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Publié par Saoudi Abdelaziz

 

« Pour produire l’électricité, les centrales nucléaires sont plus économiques » (expert scientifique interrogé sur TF1)

 

 

 

« On entend dire que la science est maintenant soumise à des impératifs de rentabilité économique ; cela a toujours été vrai.

 

Ce qui est nouveau, c’est que l’économie en soit venue à faire ouvertement la guerre aux humains ; non plus seulement aux possibilités de leur vie, mais aussi à celles de leur survie.

 

C’est alors que la pensée scientifique a choisi, contre une grande part de son passé anti-esclavagiste, de servir la domination spectaculaire.

 

La science possédait avant d’en venir là, une autonomie relative. Elle savait donc penser sa parcelle de réalité ; et ainsi elle avait pu immensément contribuer à augmenter les moyens de l’économie.

 

Quand l’économie toute-puissante est devenue folle, et les temps spectaculaires ne sont rien d’autre, elle a supprimé les dernières traces de l’autonomie scientifique, inséparablement sur le plan méthodologique et sur le plan des conditions pratiques de l’activité des « chercheurs ».

 

On ne demande plus à la science de comprendre le monde, ou d’y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. Aussi stupide sur ce terrain que sur tous les autres, qu’elle exploite avec la plus ruineuse irréflexion, la domination spectaculaire a fait abattre l’arbre gigantesque de la connaissance scientifique à seule fin d’y faire tailler une matraque.

 

Pour obéir à cette ultime demande sociale d’une justification manifestement impossible, il vaut mieux ne plus trop savoir penser, mais être au contraire assez bien exercé aux commodités du discours spectaculaire. Et c’est en effet dans cette carrière qu’a lestement trouvé sa plus récente spécialisation, avec beaucoup de bonne volonté, la science prostituée de ces jours méprisables.

 

 

Guy Debord. Commentaires sur la société du spectacle (p58). Editions Gallimard, 1992.

 

 

 

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