ceux qui se pensent comme des élites d'une peur irraisonnée de la société algérienne. Et l'on sait que souvent la peur est le produit de la méconnaissance et de l'ignorance. Avec un tel tropisme, les «révolutionnaires» attendront longtemps
…

Le Quotidien d’Oran, 27 septembre 2011

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