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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Au lieu de baisser les bras en prétendant comme François Hollande se situer « du côté du possible et pas du souhaitable », la gauche doit être tenace et déterminée pour apporter des réponses radicales et neuves pour faire face aux crises profondes que nous traversons ». C’est ce qu’écrit Clémentine Autain, une des animatrices du Front de gauche, après les dernières annonces gouvernementales.

 

 

Pour un changement de braquet

 

Par Clémentine Autain

 

 

Une fois de plus, la gauche gouvernementale se prend les pieds dans l’Europe. En signant le Pacte dit « pour la croissance » mais qui inflige en réalité de nouvelles cures d’austérité plongeant les pays européens dans une récession plus grande encore, François Hollande démarre son quinquennat sous de mauvais auspices pour le changement véritable.

 

Le candidat qui voulait « donner du sens à la rigueur » se moule sans difficulté dans la doxa de la réduction des dépenses publiques, du gel des salaires et pensions, de la précaution à l’égard des marchés financiers qu’il ne faudrait pas effrayer. Le séminaire gouvernemental se clôt sur une triste perspective pour chaque ministère : sabrer au plus vite dans son budget. Pouvait-il en être autrement ?

 

Chacun le sait : on ne gagne que les batailles que l’on mène. La social-démocratie européenne n’est visiblement pas déterminée à combattre l’austérité qui produit son lot d’inégalités sociales, de récession économique et, en bout de course, de creusement des déficits publics. Elle ne se met pas en situation de défendre une autre réponse à la crise, fondée sur l’affrontement avec la finance, le partage des richesses et le changement de modèle de développement. Les exemples italiens et espagnols en témoignent. Le commentaire de leaders socialistes devant la perspective d’une victoire de Syriza en Grèce est tout aussi symptomatique : aussi ahurissant que cela puisse paraître, nous en avons entendu se féliciter de l’alliance entre le Pasok et la droite, empêchant ainsi la gauche radicale de prendre les rênes du pays. La question est bel et bien celle des marges de manœuvre dans un monde gangrené par la globalisation et dans une Europe minée par trente ans de politiques néolibérales. Nul ne peut dire que la tâche est facile. Mais il est clair qu’il n’y aura pas d’amélioration des conditions de vie du plus grand nombre sans changement radical de braquet.

 

Au lieu de baisser les bras en prétendant comme François Hollande se situer « du côté du possible et pas du souhaitable », la gauche doit être tenace et déterminée pour apporter des réponses radicales et neuves pour faire face aux crises profondes que nous traversons. Elle doit rechercher l’appui du peuple comme acteur à même de modifier le rapport des forces. Le Front de gauche s’est donné cette ambition. Encore faut-il amplifier son ancrage, sa lisibilité, son utilité… Pour qu’il puisse à la fois arracher au plus vite des conquêtes sociales et se constituer pour l’avenir en recours à gauche. La présidentielle a montré le potentiel. Ce n’est qu’un début.

 

Clémentine Autain, 29 juin 2012. Cerisesenligne.fr

 

 

Austérité: "Tout ça va se finir dans la rue"

 

Spécialiste des questions budgétaires, l'ancien député Front de Gauche Jean-Pierre Brard souhaite que le gouvernement rompe avec les méthodes en vigueur plutôt que de "rafistoler".

 

 

Que pensez-vous de l'orientation économique du nouveau gouvernement?

Jean-Pierre Brard. Je regarde cela avec beaucoup de circonspection et d'inquiétude. Si on veut sortir de la crise dans laquelle nous sommes, il faut rompre avec les méthodes en vigueur, et pas simplement rafistoler. L'exemple de la faible augmentation du Smic illustre bien cela. Ce n'est pas comme ça que la consommation va repartir! En agissant de la sorte, on règle la question des banques espagnoles, pas du peuple français. C'est une faute politique.

 

Vous avez l'air très déçu...

Oui, car on applique les mêmes recettes qu'auparavant. François Hollande aurait tort d'oublier qu'il a été élu de justesse, car tout cela va se régler dans la rue. Le nouveau gouvernement prend de bonnes mesures sociétales, comme le mariage homosexuel, c'est un fait. Mais cela ne remplit pas les assiettes!

 

Ne pas remplacer des postes dans certains ministères pour en créer dans d'autres, est-ce la bonne solution?

Ca ne laisse rien présager de bon, car cela s'apparente à une mise à la diète. Si on m'explique que le système fonctionne mieux avec moins de fonctionnaires, alors il suffit de les virer tous, comme cela on sera tout à fait guéri! Le gouvernement amorce des bombes à retardement et cela va créer une espèce de morosité ambiante.

 

Le pacte de croissance européen annoncé ce matin est-il une bonne nouvelle?

Les contraintes inscrites dans ce pacte vont totalement congeler ses effets. Je rappelle qu'au départ, il était question de renégocier le pacte européen. Ce n'est plus le cas. La subordination de la souveraineté française vis-à-vis de Bruxelles ne le permet pas. François Hollande doit se monter plus ferme, car on ne peut rien refuser à la France. Le temps où Nicolas Sarkozy obéissait au doigt et à l'oeil à "Sainte Angèle de Germanie" est révolu. Le président français a certaines positions encourageantes, comme sur les eurobonds, mais ce n'est pas suffisant.

 

Que faut-il, d'après vous, pour remettre la France en état de marche?

Nous devons augmenter le Smic et les pensions, avec des mesures adaptées pour les PME. La différenciation entre les revenus du capital et ceux du travail est également très importante. Enfin, il faut évidemment augmenter les prélèvements. Les tranches les plus hautes ne payent pas assez d'impôts. Et ceux qui prétendent le contraire spéculent sur l'ignorance du bon peuple.

 

Propos recueillis par Yann Duvert, 29 juin 2012. L’Express.fr

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